2e édition du festival national du sel naturel à Ahnif (Bouira) : Tamellaht célèbre son patrimoine

La 2e édition du Festival national du sel naturel s'est tenue du 25 au 27 septembre à Tamellaht, village de la wilaya de Bouira, célébrant un patrimoine séculaire d'extraction artisanale du sel.
Initialement prévu du 2 au 4 septembre, l'événement a été reporté en raison des incendies ayant ravagé plusieurs wilayas, et a été lancé par la wali de Bouira le 26 septembre.
Plus de 1 000 visiteurs issus de 37 wilayas ont participé aux activités artisanales, culturelles et touristiques, malgré l'exiguïté du site principal ayant limité la circulation.
L'économiste Moussa Boukrif a plaidé pour transformer le festival en véritable levier de développement local, via un itinéraire pédagogique du sel et une économie solidaire.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Les habitants de Tamellaht, un village perché sur les hauteurs de la commune d’Ahnif, à l’est de Bouira, ont cultivé, depuis plusieurs générations, l’art de l’extraction du sel naturel, «tisent» ou «amellal» en tamazight, à partir des sources salées.
Autrefois, la région était un incontournable carrefour commercial. Sa renommée, voire son identité, résidait dans l’abondante présence de salines qui parsemaient son territoire. Dans un passé lointain, le sel s’échangeait contre des denrées alimentaires essentielles, tels le blé et les légumes secs. La méthode traditionnelle d’extraction de sel par séchage a résisté jusqu’aux années 1980.
Malheureusement, les conditions sécuritaires précaires des années 1990 ont infligé un coup fatal à cette activité ancestrale des Imellahen (les habitants de Tamellaht).
Les villageois ont été contraints d’abandonner leur région et une partie de leur mémoire. Plusieurs années plus tard, même avec le retour de la paix dans la région, les quelques sauniers encore vivants n’avaient plus la force de renouer avec le métier de leurs aïeuls. Seuls quelques téméraires endurcis ont regagné les salines, bravant les difficultés du terrain et les contraintes liées à cette activité exigeante.
En reprenant le chemin des sources, ces hommes et femmes ont ravivé une mémoire que l’on croyait disparue à jamais, suscitant l’admiration des jeunes générations. Ces dernières, conscientes de l’importance de cet héritage séculier, ont décidé de renouer avec leur patrimoine et à ressusciter la tradition.
C’est ainsi qu’une première édition du Festival national du sel naturel a été organisée à Tamellaht, en juin de l’année écoulée. L’événement avait connu une grande réussite sur pratiquement tous les plans. Rachid Aknouche, en sa qualité de coordinateur et initiateur du Festival à l’époque, avait promis une deuxième édition «plus importante et mieux réussie». Il a tenu parole, mais pour atteindre cet objectif, il était impératif de débuter les préparatifs bien à l’avance. Dans cette perspective, quelques vieilles bâtisses datant de siècles, dont la mosquée du village, ont été restaurées et rénovées grâce aux efforts conjugués des habitants et de l’APC.
La deuxième édition du Festival, prévue initialement du 2 au 4 septembre, a malheureusement été reportée en raison des incendies ravageurs ayant touché plusieurs wilayas du pays. Face à cette situation exceptionnelle, les organisateurs ont été contraints de repousser la date du lancement. Une nouvelle date a alors été fixée, coïncidant avec la Journée mondiale du tourisme, célébrée chaque année le 27 du mois de septembre. Houria Aggoune, wali de Bouira, a donc procédé, le samedi 26 septembre, au lancement officiel du Festival.
L’événement, qui s’est déroulé du 25 au 27 septembre, est organisé par la direction locale du tourisme et de l’artisanat, en partenariat avec l’APC d’Ahnif et l’association Ixulaf N Tmellaht, sous le haut patronage de la ministre du Tourisme et de l’Artisanat. Plus de 1000 personnes issues de 37 wilayas du pays, parmi lesquelles figurent des artisans, des membres d’associations, des guides touristiques, des sportifs, des artistes et bien d’autres, ont débarqué à Tamellaht dès vendredi 25 septembre.
Cette forte présence témoigne de l’intérêt grandissant suscité par ce rendez-vous consacré au tourisme, au patrimoine et à l’artisanat. Selon la directrice locale du tourisme et de l’artisanat, cette nouvelle édition est consacrée à la «valorisation du sel naturel et du patrimoine local, avec diverses activités artisanales, culturelles et touristiques. A travers ce programme, la wilaya entend valoriser ses potentialités et promouvoir ses territoires et renforcer l’attractivité de la destination Bouira».
Exiguïté
L’arrivée des premières délégations venant de l’extérieur de la wilaya de Bouira a commencé dès le vendredi 25 septembre. Le lendemain, une foule nombreuse de visiteurs, venus des quatre coins de la wilaya de Bouira, s’est rendue sur les lieux des festivités. Les visiteurs ont ainsi pu découvrir les trésors de Tamellaht, apprécier la richesse de son patrimoine et profiter de l’ambiance particulière qui a marqué cette deuxième édition.
Ainsi, la saline du vieux village en ruine de Tamellaht et l’école primaire du village Ighzer- Oumeziave, retenue pour accueillir l’ensemble des activités, ont été prises d’assaut par les visiteurs. La très active association Ixulaf N Tmellaht a promis au public une mémorable immersion dans le fascinant univers du sel, à travers notamment une démonstration sur la méthode traditionnelle d’extraction du sel.
