Endommagées et asséchées, les tourbières partent en fumée

Par AFP•5 min de lecture
Brifa
Endommagées et asséchées, les tourbières partent en fumée
Résumé IA

Les incendies de tourbières en Indonésie, qui couvent lentement sous la surface, génèrent une brume toxique qui s'étend jusqu'en Malaisie, à Singapour et aux Philippines.

Sur 24,2 millions d'hectares de tourbières indonésiennes, 16,4 millions sont dégradés par le drainage pour plantations industrielles, notamment l'huile de palme, via 285 000 km de canaux.

La fumée libère des particules PM2,5 nocives causant plus de 170 000 infections respiratoires depuis août, fermant des centaines d'écoles et détruisant l'habitat d'espèces menacées comme l'orang-outan.

Malgré un moratoire et la réhumidification revendiquée de 4,16 millions d'hectares, Greenpeace doute de l'efficacité des mesures, les zones restaurées brûlant à nouveau, tandis qu'une nouvelle agence nationale suscite des inquiétudes sur son mandat.

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Le Quotidien d'Oran

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Couvant lentement sous la surface, les incendies de tourbières sont à l’origine de la majeure partie de cette brume dangereuse qui s’est propagée jusqu’à la Malaisie, Singapour et les Philippines. L’Indonésie possède plus de tourbières que tout autre pays, soit environ un tiers du total mondial.

Les tourbières sont constituées de matière organique qui ne se décompose pas entièrement en milieu saturé d’eau et qui, en s’accumulant en couches au fil des millénaires, forme une substance semblable à du sol.

En bonne santé, les tourbières abritent une diversité de plantes et d’arbres ainsi que des animaux parfois menacés comme l’orang-outan, le tigre de Sumatra, l’ours malais et le tapir. Les tourbières peuvent retenir de grandes quantités d’eau, ce qui les rend essentielles à la maîtrise des inondations.

L’Indonésie compte environ 24,2 millions d’hectares de tourbières, dont 16,4 millions d’hectares ont été dégradés et sont vulnérables aux incendies, selon l’ONG Pantau Gambut. Les principaux coupables : les plantations à l’échelle industrielle destinées au bois, à la pâte à papier, à la riziculture et à la production d’huile de palme, dont l’Indonésie est le premier producteur mondial.

Pour cultiver les tourbières, on les draine à l’aide de réseaux de canaux qui, en Indonésie, s’étendent sur environ 285.000 kilomètres, selon les recherches de Pantau Gambut. L’eau s’écoule dans les rivières ou dans la mer, laissant les tourbières asséchées vulnérables aux incendies.

Bien que moins d’un tiers des feux de forêt en Indonésie surviennent sur des tourbières, selon Greenpeace, ils sont à l’origine de la majeure partie de la brume de pollution actuelle. Cette fumée contient des substances nocives, notamment du formaldéhyde, du cyanure d’hydrogène, de l’ammoniac, du méthanol et de l’acétone.

Les particules dites «PM 2,5» présentes dans cette fumée sont si fines qu’elles peuvent pénétrer dans les poumons ou le sang. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) les a associées à une augmentation de la morbidité et de la mortalité liées aux affections respiratoires et aux maladies cardiovasculaires. Pour protéger les enfants, des centaines d’écoles en Indonésie et en Malaisie ont fermé leurs portes.

Plus de 170.000 personnes ont été victimes d’infections respiratoires aiguës depuis le mois d’août en Indonésie, selon le ministère de la Santé.

Ces incendies détruisent également les habitats et les zones de reproduction et d’alimentation d’animaux sauvages, menaçant des espèces déjà en péril telles que les orangs-outans et le rhinocéros de Sumatra.

A la date du 6 octobre, les incendies en Indonésie avaient rejeté 140,5 mégatonnes d’atomes de carbone dans l’atmosphère, soit environ 13% du total mondial, selon le Service de surveillance de l’atmosphère Copernicus (CAMS). C’est le total le plus élevé depuis 2019, une autre année marquée par El Niño.

L’Indonésie cherche à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, en misant principalement sur les forêts, les tourbières et d’autres écosystèmes terrestres pour qu’ils absorbent davantage de carbone qu’ils n’en émettent.

Les solutions proposées

Selon des militants et des experts, les licences de concession pour des activités d’extraction sur les tourbières doivent être révoquées et les terres doivent être remises en eau et replantées avec des espèces locales.

De plus, les canaux drainant l’eau des tourbières doivent être obstrués.

L’Indonésie applique un moratoire sur l’octroi de nouveaux permis de défrichement concernant 66 millions d’hectares de terres classées comme forêts primaires et tourbières.

L’an passé, le gouvernement a annoncé avoir réhumidifié 4,16 millions d’hectares de tourbières, construit 45.000 barrages de canaux et replanté diverses espèces indigènes.

Toutefois, Greenpeace a exprimé des doutes quant aux méthodes employées.

«Aujourd’hui, certaines des unités hydrologiques de tourbières ayant fait l’objet d’importants efforts de restauration (...) ont subi des incendies et affichent l’un des nombres de foyers de chaleur les plus élevés pour la période allant d’août au 1er octobre», a déclaré à l’AFP Belgis Habita, responsable du pôle forêts pour Greenpeace.

Le mois dernier, le gouvernement a annoncé la création d’une nouvelle agence nationale de gestion des tourbières et des mangroves, destinée à remplacer un organisme dont le mandat arrivait à échéance en 2024.

Mais certains s’inquiètent de l’absence de toute mention de restauration ou de protection dans le nom de l’agence.

«La gestion, dans ce contexte, sert-elle de prétexte à l’Etat pour accorder de nouvelles concessions sur les tourbières ?» s’interroge ainsi M. Belgis.

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