Et si le prix du pétrole était porté à 160 dollars et plus, avec un krach boursier et la fin des guerres ?

Par Medjdoub Hamed•24 min de lecture
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Résumé IA

Le lancement de l'euro en janvier 1999 déclenche une riposte monétaire agressive de la Fed, qui relève ses taux de 4,75 % à 6,5 % en moins d'un an pour museler la nouvelle devise.

L'euro s'effondre de 40 % face au dollar, passant de la parité à 0,84 dollar, tandis que le pétrole bondit de 10 à 36 dollars, provoquant une inflation importée massive en zone euro.

La BCE, contrainte de suivre la Fed, enchaîne sept hausses de taux en 2000, mais les capitaux européens fuient vers les rendements américains, finançant le déficit courant US.

Cette guerre monétaire se retourne contre Wall Street : le Nasdaq s'effondre en avril et septembre 2000, victime des taux élevés et du dollar fort qui asphyxient l'économie américaine.

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Le Quotidien d'Oran

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D’un côté, le Japon s’enfonce dans une récession structurelle profonde et une partie de l’Asie en développement subit un effondrement financier violent.

De l’autre, les économies européenne et américaine affichent une bonne santé apparente qui cadre mal avec le processus de globalisation des marchés. Cette onde dépressive en Asie se propage tout au long de l’année 1997 depuis le Sud-Est asiatique vers l’Amérique latine, avant d’atteindre la Russie en 1998, concrétisant pour la première fois une attaque spéculative d’une ampleur continentale.

Ce processus géopolitique et financier répond à une stratégie habituelle des États-Unis, pour qui il est inacceptable que des économies émergentes fassent de l’ombre à leur suprématie économique, financière et monétaire. Dans ce contexte de verrouillage des forces concurrentes que survient, au cœur même du bloc allié occidental, un défi historique pour Washington, plus précisément pour la Banque centrale américaine appelée Réserve fédérale ou Fed : le lancement officiel de l’euro le 4 janvier 1999. Cette union monétaire de onze pays membres est immédiatement perçue par le pouvoir financier américain comme un coup dur et une menace frontale pour le leadership mondial du dollar.

Au tout début de son existence, en janvier 1999, la monnaie unique européenne parvient à maintenir sa parité face au billet vert. Profitant de cet avantage de change initial, la Banque centrale européenne décide d’abaisser son taux d’intérêt directeur de 3 % à 2,5 % en avril 1999 afin de soutenir l’activité de la zone euro. La réaction de la Réserve fédérale américaine ne se fait pas attendre et prend la forme d’une riposte monétaire d’une agressivité naturelle.

Dès le mois de juin 1999, la Fed enclenche un resserrement monétaire en augmentant son taux directeur d’un quart de point, le faisant passer de 4,75 % à 5 %. Cette décision marque le point de départ d’un premier cycle financier implacable destiné à museler la monnaie intruse dans le commerce international. Les relèvements du taux d’intérêt américain vont se succéder en six étapes consécutives, combinant cinq hausses successives d’un quart de point et un relèvement massif d’un demi-point en mai 2000. En moins d’un an, le taux directeur de la Fed grimpe en flèche pour culminer au sommet de 6,5 %, asséchant les liquidités mondiales au profit exclusif des actifs américains. Cette stratégie de la Fed produit des effets immédiats et dévastateurs sur la valeur externe de la devise européenne. Durant tout le second semestre de l’année 1999, l’euro subit une baisse pratiquement ininterrompue sur les marchés des changes. Dès le 10 juillet 1999, il s’enfonce à un niveau critique de 1,0161 dollar, avant de franchir à la baisse le seuil psychologique de la parité. En janvier 2000, la monnaie unique s’effondre sous la barre des 0,90 dollar pour s’établir à 0,8907 dollar, matérialisant une perte de plus de 15% de sa valeur originelle en seulement douze mois.

Cette chute brutale engendre un paradoxe macroéconomique : si la dépréciation booste temporairement les exportations des pays de la zone euro, elle suscite une inquiétude grandissante chez les investisseurs internationaux qui fuient les actifs européens.

La question de la viabilité et du gain réel de cette aventure monétaire commence alors à fracturer les certitudes des onze pays fondateurs de l’Union économique et monétaire face à la démonstration de force du billet vert.

Le Mécanisme de Siphonage des Capitaux par la Fed et l’Asphyxie Inflationniste de la Zone Euro

Face à la fuite massive et continue des capitaux vers les rendements élevés des États-Unis, la Banque centrale européenne se retrouve piégée et contrainte d’emboîter le pas à la Fed pour défendre sa monnaie. Le 5 novembre 1999, l’institution de Francfort relève son taux directeur à 3 %, initiant à son tour un cycle de durcissement monétaire défensif. Malgré cette réaction, la suprématie du dollar alimentée par la Fed continue de broyer l’euro qui s’enfonce jusqu’à sa cotation historique de 0,84 dollar en octobre 2000.

En moins de deux ans, l’euro a abandonné 40 % de sa valeur par rapport au billet vert depuis sa première cotation de janvier 1999. Cette dépréciation massive se double d’un choc pétrolier programmé sur les marchés internationaux. Le cours du baril de brut, qui s’échangeait à un niveau dérisoire de 10 dollars en janvier 1999, entame une remontée spectaculaire pour atteindre 14,5 dollars en avril, avant de franchir la barre psychologique des 20 dollars en août, et de s’établir à 26 dollars dès le mois de janvier 2000. Cette flambée de l’or noir oblige la BCE à une course poursuite permanente pour relever ses taux, augmentant son taux directeur à 3,25 % le 4 février 2000. L’escalade culmine le 6 octobre 2000, date à laquelle le taux directeur de la zone euro atteint 4,75 % après sept hausses successives en moins d’un an. Rien ne semble pourtant arrêter la hausse du pétrole libellé en dollars, dont le cours atteint 36 dollars le 6 septembre 2000 en dépit de la saison estivale, alors que l’euro reste scotché dans une zone de faiblesse extrême entre 0,84 et 0,85 dollar.

Par le canal de ce dollar fort et du renchérissement du pétrole, une inflation importée provoquée par l’augmentation du coût des biens, des services, de l’énergie et des matières premières en provenance de l’étranger, frappe l’Europe de plein fouet. Les capitaux européens désertent massivement le vieux continent pour trouver refuge aux États-Unis, et leur conversion systématique en dollars accentue par un effet de rétroaction mécanique la dépréciation de la monnaie unique européenne.

Le resserrement monétaire américain, qui a propulsé les taux de 4,75 % à 6,5 %, obéit en réalité à une double rationalité stratégique parfaitement pensée par le pouvoir financier de Washington. Le premier objectif consiste à siphonner l’épargne mondiale, et notamment européenne, pour financer le déficit colossal de la balance courante américaine. Le second paramètre, intimement lié au statut du dollar comme monnaie exclusive de facturation du pétrole – le « pouvoir exorbitant du dollar US » – vise à fournir les liquidités nécessaires aux transactions énergétiques mondiales, et donc une création monétaire ex nihilo, adossée aux contreparties physiques dues à la hausse des cours pétroliers,sans dépréciation du taux de change voire à le limiter sur les marchés monétaires.

Ce sont les capitaux étrangers recyclés aux États-Unis qui viennent pondérer et neutraliser l’émission de dollars sur le marché mondial. Ce mécanisme impérial permet aux autorités américaines de financer leurs déficits extérieurs avec les pays du reste du monde, tout en maintenant la puissance du dollar au-dessus de toutes les monnaies internationales, dont la nouvelle monnaie européenne, l’euro. Avec ce paradoxe, toutes les puissances économiques s’y plient ; ils ne contestent pas l’hégémonie commerciale US sur le monde.