L’association a également concocté une multitude d’activités dont des ateliers, divers concours, des expositions, un Salon du livre, etc. Parallèlement à ces activités diurnes, les soirées ont été rythmées par des spectacles de chant qui ont mis en valeur les talents locaux. Une atmosphère qui a baigné les visiteurs dans une ambiance chaleureuse et conviviale. En outre, les amoureux de la nature et de l’aventure ont été conviés à prendre part à des randonnées pédestres ainsi qu’à des sessions de parapente. Le seul inconvénient constaté lors ce Festival était l’exiguïté de la cour de l’école primaire où de nombreuses activités ont été organisées. L’espace restreint a limité l’entrée et la circulation des centaines de visiteurs. De plus, le nombre important d’automobilistes ont trouvé des difficultés à stationner leurs véhicules, entraînant parfois des bouchons.

Mosquée restaurée et rénovée
Point de vue économique
Parmi les activités programmées au Festival figurent des conférences abordant une variété de thématiques. Le professeur des universités en économie Moussa Boukrif a, pour sa part, plaidé pour la mise en place d’un véritable projet économique et culturel autour du Festival à travers diverses activités. Selon lui, cette manifestation ne doit pas se limiter uniquement à l’aspect festif, mais devrait plutôt devenir un levier de développement local capable de mettre en valeur l’ensemble des ressources, des savoir-faire et des potentialités de la région de Tamellaht. «Il est temps de sortir du cadre folklorique et faire du Festival un levier qui mettra en valeur l’ensemble des produits du territoire local. A travers le sel, nous pouvons asseoir toute une économie solidaire, la création de coopératives, d’associations», a-t-il expliqué. Pour l’économiste, le sel peut constituer un point de départ «d’une dynamique économique qui permettrait de structurer d’autres activités existantes, d’encourager la création d’emplois et de favoriser l’implication de la population locale dans la valorisation de son patrimoine».
M. Boukrif estime que la région de Tamellaht est si riche en d’autres produits qui la distinguent et qui méritent d’être valorisés davantage. Il cite entre autres la robe de Tamellaht, unique en son genre ainsi que des légendes locales. Selon lui, ces récits transmis de génération en génération pourraient inspirer des œuvres artistiques et même de grands films, qui contribueront à faire connaître la région au-delà de ses frontières.
L’économiste propose, par ailleurs, la création d’«un itinéraire pédagogique du sel». Un tel parcours permettra aux visiteurs de mieux comprendre les différentes étapes de la production, depuis l’extraction ou la collecte jusqu’au traitement et à la commercialisation du sel. Par ailleurs, il pourrait également sensibiliser les jeunes générations à l’importance du patrimoine légué par leurs ancêtres et transmettre les connaissances et techniques traditionnelles d’extraction du sel. En outre, à travers cet itinéraire, les visiteurs découvriront les sites naturels et l’histoire de la région de Tamellaht.
Dans la même perspective, le P/APC d’Ahnif, Lahlou Sahi, a mis en exergue les atouts et potentialités dont recèle la commune en général et Tamellaht en particulier, notamment dans le domaine touristique. Outre les richesses naturelles, la commune dispose également de vastes terrains susceptibles d’accueillir des investissements en tous genres. Il lance un appel à tous les investisseurs et initiatives privées qui veulent investir au niveau d’Ahnif «à se rapprocher de nos services au niveau de la commune». «Nous leur promettons toutes les facilités et la prise en charge de toutes leurs doléances et préoccupations», dira-t-il.
M. Sahi a en outre dévoilé un projet ambitieux qui consiste à réhabiliter des maisons tombées en ruine à Tamellaht. Cette initiative vise à transformer ces habitations en gîtes pour recevoir les visiteurs désireux de découvrir la région. Au-delà de la préservation du patrimoine architectural local, le projet pourrait stimuler le tourisme en proposant des séjours authentiques aux voyageurs.
Femme rurale
Plusieurs organismes publics, notamment ceux du soutien à l’emploi, ont pris part aux activités du Festival. Des représentants de ces organismes ont présenté les mesures d’aide disponibles ainsi que les démarches à suivre pour en bénéficier. A Tamellaht et Ahnif en général, plusieurs femmes s’adonnent à diverses activités artisanales.
Elles confectionnent notamment des produits traditionnels et mettent à profit leur savoir-faire dans plusieurs domaines, contribuant ainsi à la préservation du patrimoine local et à la diversification des revenus familiaux.
Cependant, ces femmes se retrouvent souvent confrontées à plusieurs difficultés, notamment l’accès au financement, aux équipements, aux circuits de commercialisation, etc. Afin d’accompagner ces femmes et valoriser leur travail, les représentants des organismes publics ont vulgarisé les mécanismes et procédures permettant l’accès au différents dispositifs mis en place par l’Etat au profit de la femme rurale.
La clôture du Festival a été consacrée à une vaste campagne de nettoyage du village et de ses environs. Cette opération, menée par les participants, a mobilisé les habitants, les représentants des organismes publics ainsi que les associations et les bénévoles présents.
Reportage réalisé par Omar Arbane
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler