Un taux de croissance économique supérieur à 5 % est possible, sous certaines conditions
Plusieurs pays en développement ont atteint des taux de croissance soutenus supérieurs à 5 %, voire 10 %, prouvant qu'une telle performance est réalisable avec des stratégies adaptées.
Les modèles réussis comme la Corée du Sud, la Malaisie et la Chine partagent une orientation exportatrice, un investissement massif dans le capital humain et l'innovation, la promotion du secteur privé et une réglementation simplifiée.
Aucun modèle de développement universel n'existe ; chaque nation doit adapter ces principes à son contexte institutionnel, ses capacités et ses traditions via des réformes structurelles et une gestion stratégique.
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Le Quotidien d'Oran
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Il a été obtenu durant des décennies par plusieurs pays en développement, qualifiés aujourd’hui d’économies émergentes.
L’intérêt primordial accordé à l’évolution de la croissance a toujours été au cœur de toute politique économique. Ces effets positifs sur le progrès, la création d’emplois, l’amélioration du niveau de vie et l’attractivité des investissements sont déterminants pour la prospérité d’une économie.
La croissance est déterminée par un ensemble de facteurs politiques, institutionnels, macroéconomiques et les facteurs structurels propres à chaque pays. C’est une augmentation soutenue de la production de biens et services sur une longue période.Elle est exprimée par l’évolution du PIB et se caractérise par son accroissement durable.C’est un indicateur qui mesure la richesse produite en une année, un semestre ou un trimestre.
Cependant, la récession économique a des conséquences négatives sur l’ensemble des composantes de la société et sur les équilibres macroéconomiques. C’est pour cette raison que la croissance a toujours été une préoccupation majeure et centrale pour tout gouvernement.
Pour connaître l’impact réel de la croissance sur la vie du citoyen et son évolution,le recours au PIB par habitant est indispensable. Il a pour but de mesurer la valeur de la richesse totale produite dans un pays, divisée par le nombre d’habitants. C’est l’un des indicateurs essentiels dans l’analyse économique.
En effet, l’histoire du développement économique montre que de nombreux pays, en particulier ceux qui ont pu accéder au rang d’économies émergentes, ont réussi à réaliser des taux de croissance compris entre 5 et 14 % sur plusieurs exercices,grâce à des stratégies de développement spécifiques à leurs conditions et à leurs objectifs.
C’est le cas de la Malaisie,qui a enregistré des taux de croissance de 9,9 % en 1993 et de 10 % en 1996.De son côté,la Corée du Sud a atteint10,9% en 1991 et 9 % en 2000.La Côte d’Ivoire a assuré un taux moyen de 6,5 % entre 2021 et 2025,tandis que le Sénégal a obtenu 6,7% de croissance en 2025. L’Irlande a réalisé,durant les années 1990-2000, des taux intéressants compris entre de 7,5 % et 10,4 %.
En outre,de grandes puissances économiques ont eu des taux de croissance assez élevés. L’Inde a maintenu un taux de croissance moyen de 8 % sur plusieurs années, quant à la Chine, elle a connu un taux moyen de 10 % entre 2000 et 2010, avec des pics dépassant les 14 %. Ces résultats confirment que la croissance élevée n’est pas spécifique à une région ou à un continent, ni réservée uniquement aux grandes puissances économiques ou aux pays dotés de ressources naturelles exceptionnelles. De plus, elle ne se limite pas à des taux d’évolution modérés, mais peut dépasser les 10 % par année.
Ces données montrent également que réaliser un taux de croissance supérieur à 5 %, voire 7 %, ne relève pas de l’impossible ou de l’exception, mais constitue un objectif réalisable pour toute économie qui adopte une stratégie de développement et de croissance fondée sur des réformes structurelles et un management stratégique adapté et pertinent. Cela nécessite des choix d’objectifs, des méthodes appropriées et l’identification des facteurs clés qui déterminent la réussite de toute stratégie.
