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Sur menace les petits boulots de la diaspora malgache

Par AFP•5 min de lecture
Brifa
Sur menace les petits boulots de la diaspora malgache
Résumé IA

Une loi promulguée le 21 juillet aux Comores réserve certaines activités du petit commerce aux seuls Comoriens de naissance, menaçant environ 20 000 membres de la diaspora malgache, majoritairement des femmes.

Beaucoup vivent de la vente de fruits, de poissons séchés ou de la coiffure et envoient 50 à 100 euros par mois à leurs familles restées à Madagascar, où 75 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Les défenseurs invoquent la «souveraineté économique», mais des juristes comme Mohamed Rafsandjani dénoncent une dimension xénophobe, notamment car la loi s'applique aussi aux naturalisés comoriens.

La mesure s'inscrit dans un contexte régional tendu, après l'interdiction de certains commerces aux étrangers en Tanzanie en 2025 et des violences xénophobes au Kenya et en Afrique du Sud.

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Le Quotidien d'Oran

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Elle y vend des chaussures et ce petit boulot lui permet d’envoyer 50 à 100 euros par mois à sa famille restée à Ambilobe, ville du nord de la Grande Ile.

Mais depuis juillet, une loi interdisant certaines professions aux étrangers installés aux Comores risque de mettre à mal ce fragile équilibre. «Je suis au courant et j’ai très peur. Si on m’interdit de faire du commerce, où vais-je trouver l’argent?», s’interroge la jeune femme aux tresses plaquées sur le crâne. La nouvelle loi a été promulguée le 21 juillet: elle réserve notamment aux seuls Comoriens de naissance certaines activités relevant du petit commerce. Si la loi n’est pas encore en vigueur, les textes d’application n’étant pas publiés, elle inquiète vivement au sein des 20.000 membres de la communauté malgache aux Comores, la première de l’archipel, en majorité des femmes venues pour des raisons économiques. Aux Comores, 45% de la population vit sous le seuil de pauvreté, un taux qui grimpe à 75% à Madagascar, selon la Banque mondiale. Les Comores ne sont pas un cas isolé: en 2025, la Tanzanie a interdit aux étrangers de détenir et d’opérer certains commerces dans une quinzaine de secteurs. La question a aussi été évoquée au Kenya, où des propos du président sur les étrangers ont provoqué des violences à l’encontre de petits commerçants étrangers. En Afrique du Sud, c’est une mosaïque de groupes dits citoyens, et non le gouvernement, qui a lancé une vaste campagne de lutte contre les immigrés sans papiers, débouchant sur des violences meurtrières et le départ de nombreux petits commerçants étrangers.

«Dimension xénophobe»

Aux Comores, les défenseurs de cette loi mettent en avant «la souveraineté économique» et la «défense du citoyen comorien». «S’il faut ouvrir un petit commerce de proximité, on n’a pas besoin d’étrangers dans ce secteur», affirme Hamidou Mhoma, vice-président de la Nouvelle Opaco, une organisation patronale. «La loi n’est ni xénophobe ni discriminatoire, c’est une loi de justice sociale (...) le pays a le droit de choisir le type d’investisseurs qui doit venir ici», martèle-t-il. Mais pour l’avocate Faïzat Said Bacar, responsable de l’association féministe Bora, la nouvelle législation ne va faire que fragiliser «un très grand nombre de femmes malgaches, qui déjà, avant de venir aux Comores, étaient relativement précarisées dans leur pays, avec peu de soutiens». D’autres dénoncent le fait que la loi s’applique aussi aux naturalisés comoriens. «La République assure l’égalité de tous les citoyens devant la loi, sans distinction d’origine», rappelle le docteur en droit public Mohamed Rafsandjani. «On peut débattre d’un point de vue économique et politique pour savoir quelle est l’efficacité de la mesure mais il y a clairement une dimension xénophobe» dans le fait d’opérer une distinction entre nationaux, estime-t-il.

En euros

La nouvelle loi s’inscrit dans un contexte de relations tumultueuses entre les deux nations de l’océan Indien. Les vols directs entre Moroni et Antananarivo ont repris depuis peu après cinq ans de suspension sur fond de brouille liée à un trafic de lingots d’or venus de Madagascar, transitant par les Comores et à destination de Dubaï. Le 23 août, des centaines de membres de la diaspora malgache s’étaient rassemblés dans un stade de Moroni pour réclamer notamment l’ouverture d’une représentation diplomatique sur place. Si par le passé les immigrés malgaches étaient plutôt des professeurs, des employés du BTP ou parfois des médecins, beaucoup sont aujourd’hui vendeurs de fruits et légumes, de poissons séchés ou coiffeurs. Des métiers précaires qui tombent sous le coup de la nouvelle loi. «Pour les Malgaches qui sont au pays, les Comores, c’est la France. Surtout que quand on envoie de l’argent, on l’envoie en euros. Pour eux, il y a beaucoup d’argent ici, or la réalité est toute autre», raconte Moussa Ravelomantso, président de la communauté malagasy aux Comores pour expliquer l’attrait exercé par les Comores sur ses compatriotes. Ironie de l’histoire, Moussa dit avoir vécu une situation similaire il y a plus de 50 ans à Majunga, grande ville du nord-ouest de Madagascar. «La communauté comorienne était accusée de voler le travail des Malgaches. Face à la pression, beaucoup étaient partis», se remémore-t-il. Mais les petits boulots libérés n’avaient pas trouvé preneurs, ajoute-t-il: «les Malgaches n’en voulaient pas».

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