La Débâcle Boursière de Wall Street et le Pivot Forcé vers la Spéculation Immobilière

Cette guerre monétaire totale finit par produire des effets négatifs majeurs au sein même de l’appareil productif américain. Les taux d’intérêt élevés de la Fed se répercutant sur les taux des banques commerciales US, couplés à la surévaluation du dollar, commencent à dégrader sévèrement les agrégats économiques intérieurs des États-Unis.

Le coût excessif du crédit pèse lourdement sur la consommation des ménages et décourage les investissements des entreprises, tandis que le dollar cher détruit la compétitivité-prix de l’industrie américaine à l’exportation.

Ce double goulet d’étranglement provoque une panique boursière violente à Wall Street, marquée par l’effondrement spectaculaire des valeurs technologiques du Nasdaq au cours de deux chocs successifs en avril et en septembre 2000. L’outil monétaire utilisé par Washington, plus précisément par la Fed, pour museler l’euro dans le commerce mondial s’est retourné contre la propre économie US, plongeant la Bourse de New York dans une panne prolongée.

Et cette menace de paralyser l’ensemble de la croissance américaine s’est opérée tout au long des années 2001 et 2002.

En effet, suite au krach boursier en 2000, la Fed opère un revirement à 180 degrés en abaissant ses taux de manière agressive, dès janvier 2001, mais la relance économique refuse de jouer.

Face à des krachs boursiers à répétition en 2001-2002 et au traumatisme des attentats du 11 septembre 2001, la situation devient critique en 2003, année où les États-Unis déclenchent l’invasion militaire de l’Irak sans l’accord des Nations Unies.

Face à un conflit armé qui s’enlise et piétine sur le terrain, le pouvoir financier américain prend conscience qu’il faut impérativement miser sur un autre vecteur de croissance pour éviter une récession généralisée en pleine guerre. Compte tenu de la débâcle boursière à Wall Street, l’immobilier s’impose alors comme l’unique créneau salvateur disponible pour réanimer l’économie américaine. Vu les enjeux économiques et la guerre en Irak, tout le laisse penser et c’est raisonnable pour sortir l’économie US de sa stagnation, qu’un mot d’ordre strict est diffusé au sein du système bancaire sous l’impulsion de la Fed et des autorités politiques: il faut faciliter au maximum l’octroi de crédits pour l’achat de logements. En fait, c’est l’acte de naissance d’une immense bulle immobilière de substitution, financée par un dollar qui commence à se déprécier par la création monétaire ex nihilo, et parallèlement, la Fed maintient artificiellement son taux directeur très bas à 1 % dès juin 2003 pour doper l’économie.

Cette orientation vers le crédit hypothécaire mené massivement s’appuie sur une dérégulation juridique majeure amorcée fin 1999 avec l’abrogation de la loi Glass-Steagall Act sous la pression du pouvoir financier. En supprimant définitivement la frontière étanche établie depuis 1933 entre les banques commerciales de dépôt et les banques d’investissement, le pouvoir américain change les règles malgré les lourdes conséquences. En fait, il s’y trouve forcé.

Cette décision donne l’autorisation légale aux institutions bancaires d’utiliser les dépôts d’épargne des citoyens ordinaires pour financer et porter des opérations de marché hautement spéculatives. Les banques de dépôt se transforment en de véritables fabriques à risques, connectant directement l’argent des comptes courants des ménages aux salles de marchés de Wall Street, créant le cadre idéal pour la prolifération des futurs produits financiers toxiques.

L’Industrialisation des Crédits Subprimes et le Transfert Global des Risques Toxiques

Dotées d’un accès illimité aux dépôts bancaires et aiguillonnées par l’impératif politique de doper la croissance par l’immobilier, les banques commerciales américaines se lancent dans l’octroi massif de prêts hypothécaires à haut risque, destinés aux profils les plus modestes de la population : les crédits subprimes.

