Trop lourd pour Trump !
Un juge fédéral a bloqué la tentative de Donald Trump d'exclure des journalistes du pool de presse de la Maison-Blanche, invoquant le Cinquième amendement sur la procédure régulière.
Fait notable, Fox News a soutenu en justice la défense de la liberté de la presse, rompant avec son alignement habituel avec le président sur ce terrain constitutionnel.
La reculade de Trump s'explique aussi par une conséquence imprévue : sans le pool accrédité, ses déclarations depuis la zone habituelle devenaient inaudibles, le privant de sa tribune favorite.
Cette victoire juridique constitue un verrou constitutionnel majeur face auquel tous les présidents se sont jusqu'ici inclinés, y compris un Trump qui teste, recule, puis grignote le terrain.
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Le Quotidien d'Oran
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Donald Trump a piétiné de nombreuses dispositions constitutionnelles avec un culot désarmant. Mais il est arrivé au bout de sa course de démolition, ou du moins a été sérieusement freiné.
Il y a bien eu une première semonce par une décision de la Cour suprême exigeant un passage par le Congrès pour instituer de nouveaux droits de douane. Donald Trump avait nommé des juges de cette haute juridiction qui, pensait-il, lui seraient totalement inféodés et valideraient toutes ses décisions. Mais pour une fois, ils s’étaient émancipés. Cependant, cela ne l’a pas empêché de continuer à contourner les règles par des voies détournées. Cette fois-ci, il est arrivé aux portes du rempart et a dû renoncer à le démolir. Un très gros verrou constitutionnel qu’il a compris être un trop grand morceau pour lui.
Tous les présidents des États-Unis savaient qu’ils se casseraient les dents s’ils s’en prenaient à cette limite infranchissable. Tous le savaient ? Non, il y avait un seul buffle dans la forêt qui ignorait qu’il ne faut pas attaquer les lions à moins que tout le clan le fasse ce qui est peu probable, ou alors seulement pour les éloigner. Ces lions historiques sont notamment le Congrès et la Cour suprême.
Ce n’est pas nouveau que le président s’en prenne à la presse ; c’est même son quotidien et l’un de ses principaux arguments pour s’attirer le vote de ses partisans chauffés à blanc. Il a insulté à de très nombreuses reprises, par des mots et des grossièretés inimaginables de la part d’un président, des journalistes en leur renvoyant sa rengaine « Fake News ». Et, ce qui est conforme à son instinct, une bonne partie de ses cibles favorites sont des femmes.
Ce n’est donc pas nouveau, mais cette fois-ci, il s’est attaqué au pool de la presse accréditée à la Maison-Blanche, c’est-à-dire à ces grands médias qui mutualisent à tour de rôle les images et les reportages officiels. C’était la goutte de trop. Une solide réaction de solidarité s’est manifestée entre les grands réseaux, tandis que, fait notable, Fox News est intervenue en justice pour appuyer la défense de la liberté de la presse. Et alors ? Pourrait-on répliquer, là aussi ce n’est pas la première fois qu’il est confronté à une fronde et qu’il rebrousse chemin avant de revenir à sa pulsion naturelle. La technique de Donald Trump est de frapper un gros coup, de tester et de reculer lorsque le mur est solide. Le souci est que lorsqu’il cède du terrain, ce n’est pas pour revenir au statu quo et ainsi, de coup de butoir en coup de butoir, d’avancée en abandon, le terrain est de plus en plus grignoté.
Le principal écueil dans cette dernière confrontation est que, pour la première fois, Fox News s’est désolidarisée du président sur ce terrain constitutionnel. Pour la chaîne la plus fidèle à sa ligne, c’était un très grand coup de semonce. Mais il ne faut pas se méprendre : Fox News ne s’est pas engagée dans cette voie uniquement par amour de la déontologie, mais parce que la direction a compris que si l’on acceptait de telles pratiques d’exclusion arbitraire, le risque était qu’elles puissent se retourner contre elle un jour ou l’autre.
Un juge fédéral a donc été saisi sur la base de la procédure régulière (due process), rattachée au Cinquième amendement (qui protège contre toute privation arbitraire de liberté ou de droit par l’État). Le juge a retoqué la mesure d’exclusion, estimant qu’on ne pouvait bannir un journaliste ou un média sans lui offrir un minimum de contradictoire et de garanties de défense. Il est évident que c’est une victoire, car le respect de la procédure protège l’exercice du Premier amendement. Le président sait maintenant, malgré son réflexe de toujours faire appel, que la justice ne transigera pas sur les conditions de cette affaire.
J’ai tout de même le pressentiment que Donald Trump aurait passé outre s’il n’y avait pas eu une autre conséquence qu’il n’avait pas vue venir. Comme les journalistes du pool ne pouvaient plus retransmettre ses déclarations depuis la zone habituelle, on a assisté à une scène ubuesque : en faisant visiter le chantier de sa dernière œuvre pharaonique à la Maison-Blanche, on ne l’entendait pas, ou à peine un murmure au loin. Et couper le son à Donald Trump qui abreuve les médias de ses élucubrations quotidiennes «Je suis le meilleur du monde», «Regardez mon nouveau palais», «Nous allons détruire la civilisation perse», «Jamais aucun président n’avait fait ça», «Ils me mangent tous dans la main» , c’est la pire des sanctions. Contre cette menace-là, il devait battre en retraite. Il a reculé. Mais à quand la prochaine charge ?