L’otage d’un temps perdu

Par El yazid Dib•3 min de lecture
Brifa
L’otage d’un temps perdu
Résumé IA

Un vieil homme hante les ruelles d'antan, prisonnier d'une nostalgie qui rejette le monde moderne, ses tacos, son raï, son tramway et ses nouvelles mœurs.

Il ne vit plus que par les souvenirs : l'humour de Le Luron, les voix d'Aznavour ou d'Oum Keltoum, les exploits de Pelé et Makhloufi, la chaleur d'une poignée de main franche.

Il fuit les cafés sans serveurs ni porcelaine, refuse Facebook, et défie le temps qui passe, convaincu qu'une vie consumée ne doit pas convoiter celle des autres.

L

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Le Quotidien d'Oran

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Malgré les plis du temps et la charge des ans, il ne cesse de sillonner les artères de la ville, préférant ses anciens quartiers, les ruelles débaptisées, là où sa fougue juvénile n’est qu’un clair souvenir enseveli dans la poussière d’un siècle désolé. Un souvenir salutaire qui maintient sa vie désœuvrée et avec, toutes ses vieilles et fanées joies. Il ne rit plus de l’instant ni de son morose humour mais s’éclate à une blague de Thierry Le Luron ou une bouffonnerie de Bourvil ou de Fernandel. 

Rien n’arrive à lui plaire, car tout lui est imparfait, des nouveaux voisins à leur manière de régenter leurs ordures ménagères au tohu-bohu de leurs rejetons. De ces jeunes qui garnissent, oisifs, les carrefours au vacarme des motos supersoniques. L’évolution des mœurs, la cadence vertigineuse des jours, le tacos, le raï, le tramway, la promotion immobilière, les pantacourts, le sachet noir sont sa pire condamnation. Ce sont ces perversions, pense-t-il, qui font vivre son malheur et accroissent, chez lui, l’absence d’un quelconque sourire. C’est le temps qui rit de nous.

Pourtant, il se dit ouvert d’esprit mais n’a pas de compte ouvert sur Facebook. La chaleur humaine, conçoit-il, est dans une poignée de main, franche et directe, pas dans l’abréviation d’un message pour un bonjour impersonnel et usagé.

Son discours est un album ridé de photos sonores. Il le regarde comme un roman désuet en compulsant au moindre rappel de souvenance, ses pages jaunies et ses clichés fripés. Il n’y a plus de mélodie dans sa tête, seul le soupir et les relents de regret d’une époque lui tiennent de romance. Son genre s’incarne dans la poésie d’Aznavour, de Cheikh Ghafour, d’El Anka ou d’Oum Keltoum. 

Il encense d’éloges l’ère où le mannequin à la jupe plissée et coiffé d’un chignon bas, n’était pas une bombonne noircie et bâchée, où le charme s’exerçait à l’œil nu, au grand jour et sans nulle hypocrisie. Comme ses icônes ne s’illustrent pas dans les pieds d’Ait Nouri ou de Belaili mais au sein des prouesses des Pelé, Makhloufi ou de Lalmas. 

Pris en otage entre les terribles serres du souvenir, le bonhomme, encore alerte et agile, est toujours tiré à quatre épingles, toujours sur son cinq. Il ne fréquente pas les cafés, tant qu’il n’y a ni serveur, ni garçon de salle, plus de tasses et sous-tasses, plus de comptoirs, que des machines à bras, des gobelets et du plastique. 

Enfin, je l’ai vu défier la marche des horloges voulant arrêter leur tic-tac. Quand l’on a consommé son temps, faut pas convoiter celui des autres et rester dans ses souvenirs, devait-il se dire.

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