Pour attirer ces emprunteurs insolvables, le système conçoit des structures de contrats agressives fondées sur des taux d’intérêt variables et des taux d’appel initiaux artificiellement bas. Les institutions financières acceptent de prendre ces risques démesurés car le marché est porté par la croyance absolue en une hausse perpétuelle de la valeur de la pierre. Les banques partent du principe qu’en cas de défaut de paiement, la saisie et la revente rapide du bien immobilier suffiront à couvrir la créance, transformant un risque d’insolvabilité structurel en une garantie de profit à court terme.

L’innovation financière,qu’elle soit immorale, mauvaise dans cette période, peu importe, était nécessaire pour se parer aux risques qui pouvaient survenir tant ils pesaient sur les crédits hypothécaires qui étaient colossaux. Elle réside dans l’usage systématique de la « titrisation », un procédé qui permet de déconnecter totalement la responsabilité de l’octroi du crédit de celle de son remboursement.

Le processus s’opère selon un processus bien rodé : dès qu’un prêt subprime risqué est signé, la banque commerciale ne le conserve pas dans ses livres comptables mais le revend immédiatement à une banque d’affaires. Celle-ci regroupe ces créances hypothécaires douteuses par milliers et les découpe pour les transformer en titres financiers négociables, les MBS et les CDO. Par cette alchimie financière, les crédits toxiques sont disséminés dans le système mondial. Les banques d’origine empochent des commissions immédiates à chaque étape du processus et se débarrassent intégralement du risque de non-remboursement, ce qui les pousse à maximiser les volumes de prêts sans aucun contrôle de qualité.

Ce grand marché de la dette toxique s’internationalise à une vitesse fulgurante grâce à la mondialisation financière et à l’entente objective des agences de notation américaines. Des institutions de premier plan comme Standard & Poor’s ou Moody’s apposent la note maximale triple A sur ces produits financiers complexes, leur conférant une étiquette trompeuse de sécurité absolue. Attirées par les rendements élevés de ces actifs adossés à l’immobilier américain, les banques européennes se jettent sur ces placements pour compenser la faiblesse des taux d’intérêt de la zone euro. Le système financier occidental se retrouve ainsi interconnecté autour d’une gigantesque crise financière qui s’étend à l’échelle mondiale.

Le Retournement Immobilier de 2007 et l’Effondrement Systémique de l’économie US en 2008

Pour contrer les premières tensions inflationnistes, la Réserve fédérale américaine avait déjà amorcé en juin 2004pour la première fois à un resserrement monétaire d’un quart de point, de 1% à 1,25 %. C’est la fin de la détente monétaire et le début de la phase descendante du cycle financier.Face au risque d’une formation d’une bulle immobilière, la Fed a changé radicalement de cap. Entre 2004 et l’été 2006, elle procède à 17 hausses successives, faisant monter son taux directeur de 1% à 5,25 %. Ce niveau élevé de 5,25 % reste maintenu pendant une grande partie de l’année 2007.

Ce relèvement des taux déclenche une réaction en chaîne dévastatrice. Les crédits subprimes étant en majorité à taux variable, les mensualités des emprunteurs américains augmentent brutalement.La vague de défauts de paiement s’étend ; incapables de rembourser ces montants gonflés, des millions de ménages se retrouvent en faillite dès 2007.L’effondrement de l’immobilier : Les banques saisissent les maisons et les remettent en vente. L’afflux massif de biens sur le marché fait chuter le prix de l’immobilier américain.La crise financière devientglobale, en 2008.

La crise financière mondiale de 2008 a provoqué un ébranlement économique sans précédent, forçant les États et les banques centrales à déployer des remèdes massifs et historiques pour éviter un effondrement total du système capitaliste. Pour résoudre la crise, deux leviers principaux ont été activés simultanément : la politique monétaire des banques centrales et l’intervention budgétaire des gouvernements. Le premier, la Réserve fédérale américaine (Fed) a réduit son taux directeur de manière drastique, passant d’une moyenne de 5,04 % en 2007 à un plancher historique de 0,16 % en 2009, afin de réinjecter de l’argent bon marché dans le circuit bancaire.

