Une croissance saine passe par des finances publiques bien gérées
Une croissance de qualité nécessite des finances publiques bien gérées, et les nouvelles institutions britanniques comme le Fonds national de richesse constituent un premier pas prometteur mais insuffisant.
Ces organismes manquent d'échelle et de capacité d'emprunt comparés à la KfW allemande, qui a prêté 62 milliards d'euros en 2025 avec des conditions écologiques strictes.
L'auteure préconise de réformer les règles budgétaires britanniques en adoptant un indicateur de « valeur nette du secteur public » qui intégrerait les actifs non financiers comme les infrastructures.
Combler le retard de 500 milliards de livres du Royaume-Uni exige une refonte systémique avec des institutions publiques opérant à l'échelle internationale et indépendantes des cycles politiques.
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Le Quotidien d'Oran
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Quatre régions supplémentaires vont devenir des partenaires stratégiques du Fonds national de richesse (NWF), et la British Business Bank va débloquer 150 millions de livres sterling supplémentaires (199 millions de dollars) pour aider les entreprises du nord à se développer.
M. Healey a raison d’identifier les finances publiques comme un moteur essentiel d’une croissance de qualité. Le financement patient accordé par les institutions publiques de développement, telles que la KfW allemande et la Banque brésilienne de développement (BNDES), constitue l’un des leviers les plus puissants dont disposent les gouvernements pour orienter la croissance et promouvoir les transformations industrielles - plutôt que de se contenter de réagir a posteriori aux tendances du marché. Ce sont souvent les institutions publiques qui assument le risque avant que le secteur privé n’ait le courage de pénétrer un marché. Lorsqu’il est bien géré, avec des conditions liées au financement public, le financement patient peut contribuer à façonner un marché capable de générer une croissance inclusive, axée sur l’innovation et durable.
Depuis l’adoption de ses cinq« missions »nationales en 2024, le Royaume-Uni accorde une attention renouvelée à ses institutions de financement public. La création de nouveaux organismes tels que le NWF, Great British Energy et la National Housing Bank constitue un premier pas prometteur. Néanmoins, chacun d’entre eux aurait tout intérêt à s’orienter davantage vers les résultats. La stratégie de la NWF en matière de chaîne d’approvisionnement des batteries est un bon exemple de ce qui est nécessaire, car elle cible un enjeu central (la résilience de la chaîne d’approvisionnement) plutôt qu’un secteur spécifique. Mais cette approche devrait être la norme plutôt que l’exception.
Un autre problème réside dans le fait qu’aucun de ces organismes, pris individuellement ou collectivement, n’opère à l’échelle d’une véritable banque d’investissement publique. Ils ne disposent toujours pas de la capacité d’emprunt et de la pérennité qui ont fait l’efficacité de la KfW, de la BNDES et de la Banque européenne d’investissement. La NWF ne peut investir que jusqu’à 5,5 milliards de livres sterling par an au cours des cinq prochaines années. Or, les finances publiques ont besoin d’envergure pour soutenir une transformation économique plus large. La banque d’investissement publique allemande a prêté 62 milliards d’euros (53,5 milliards de livres sterling) aux ménages, aux entreprises et aux collectivités locales pour la seule année 2025, et ses prêts aux entreprises sont assortis de conditions; par exemple, les entreprises bénéficiaires doivent investir dans l’écologisation de leurs chaînes d’approvisionnement et dans le soutien à une croissance durable. Une réforme systémique est tout aussi importante que le renforcement d’une institution prise isolément. La décentralisation des pouvoirs d’investissement vers des autorités combinées, par exemple, exige que le centre et les régions fonctionnent comme un seul et même système.
Mais pour que cela se produise, le gouver-nement doit réformer les règles budgétaires du Royaume-Uni. Le fait de remplacer la dette nette du secteur public par les passifs financiers nets du secteur public (PSNFL) comme référence a certes créé une marge de manœuvre supplémentaire d’environ 50 milliards de livres sterling; mais Healey ne devrait pas s’arrêter là. Allonger l’horizon de prévision sur lequel les objectifs budgétaires sont évalués, par exemple, permettrait de juger un investissement axé sur une mission en fonction de ce qu’il apporte sur une décennie, et non en fonction de ce qu’il coûte lors d’un seul examen des dépenses.
