Sahara occidental : pourquoi le Polisario a-t-il dénoncé la partialité de De Mistura ?

Le Front Polisario dénonce la partialité de l'envoyé de l'ONU Staffan de Mistura, qui préconise de placer l'autonomie marocaine au centre des futures négociations sur le Sahara occidental.
Dans une intervention devant le Conseil de sécurité, De Mistura demande de lever les « ambiguïtés » de la résolution 2797, estimant que l'autonomie doit devenir la base des discussions à venir.
Le Polisario y voit un alignement sur la position de Rabat, qui risquerait de reléguer au second plan le principe de l'autodétermination du peuple sahraoui.
Le mouvement a rappelé ses exigences de neutralité, menacé de reconsidérer sa coopération avec l'envoyé, et attend avec inquiétude la réunion du Conseil de sécurité du 31 octobre.
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TSA Algérie
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La dénonciation de la partialité de Staffan de Mistura par le Front Polisario s’explique par le décalage entre son mandat de médiation et l’orientation volontariste qu’il entend désormais donner aux négociations.
Dans son intervention du 8 octobre 2026, l’envoyé personnel du Secrétaire général pour le Sahara occidental a demandé au Conseil de sécurité de lever les « ambiguïtés » de la résolution 2797.
Sahara occidental : De Mistura veut faire un cadeau au Maroc
Selon lui, ces ambiguïtés, nécessaires à la reprise du processus politique, ne favorisent plus sa progression. Il préconise désormais de placer clairement l’autonomie au centre des prochaines négociations.
Il l’affirme explicitement : « Nous sommes donc face à une impasse. Je considère que son dépassement exige de clarifier les ambiguïtés de la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Cela signifie que l’autonomie devrait constituer la base des prochaines discussions, quels que soient les résultats de ces négociations. »
C’est précisément ce changement d’orientation qui suscite les inquiétudes algériennes et sahraouies.
En vérité, De Mistura cherche à faire verrouiller par le Conseil de sécurité un processus politique centré sur l’autonomie, au risque de reléguer au second plan la question pourtant centrale de l’autodétermination.
Une telle orientation constituerait un cadeau politique inestimable au Maroc, en consacrant sa proposition comme cadre privilégié du règlement.
Elle risquerait aussi d’affaiblir la portée du droit international et de prolonger le déni de justice dont souffre le peuple sahraoui sous occupation.
En effet, en privilégiant l’autonomie comme seule base des discussions, De Mistura rapproche le processus politique de la position marocaine. Le Polisario redoute ainsi qu’une option de règlement devienne un cadre imposé d’avance, au détriment du libre choix du peuple sahraoui.
À cette orientation s’ajoute un autre élément de crispation. Staffan De Mistura désigne explicitement le Front Polisario parmi les trois facteurs expliquant l’impasse des négociations.
Il lui reproche « le refus du Front Polisario d’examiner sérieusement les détails de l’autonomie en tant que solution possible, conformément aux orientations énoncées dans la résolution 2797 du Conseil de sécurité ».
Cette formulation place le mouvement sahraoui en position d’accusé et lui attribue une part de responsabilité dans le blocage.
Elle renforce le sentiment, au sein du Polisario, que l’envoyé personnel du SG de l’ONU ne se contente plus de faciliter le dialogue, mais cherche à orienter les négociations vers une solution privilégiée par Rabat.
Les griefs du Polisario
Le grief du Polisario repose sur trois éléments.
Premièrement, Staffan de Mistura ne se limite plus à faciliter le dialogue entre les parties.
Il affirme que « l’autonomie véritable est l’option qui mérite le plus notre attention » et recommande d’en faire le cadre des négociations futures.
Aux yeux du Polisario, cette prise de position traduit un alignement sur Rabat, incompatible avec l’impartialité attendue d’un médiateur des Nations unies.
Deuxièmement, le différend porte sur l’interprétation de la résolution 2797. Son paragraphe 3 associe le projet marocain d’autonomie comme base des discussions à la recherche d’une solution politique permettant l’autodétermination du peuple sahraoui.
Le Polisario craint que la priorité accordée à l’autonomie ne vide progressivement l’autodétermination de sa portée. Il redoute que le Conseil de sécurité réduise ainsi l’éventail des solutions envisageables avant même que les parties soient parvenues à un accord.
Troisièmement, le calendrier renforce les tensions. À l’approche de l’échéance du 31 octobre, De Mistura demande au Conseil de sécurité de clarifier les ambiguïtés de la résolution précédente.
Le Polisario y voit le risque d’une modification des paramètres politiques du règlement au profit de la position marocaine.
Le 12 octobre, il a rappelé les exigences de neutralité, d’impartialité et d’indépendance auxquelles doit se conformer l’envoyé personnel. Il a également menacé de reconsidérer sa coopération avec lui.
Le fond du désaccord est donc éminemment politique. Le Polisario accuse De Mistura de compromettre sa neutralité en privilégiant une option défendue par le Maroc, alors que l’autodétermination doit rester le principe directeur du règlement de ce conflit.
La réunion du Conseil de sécurité du 31 octobre s’annonce dès lors déterminante.
La question est de savoir si la prochaine résolution accordera à l’autonomie une place prépondérante au détriment du principe cardinal de l’autodétermination, au risque d’exacerber la défiance du Polisario et de conduire les négociations dans une impasse dont elles pourraient ne jamais se relever.
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