Le second, et il est nouveau et utilisé massivement, c’est le « Quantitative Easing » (Assouplissement quantitatif). Les banques centrales (Fed, BCE) ont directement racheté les actifs toxiques et les dettes des banques pour leur redonner des liquidités. Les Plans de sauvetage étatiques entraient dans cette catégorie des quantitative easing. Les gouvernements américain et européens via leurs Banques centrales (Fed et BCE) ont injecté des centaines de milliards de fonds publics pour nationaliser ou renflouer les banques jugées « Too big to fail » (Trop grandes pour faire faillite), à l’image du plan TARP aux États-Unis.

Et des réformes structurelles portant sur la prévention comme le durcissement des réglementations bancaires (accords internationaux de Bâle III), loi Dodd-Frank (États-Unis) en 2010, et d’autres mesures similaires en Europe.

La Vérité non dite de la Marche de l’Histoire : Le Roi du Moyen Âge, les Greniers de l’Empire et le Financement du Monde

Que peut-on dire de cette double crise immobilière et financière en 2007-2008 ? Dans ce processus qui a commencé en fait en 1999, le pouvoir financier américain, dont au centre la Fed, a été tout simplement forcé de le suivre ; elle n’avait pas d’alternative. En effet, pour la Fed, àl’époque c’était Alan Greenspan, surnommé le « magicien » qui présidait, depuis 1987, sur cette institution financière et monétaire – centre même du système monétaire international –, ne pouvait, comme son comité monétaire, que suivre ce qui était en puissance dans les événements qui arrivaient dans la marche de l’histoire. Et rappeler le lancement de l’euro, la monnaie européenne, en janvier 1999, qui a paniqué le pouvoir US. De même, la crise boursière de 2000 suivie des crises boursières successives en 2001-2002. Pour ne donner, à l’époque, que le cours de deux indices boursiers : le Nasdaq et le Dow Jones. Le Nasdaq, de 5011 en avril 2000, a chuté à 1035 en novembre 2002, soit une chute historique de 77,93 % (près de 80%). Le Dow Jones de 11497 en décembre 1999 est passé à 7422, en octobre 2002 ; il a perdu un tiers de sa valeur boursière. Et ces pertes ont eu lieu en moins de trois ans. Et la guerre contre l’Irak a joué un rôle majeur dans la crise ; le pouvoir financier US était tenu d’être solidaire avec son armée US, et tout faire pour rehausser la croissance à l’économie américaine ; et la construction dans l’« immobilier » apparaissait le seul créneau porteur pour la reprise de l’économie US.

Une deuxième fois : « Que peut-on dire ? » En quelle que sorte pourquoi l’histoire a permis ces événements qui ont conduit à l’effondrement de l’économie US, et au-delà des trois causes énoncées supra. Pour comprendre pourquoi l’histoire a permis ces événements et pourquoi les États-Unis se cramponnent aux guerres, il faut observer le monde à travers l’analogie des royaumes du Moyen Âge.

En fait, c’est l’histoire elle-même qui a choisi cette situation, érigeant les États-Unis en roi médiéval détenteur d’un pouvoir exorbitant de l’argent. Imaginons un roi qui émet de la monnaie pour le commerce de ses sujets, mais impose une condition absolue : tous les fermiers doivent acheminer leur blé dans les magasins souverains, les « greniers du roi ». En période de paix, la monnaie est stable. Mais en cas de guerre ou d’excès de fêtes royales, ou de famine, les services du roi font augmenter le prix du blé. Le souverain imprime alors massivement de l’argent ex nihilo pour acheter ce blé, ce qui impacte à la hausse tous les prix des biens et matières premières : c’est l’inflation.

Les États-Unis sont dans ce cas ; ils représentent ce roi, le pétrole c’est le blé, et les fermiers sont les pétromonarchies arabes sur le territoire desquelles œuvrent les compagnies pétrolières occidentales, protégées par une armada de bases militaires américaines.

