A Akbou, la souveraineté numérique se construit

La start-up One Cloud a inauguré jeudi un centre de données à Akbou (Béjaïa), en présence du ministre Noureddine Ouadah, afin de fournir des services cloud aux start-ups, étudiants en IA et projets publics.
Akbou, pôle d'innovation industrielle de la vallée de la Soummam, abrite des structures d'accompagnement comme Axxam Business Hub et Nexus, qui relient les jeunes pousses au tissu productif local en mécanique de précision et numérisation.
L'Algérie mise sur la souveraineté numérique via les lois 18-07 et 25-11, qui imposent l'hébergement et le traitement des données des citoyens sur le territoire national, en complément du cloud du Cerist et du data center de Mohammedia.
Au-delà de la localisation des serveurs, le pays cherche une indépendance structurelle face aux géants internationaux comme Google, Microsoft et AWS, dont les écosystèmes propriétaires génèrent une dépendance technologique profonde.
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Il y a des inaugurations qui valent davantage que le ruban coupé. Celle du centre de données de la start-up One Cloud, jeudi à Akbou, en fait partie.
Porté par Rachid Tighremt, entrepreneur qui a longtemps exercé notamment en Europe et en Amérique dans le conseil et le «data center managé» avant d’investir dans son pays, le projet a été inauguré par le ministre de l’Economie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, Noureddine Ouadah.
Le même jour, le ministre ouvrait le forum «Solutions innovantes dans le domaine de l’industrie», organisé par l’incubateur Axxam Business Hub, et assistait à la signature d’accords entre One Cloud, l’accélérateur public Algeria Venture et plusieurs acteurs économiques. Que cela se produise à Akbou n’a rien d’un hasard. Cette ville de la wilaya de Béjaïa, qui abrite plusieurs fleurons de l’industrie algérienne, s’est imposée comme un véritable pôle d’innovation industrielle (l’industrie 4.0) au cœur de la vallée de la Soummam. Ici, les structures d’accompagnement dialoguent avec le tissu productif : Nexus, propulsé par le constructeur de motos VMS Industrie, relie directement les porteurs de projets aux besoins de l’usine, tandis qu’Axxam Business Hub œuvre à l’innovation ouverte. Mécanique de précision, numérisation industrielle, logistique : de jeunes pousses y éclosent, portées par les dispositifs publics de soutien à la jeunesse entreprenante. Le centre de données de One Cloud prolonge cette dynamique. Conçu pour héberger des écosystèmes SaaS, il doit fournir des services cloud aux start-up, aux étudiants en intelligence artificielle et à des centaines de projets publics.
Pour l’Algérie, la maîtrise des données n’est plus une option technologique, mais une exigence souveraine. Le cadre légal existe : la loi 18-07 sur la protection des données personnelles, renforcée par la loi 25-11 de 2025, qui consacre la localisation et le traitement des données des citoyens algériens sur le territoire national. L’Etat, de son côté, a posé les premières briques : le cloud national hébergé au Cerist, le data center de Mohammedia, Sonelgaz Cloud. Désormais, le cap est mis pour bâtir un véritable écosystème fait d’une pluralité d’acteurs, d’une concurrence saine et d’une chaîne de valeur nationale.
Car la souveraineté ne se réduit pas à la localisation physique des serveurs. Elle suppose une indépendance structurelle vis-à-vis des grands fournisseurs internationaux (Google, Microsoft, AWS) dont les écosystèmes reposent sur des standards propriétaires, conçus pour créer une dépendance profonde en verrouillant logiciels, systèmes d’exploitation et hyperviseurs. Héberger chez soi des technologies conçues ailleurs, c’est posséder les murs sans détenir les clés. Or, l’Algérie entend conserver ces éléments sous son contrôle exclusif.
Par Cherif Lahdiri
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