Pourtant, même dans ce cas, le PSNFL ne serait encore qu’un indicateur financier. Il ne rendrait pas compte de la valeur productive d’un réseau ferroviaire, d’un réseau électrique plus solide ou d’une main-d’œuvre en meilleure santé et mieux qualifiée. La construction ou la possession en pleine propriété d’un actif physique (qu’il s’agisse d’une aciérie nationalisée, d’installations de production d’énergie ou de logements sociaux) continuerait d’être comptabilisée comme une dette pure, sans que l’actif lui-même ne soit pris en compte.
Pour combler cette lacune, le gouvernement doit adopter un indicateur de « valeur nette du secteur public » (PSNW) qui prendrait en compte les actifs non financiers au même titre que les actifs financiers. Le PSNW est la seule solution comptable qui empêcherait le programme de contrôle public du gouvernement d’être pénalisé par son propre cadre budgétaire. (Ces problèmes ne sont pas propres au Royaume-Uni. Au sein du nouveau Conseil mondial pour une économie du bien commun, mes collègues et moi-même avons réfléchi à ce à quoi pourrait ressembler un cadre budgétaire véritablement responsable dans une perspective mondiale.)
Il faut lui reconnaître le mérite d’avoir souligné, dans ce même discours annonçant des changements au sein des institutions de finances publiques britanniques, que le contrôle public va au-delà de la propriété publique. Il envisage que les dirigeants locaux et les décideurs politiques travaillent ensemble pour façonner les marchés dans des secteurs essentiels tels que les transports, l’énergie et le logement ; pour garantir la responsabilité vis-à-vis des enjeux importants pour les citoyens et les entreprises, qu’il s’agisse de factures équitables ou d’investissements qui aboutissent réellement à un financement ; et pour être en mesure de prendre des décisions plus rapides et d’élaborer de meilleures réglementations. Les organismes de finances publiques sont bien placés pour assumer bon nombre de ces tâches.
Une prise de participation, un prêt conditionnel ou un accord de co-investissement peuvent garantir le contrôle public sur l’orientation d’un secteur essentiel — en influençant ce qui est construit, à quelles conditions et au profit de qui — sans que l’État ait à détenir ou à gérer directement les actifs. Bien gérées, les finances publiques peuvent orienter l’innovation au service du bien commun, par exemple en veillant à ce que les contrats comportent des conditions garantissant une valeur publique, y compris une part des bénéfices. Il existe un précédent clair à cet égard : la NASA, un acteur du secteur public sûr de lui qui a collaboré avec des centaines d’entreprises privées, a inscrit la clause « pas de bénéfices excessifs » dans ses contrats d’approvisionnement pour la mission Apollo. Socialiser ainsi à la fois le risque et les bénéfices est essentiel à une croissance inclusive.
Au cours des deux dernières années, le Royaume-Uni a davantage posé les bases d’un écosystème de finances publiques coordonné et axé sur des missions qu’il ne l’avait fait en une génération. Mais pendant la majeure partie des trois dernières décennies, il a enregistré le niveau d’investissement public total le plus bas du G7, un écart équivalant à environ 500 milliards de livres sterling. Et comme les subventions et les incitations fiscales britanniques ne sont souvent assorties d’aucune condition, ses investissements du secteur privé sont également parmi les plus faibles du G7. Ce n’est pas par des réformes progressives que l’on comblera un écart aussi important. La Grande-Bretagne n’a pas seulement besoin de davantage de finances publiques. Elle a besoin que celles-ci soient organisées différemment, avec des institutions publiques opérant à la même échelle que leurs homologues internationaux, suffisamment indépendantes pour planifier à long terme, et suffisamment pérennes pour survivre à n’importe quel gouvernement.
* Professeure à l’University College London, est directrice fondatrice de l’UCL Institute for Innovation and Public Purpose et autrice de nombreux ouvrages, dont *The Big Con : How the Consulting Industry Weakens Our Businesses, Infantilizes Our Governments and Warps Our Economies (Penguin Press, 2023) et The Common Good Economy: A New Compass(Allen Lane, 2026).