Tout pays qui touche à ce système se condamne, à l’instar de ce qui s’est passé pour le président irakien Saddam Hussein qui, en demandant fin 1999 la facturation du pétrole irakien en euros face au dollar, a signé son arrêt de mort. L’invasion de 2003 visait à restituer par la force les greniers de blé, c’est-à-dire le pétrole à la monnaie du souverain que sont les USA.

Ce pouvoir exorbitant offre aux États-Unis le privilège immense de consommer fortement sans jamais se soucier de la hausse continue de leur dette publique ou de leurs déficits courants structurels. Par cette hausse systématique de l’endettement, les États-Unis se positionnent en réalité en « financeur du monde ». Le reste de la planète et le monde entier, y compris l’Occident, dépend totalement des liquidités en dollars injectées ex nihilo par la Fed et son système bancaire.

Son allié européen dispose lui aussi d’un « pouvoir exorbitant moindre à travers l’euro », monnaie fortement demandée qui compte aujourd’hui pour près de 20 % dans les réserves de change mondiales, face aux 60 % détenus par le billet vert. Et c’est aussi ce qui se passe aujourd’hui dans la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient, et c’est la Fed et la BCE qui financent les deux guerres ; quant à l’Iran, par son opposition au roi financeur du monde – les États-Unis –, et sa mainmise sur le détroit d’Ormuz, offre une « catalyse » pour injecter plus de liquidités pour financer les deux guerres ; on comprend pourquoi alors le prix du baril de pétrole reste toujours haussier.

En 2027, risque du baril de pétrole porté 160 dollars et plus. Crise boursière majeure aux USA mettant fin aux guerres

La double crise de 2007-2008 et l’avènement final du Quantitative Easing ne sont pas en fait des accidents, mais le paroxysme d’un modèle impérial où le roi finance le monde par sa propre dette, repoussant perpétuellement les limites physiques de la monnaie jusqu’au retour de nouveau à l’inflation, et le processus se répète. Mais qui est le commandeur de cette évolution du monde ? Seule réponse logique l’Histoire avec une majuscule ; et l’Histoire ne s’arrête pas, elle avance et le monde change. Et rien n’exclut qu’en 2027, une crise financière majeure éclate, à l’image de ce qui s’est passé en 2008 ; surtout que, d’après les médias, l’Arabie saoudite diversifie de plus en plus le libellé monétaire de ses exportations pétrolières, en renminbi chinois et autres monnaies. Et aussi devant l’inflation domestique propre aux économies européenne et américaine et l’inflation importée, la Fed et la BCE se sont entendus pour augmenter leur taux d’intérêt court directeur. Et ces taux ont été relevés presqu’en même temps d’un quart de point (25 points de base) en septembre 2026, pour faire face à la persistance de l’inflation. Si les guerres se poursuivent sans règlement entre les belligérants, le risque est grand, après plusieurs hausses du taux d’intérêt directeur par les deux Banques centrales occidentales, et le détroit d’Ormuz toujours bloqué, peu de tankers le traversent, qu’un événement majeur ne survienne. En effet, le prix du baril de pétrole porté à des sommets, à 160 dollars comme en juillet 2008, voire plus, du fait que seule sa hausse servirait de contreparties physiques et donc jouant de secours pour les injections massives des Banques centrales, dès lors, avec la hausse des taux d’intérêt et le coût excessif des crédits bancaires, un krach boursier majeurpourrait éclater à Wall Street ; comme ce qui s’est passé en 2000 et les crises successives qui ont suivi, aux États-Unis. Comme en 2008, une pareille crisemettra obligatoirement fin aux deux guerres.

En Ukraine, ni l’Europe ni les États-Unis ne pourront continuer à financer l’Ukraine. Au Moyen-Orient, les États-Unis seront sommés de répondre positivement aux revendications de l’Iran. En fait, l’histoire se répète.

*Chercheur

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