600 milliards envolés et 10 ans de prison requis : l’ex-ministre Berraki se défend devant le juge

Le procès de l'ex-ministre des Ressources en eau Arezki Berraki et de deux anciens directeurs de l'ANBT s'est ouvert le 20 octobre pour le barrage de Medjez B'gar, dont le coût a bondi de 776 millions à 600 milliards de centimes via trois avenants.
Le parquet a requis dix ans de prison ferme contre Berraki pour trafic d'influence, abus de fonction, dilapidation et octroi d'avantages injustifiés, l'entrepreneur étant poursuivi pour blanchiment et incitation à la corruption.
Berraki nie toute responsabilité en invoquant son incarcération depuis juin 2021, soit huit mois avant le premier avenant, affirmant n'avoir découvert ces documents qu'en fin 2024 lors de son audition.
Les deux ex-patrons de l'ANBT se renvoient mutuellement les signatures, chacun prétendant être absent ou détenu au moment des validations et s'abritant derrière l'interdiction légale de revenir sur des prix déjà visés.
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Un projet facturé 776 millions de dinars au départ, une ardoise finale avoisinant les 600 milliards de centimes pour le Trésor public. Le dossier du barrage de Medjez B’gar, dans la commune d’Aïn Makhlouf (wilaya de Guelma), est revenu devant la deuxième section du pôle pénal économique et financier mardi dernier le 20 octobre. Face à la magistrate, l’ancien ministre des Ressources en eau Arezki Berraki, qui a écopé d’un réquisitoire de 10 ans de prison ferme, et deux ex-patrons de l’Agence nationale des barrages et des transferts ont tous rejeté les accusations, chacun renvoyant la faute sur une autre période, une autre signature, un autre bureau.
Trois avenants ont fait exploser la facture du barrage de Medjez B’gar
L’ouvrage, destiné à l’irrigation agricole, devait simplement être conforté. Au fil du chantier, son objet a glissé vers un rehaussement de la digue, opération bien plus lourde. Pour financer ce virage, trois avenants ont été conclus entre août 2020 et décembre 2023. Leur montant cumulé dépasse de cinq fois la valeur du marché initial.
L’instruction retient plusieurs manquements au principe d’égalité de traitement entre soumissionnaires et à la transparence des procédures. S’y ajoutent des retards d’exécution. Les prévenus répondent de trafic d’influence, d’abus de fonction, de dilapidation de deniers publics et d’octroi d’avantages injustifiés, infractions visées par la loi relative à la prévention et à la lutte contre la corruption.
L’entrepreneur bénéficiaire, désigné par les initiales « R.H. », est quant à lui poursuivi pour incitation d’agents publics à user de leur influence, participation à la dilapidation et blanchiment d’argent. Ce dossier avait déjà été renvoyé par le tribunal de Sidi M’hamed au 20 octobre, la défense ayant réclamé un délai supplémentaire.
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Berraki invoque sa détention pour écarter sa responsabilité
Selon le média Echourouk, l’ancien ministre a ouvert sa défense par une interrogation adressée au tribunal. « Comment pourrais-je être responsable de l’attribution du marché et du visa des avenants alors que j’étais dans un établissement pénitentiaire ? », a-t-il lancé. Il a rappelé avoir dirigé l’ANBT de juin 2015 à fin décembre 2019, avant d’entrer au gouvernement en janvier 2020.
Selon lui, l’étude du projet avait été lancée en mars 2015, sous la direction de son prédécesseur, et confiée au bureau français ISL. L’appel d’offres a ensuite désigné l’entreprise « Arezazki ETPH », moins-disante avec une offre conforme à l’estimation des experts. Un dossier qui rappelle les méthodes de détournement des marchés publics sous l’ère de l’ancien système, largement documentées par la justice.
Berraki affirme n’avoir découvert l’existence des avenants qu’en fin d’année 2024, lors de son audition par la police judiciaire. Incarcéré depuis juin 2021, il situe le premier avenant huit mois après son départ de l’agence. Tout en se disant étranger à ces actes, l’ingénieur de formation a défendu le principe : après trois décennies passées à l’ANBT, il assure qu’aucun chantier de barrage n’échappe aux avenants, les études hydrauliques n’étant jamais exactes à cent pour cent.
Les ex-directeurs de l’ANBT se renvoient les signatures
Entré à l’agence en 1991, « M. Messaoud » en a pris la tête fin juin 2020. Selon toujours Echourouk, Il explique avoir hérité du premier avenant déjà visé par la commission sectorielle des marchés et validé par le contrôleur financier. Son paraphe, apposé le 16 août 2020, portait sur un montant proche de 130 milliards de centimes.
Interrogée sur le fractionnement en trois actes, la défense invoque l’absence de couverture financière suffisante alors que les quantités supplémentaires liées au rehaussement apparaissaient dès le départ. Le prévenu a reconnu avoir signé les deux avenants suivants, tout en se retranchant derrière l’article 196 du code des marchés publics, qui lui interdisait selon lui de revenir sur des prix déjà visés. Ce type de défense procédurale revient régulièrement, comme dans l’affaire des canalisations d’eau de Béchar jugée au même pôle pénal.
Son prédécesseur à la direction générale, « Chérif O. », a tenu un discours voisin. En poste de janvier à juin 2020, il jure n’avoir paraphé aucun des trois documents : absent pour l’omra au moment du premier, détenu lors des deux suivants. Il assure également n’avoir rédigé aucune partie du cahier des charges, s’appuyant sur les conclusions de l’expertise judiciaire. Le dossier du premier avenant serait arrivé sur son bureau sans qu’il tranche, faute de visibilité, avant qu’il ne soit écarté du poste.
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