Voyons quelles sont les stratégies retenues par les pays ayant accédé à l’émergence économique en réalisant des taux de croissance intéressants et soutenus.Quels sont les facteurs et conditions qui favorisent une évolution exceptionnelle de la croissance, et quelles sont les causes qui conduisent les plans de développement à l’échec et à des résultats préjudiciables?
Pour répondre à ces questions, il est essentiel de rappeler les grands principes et options adoptés par quelques expériences de développement qui ont réussi à atteindre leurs objectifs et à accéder à un niveau de développement élevé. Notre analyse porte sur trois expériences de développement connues pour leurs performances :la Malaisie, la Corée du Sud et la Chine. Le modèle de développement adopté par la Corée du Sud repose sur cinq options fondamentales.1) L’orientation de l’économie vers l’exportation et le recul de la politique de substitution aux importations.2)
L’appui sur des conglomérats industriels géants dans les domaines de l’électronique, de l’automobile, de la chimie et des finances(les chaebols), tels que Samsung, LG, Hyundai. 3) La priorité absolue accordée à la formation et au développement humain. 4).L’innovation technologique avec une priorité accordée aux technologies avancées. 5)La liberté d’initiative et une réglementation assouplie.
Le modèle appliqué par la Malaisie s’appuie,depuis les années 1970, sur la nouvelle politique économique (la NEP). Il a connu plusieurs mutations depuis sa conception. Après l’objectif initial visant la réduction de la pauvreté et l’exportation des matières premières, la NEP est devenue un modèle de référence privilégiant une économie attractive et une croissance basée sur les exportations, notamment de produits à haute valeur ajoutée, et axée sur l’industrie, l’innovation technologique et l’ouverture aux IDE, en modernisant les infrastructures (routes, ports, aéroports).
La Malaisie a connu une transition réussie.Elle est devenue un exemple à suivre dans le choix des options stratégiques de développement. En Chine, le modèle de croissance classique, qui avait pour but de favoriser la promotion des exportations de biens à faible valeur ajoutée et de répondre à la demande extérieure, a connu ses limites. Actuellement, le modèle retenu repose sur la transition technologique pour dominer les marchés internationaux de la haute technologie, le renforcement de l’attractivité par la création de zones économiques spéciales, la consolidation de sa puissance manufacturière, l’augmentation des exportations de produits à haute valeur ajoutée et l’exportation de son savoir-faire. C’est ainsi que le poids de la Chine dans l’économie mondiale a connu une évolution remarquable. Il est passé de 5 % à 17 % du PIB mondial au cours des 20 dernières années.
Cependant, il est important de souligner que ces exemples ne doivent pas être considérés comme des modèles de référence indiscutables. Ils offrent aux économies en développement des enseignements précieux les aidant à élaborer leur propre modèle qui tient compte des spécificités de chaque nation, de la nature de ses institutions, ainsi que de ses capacités, de ses objectifs et de ses traditions.
Dans le domaine de l’économie du développement, il n’existe pas de modèle universellement valable.Des modèles économiques ont réussi dans des pays et échoué dans d’autres, entraînant une aggravation de la situation et accentuant les déséquilibres. C’est l’exemple des échecs enregistrés dans les pays de l’Amérique latine. C’est le cas également du modèle fondé sur le libéralisme économique qui a réussi dans certains pays de l’ex-Europe de l’Est et qui a échoué dans d’autres régions. Il est donc difficile de déterminer un modèle de développement économique valable pour toutes les économies, sans tenir compte de leurs spécificités.
La synthèse de toutes ces expériences nous fournit une série de principes fondamentaux qui ont contribué de manière significative à la réussite des stratégies de développement, tout en tenant compte des spécificités de chaque pays.La combinaison d’une série de réformes et de mesures concernant la gouvernance, les institutions, l’économie et le social constitue la condition préalable à toute stratégie de développement et de croissance.
