Émigration, ces chiffres qui peuvent tromper…

Les rapports de Frontex et de l'OIM signalent une hausse de la route migratoire depuis le littoral maghrébin vers l'Espagne, alors que les autres voies européennes reculent.
Des médias français et l'extrême droite instrumentalisent ces chiffres pour stigmatiser l'Algérie, bien que moins de 40 % des migrants sur ce corridor soient des ressortissants algériens, les autres étant des Marocains et des subsahariens en transit.
Le collectif Caminando Fronteras recense 507 morts et disparus en cinq mois sur cette route, une hausse de 54,6 %, soit le deuxième bilan le plus lourd après la voie atlantique vers les Canaries.
Les forces algériennes ont intercepté 24 071 migrants en situation irrégulière en 2025, sans parvenir à endiguer une mobilité humaine que l'auteur juge impossible à maîtriser totalement.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Les derniers rapports de Frontex, Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, et de l’OIM, Organisation internationale pour les migrations, indiquent que la route menant du littoral maghrébin (citant principalement l’Algérie) vers l’Espagne continentale et l’archipel des Baléares est en augmentation, alors que les autres routes européennes reculent.
Cependant, la lecture faite par des médias occidentaux, particulièrement hexagonaux, relayée et enflée par des partis d’extrême droite, prête volontairement à confusion. Une surmédiatisation de flux en provenance d’Algérie à des fins de politique intérieure française, pour alimenter les débats sur l’immigration ou cibler les relations franco-algériennes, à quelques mois de l’élection présidentielle. Un sujet, apparemment immortel qui, à la longue, devient fastidieux. Pourtant, la composition des flux sur cette route spécifique comprend moins de 40% de ressortissants algériens, suivis par des citoyens marocains et des exilés subsahariens, notamment des Maliens et des Soudanais. Et cela, si l’on se fie toujours à ces deux organisations dont la maîtrise nous échappe.
Il existe des amalgames sur les nationalités : des articles de presse ou des déclarations d’experts «attribuent l’intégralité des départs d’Algérie à des nationaux algériens, omettant le fait qu’Alger est aussi une zone de transit pour des migrants d’Afrique subsaharienne ou du reste du Maghreb», estiment à juste titre des observateurs au fait de ce phénomène qui touche des pays de la Méditerranée, de l’Amérique du nord, d’Asie et du Moyen-Orient, entre autres…Et du coup, la «focalisation sur la seule hausse du corridor algéro-espagnol est indubitablement une tentative de stigmatiser spécifiquement l’Algérie». Dans ces analyses, l’on oublie l’essentiel, peut-être, le bilan macabre qui fait état de 507 morts et de disparus en cinq mois, soit une hausse de 54,6% en un an, le deuxième en nombre de victimes derrière la route atlantique vers les Canaries (l’Espagne toujours) avec 635 morts, selon le très crédible collectif espagnol Caminando Fronteras (organisation non gouvernementale de veille des droits des migrants).
Durant l’année 2025, les autorités et forces de sécurité algériennes, dont les garde-côtes, l’Armée nationale populaire, ont procédé à l’interpellation ou à l’interception de 24 071 migrants en situation irrégulière sur le territoire national et le long de ses côtes, selon un bilan global communiqué par le ministère de la Défense nationale.
Dans tout cela, le drame de l’émigration irrégulière reste omniprésent, malgré la surveillance, les patrouilles régulières sur les côtes et en mer et les opérations de sauvetage menées par le commandement des forces navales.
La mobilité humaine est telle qu’elle défie toutes les forces, car mue par un besoin inné de se lier aux autres, et non par une nécessité économique ou forcément politique, d’où cette non-maîtrise totale de la migration…
Par Chahredine Berriah
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler