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Devant l’Afrique réunie, l’Algérie dénonce un colonialisme français « sans pareil »

Par Makhlouf Mehenni5 min de lecture
Devant l’Afrique réunie, l’Algérie dénonce un colonialisme français « sans pareil »
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Six décennies après les indépendances, l’Afrique réclame reconnaissance, justice et réparations pour quatre siècles d’esclavage et de colonialisme, au cœur d’une conférence internationale de deux jours à Alger sur le thème « Année 2025, justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations ».
Le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf a présenté cette lutte comme un droit légitime, appelant à la reconnaissance et à la criminalisation des crimes coloniaux dans le droit international, en dénonçant le colonialisme français en Algérie comme un « modèle sans pareil » sur 132 ans de crimes multiformes.
Les participants, dont le président du Parlement panafricain Fortune Zephania Charumbira, exhortent à présenter des demandes de réparation précises via l’Union africaine, tandis que le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, évoque des alternatives à la réparation matérielle, comme une meilleure représentation de l’Afrique dans les institutions internationales ou une révision de la dette.

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Six décennies après les indépendances, l’Afrique réclame reconnaissance, justice et réparation pour les quatre siècles d’esclavage et de colonialisme subis par ses peuples.

La question est au centre d’une conférence internationale de deux jours ouverte ce dimanche 30 novembre à Alger sous le thème : « Année 2025, justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations ».

Ce « grand procès » du colonialisme, auquel participent des dizaines d’historiens et autres experts d’Afrique et du reste du monde, a été proposé par le président de la République Abdelmadjid Tebboune lors du sommet de l’Union africaine de février 2025.

La reconnaissance des crimes coloniaux est un « droit légitime »

« Ce n’est pas une faveur » que demande l’Afrique, mais un « droit légitime » qu’elle réclame pour « la reconnaissance des crimes commis contre ses peuples », a indiqué le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf à l’ouverture de la conférence, devant une assistance composée de plusieurs ministres africains, ambassadeurs, historiens et juristes internationaux.

Aujourd’hui, il faut aller au-delà de l’exigence de « _reconnaissanc_e » et réclamer « réparation », a estimé pour sa part le chef de la diplomatie d’Angola, Téte Antònio.

Pour Ahmed Attaf, il s’agit d’un projet de justice historique pour l’Afrique, dont la lutte se poursuit aujourd’hui encore, tant que les crimes du colonialisme n’ont pas fait l’objet d’une « reconnaissance franche et responsable » et tant que ces méfaits ne sont pas criminalisés et inscrits dans le droit international pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des « crimes imprescriptibles ».

Il faut « appeler les choses par leur nom » et amener le monde à « assumer ses responsabilités », a affirmé le chef de la diplomatie algérienne.

Le colonialisme a commis, « avant l’heure », tous les crimes condamnés aujourd’hui dans le monde entier ; crimes d’agression, crimes contre la paix, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, a-t-il égrené, ajoutant que si le Siècle des lumières a éclairé toute l’Europe, il a fait entrer l’Afrique dans une période d’obscurité, en excluant le continent des révolutions politique, économique, technologique, scientifique et sociale.

« Le colonialisme français en Algérie n’a pas d’égal dans l’histoire »

Attaf s’est attardé particulièrement sur les crimes du colonialisme français en Algérie.

L’Afrique n’oublie pas l’extermination de la moitié de la population du Congo et tous les crimes commis au Cameroun, au Togo, en Namibie, en Angola, à Madagascar, et garde, au cœur de cette mémoire collective, le souvenir du colonialisme français en Algérie comme « un modèle sans pareil dans l’histoire ».

C’était un colonialisme de peuplement dans tous les sens du terme, et le plus long projet colonial de l’histoire moderne, soit 132 ans de « crimes multiformes ».

« Chaque pouce de cette terre est témoin de l’horreur, de la cruauté et de la tyrannie du colonialisme  français, de la conquête coloniale jusqu’à la guerre de Libération nationale, en passant par plusieurs autres étapes douloureuses, comme les massacres du 8 mai 1945 », a dénoncé Ahmed Attaf, citant les tueries, la politique de la terre brûlée, les expropriations et les tentatives d’altérer la culture et l’identité algériennes.

Si, aujourd’hui, l’Afrique veut obtenir reconnaissance et réparation, elle ne doit pas seulement parler d’une même voix, mais aussi présenter des demandes de réparation précises, pour des crimes listés et documentés, a estimé dans son intervention Fortune Zephania Charumbira, président du Parlement panafricain.

« Nous connaissons les injustices, nous devons agir aujourd’hui. Ce n’est pas facile, c’est sûr, parce que ceux qui les ont commis vont se défendre. Avons-nous consigné tous les crimes ? Nous devons commencer par cela. Chaque pays doit présenter à travers l’Union africaine les crimes qu’il a subis », a-t-il suggéré.

Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a proposé pour sa part de penser à trouver des alternatives à la réparation matérielle, en assurant par exemple une meilleure représentation de l’Afrique dans les institutions internationales ou encore en revoyant la problématique de la dette.

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