En deuxième étape, la mise en place de l’ensemble des facteurs qui déterminent la réussite de toute stratégie, notamment : la mobilisation autour d’objectifs spécifiques, l’instauration d’une réglementation et d’une fiscalité simplifiées, la promotion et les facilités consenties au secteur privé,la nécessité d’une complémentarité entre secteur public et secteur privé, l’orientation de l’économie vers les exportations, la stimulation de l’innovation et les progrès techniques et technologiques.
Ces mesures ne peuvent être concrétisées que grâce à la formation du capital humain, à l’amélioration de la conduite des projets, à la mise en place d’une gestion axée sur les résultats et non sur les montants de fonds consommés,au renforcement de la productivité et de la compétitivité au sein des entreprises, et à une évaluation permanente accompagnée de mesures correctives.
En outre, dans beaucoup de pays, la nécessité d’une politique de lutte contre la corruption s’impose pour compléter l’ensemble des mesures visant la réussite de toute stratégie de développement et de croissance économique.
Selon la Banque mondiale, la réussite des stratégies économiques des pays d’Asie résulte des investissements et des efforts consacrés au développement du capital humain grâce à la formation. En outre, l’OCDE a mené une étude sur l’ensemble de ses pays membres pour tenter d’identifier les facteurs qui ont favorisé ou freiné l’évolution de la croissance. L’étude indique que la qualité de la formation et l’introduction des TIC ont fortement contribué à l’évolution de la croissance.
En Algérie, les priorités retenues dans le projet de loi de finances 2027 confirment que la stratégie de développement du pays s’appuie sur des conditions assurant une amélioration continue de la croissance économique et des capacités productives, tout en préservant l’équilibre social.
Nous rappelons succinctement les mesures principales figurant dans l’avant-projet de loi de finances.
- l’accélération de la diversification de l’économie et le soutien à l’investissement productif et structurant, en privilégiant les opérations à fort impact sur le développement économique et social.
- l’amélioration de l’aménagement du territoire national,et le renforcement des infrastructures.
- la poursuite des programmes publics dans les secteurs prioritaires, notamment, l’éducation, la santé, l’habitat et les infrastructures.
- la préservation du pouvoir d’achat, le renforcement de la cohésion sociale et la création d’emplois.
- la réduction des coûts logistiques,
- l’adoption de mesures pour améliorer le climat des affaires,la souplesse de la réglementation, de la fiscalité et le soutien au secteur privé.
- la modernisation du secteur public.
En conclusion, nous estimons que l’économie algérienne possède les capacités et les atouts nécessaires pour réaliser un taux de croissance supérieur à celui enregistré durant la période 2025-2026, qui est d’ailleurs assez intéressant.
La volonté politique actuelle, la stratégie retenue et les moyens réunis constituent des conditions favorables qui peuvent donner un nouvel essor à l’économie algérienne et renforcer la croissance. Les conclusions retenues du FMI et de la Banque mondiale confirment la pertinence de cette démarche et la bonne évolution de l’économie algérienne.
Cependant, il aurait été souhaitable de voir dans le programme de développement prévu pour l’exercice 2027 l’intégration de trois conditions reconnues pour leurs effets particulièrement positifs sur la concrétisation efficiente et efficace des objectifs.
Il s’agit de l’amélioration de la conduite des projets, l’accroissement de la productivité du travail et l’optimisation des performances des entreprises. Ces mesures sont considérées comme des conditions fondamentales dans toute stratégie de développement.
Ce sont des facteurs clés de succès (FCS) qui déterminent une réalisation certaine des objectifs stratégiques, en particulier la réalisation des projets aux moindres coûts, dans les délais et conformément aux normes de qualité, le maintien de la dynamique de croissance et le renforcement de la compétitivité des produits. La rentabilité des fonds investis n’en sera que plus appréciable. Ces mesures reposent essentiellement sur la mise en place d’un système de formation et de management performant et l’instauration d’une gestion du secteur public axée sur les résultats.
*Economiste