Souhaiter Joyeux Noël : analyse juridique et éthique à l’aune des « maqâsid al-scharîʿa »

Il est permis, selon de nombreux savants, de souhaiter « Joyeux Noël » ou « Bonne Année » à des non-musulmans dans des sociétés pluralistes.
Le texte distingue fiqh (droit) et akhlāq (éthique), et s’appuie sur la bienveillance, les relations et la justice qu’il faut hiérarchiser selon les situations.
L’intention (niyya) compte: des vœux sans visée religieuse, par courtoisie et harmonie sociale, relèvent des Maqāṣid al-scharīʿa. Article par Azzédine Gaci, recteur de Villeurbanne.
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Contribution. Est-il permis, pour un musulman, de souhaiter « Joyeux Noël » ou « Bonne Année » à des amis, des voisins, des collègues ou des proches non-musulmans ? Selon l’avis d’un grand nombre de savants et de juristes contemporains – en particulier dans les contextes de sociétés pluralistes – il est permis d’adresser de tels vœux.
Cette décision met en lumière la distinction méthodologique entre le droit musulman (fiqh), qui traite des règles normatives, et l’éthique islamique (akhlâq) et s’appuie sur une lecture des principes islamiques qui valorise les relations sociales, le vivre-ensemble et la bienveillance dans un contexte de coexistence.
Une approche basée sur plusieurs fondements
Cette approche s’appuie sur plusieurs fondements reconnus : la bienveillance (i__ḥ__ssân) envers l’ensemble de la création, l’obligation d’entretenir des relations respectueuses avec son entourage (ṣilat al-ra__ḥ__im), ainsi que les principes de justice et de réciprocité (ʿ__adl).
Ces principes, selon les juristes contemporains, doivent être hiérarchisés et contextualisés en fonction des situations concrètes, conformément à une méthodologie juridique établie.
Ces principes, selon les juristes contemporains, doivent être hiérarchisés et contextualisés en fonction des situations concrètes, conformément à une méthodologie juridique établie.
Il convient de rappeler que l’interdiction formulée par certains avis classiques concerne principalement la participation religieuse ou la validation explicite de croyances contraires à l’Islam.
Or, adresser des vœux à un parent, un ami ou un voisin non musulman dans le but sincère de préserver un lien social ou familial ne relève pas de cette catégorie. Dans ce cadre précis, les principes de bienveillance et de maintien des relations peuvent prévaloir, sans que cela n’implique une reconnaissance religieuse ou doctrinale.
L’élément déterminant demeure l’intention (niyya). Lorsque les vœux sont exprimés sans visée cultuelle, mais dans un esprit de courtoisie, de respect mutuel et d’harmonie sociale, ils relèvent de l’éthique islamique (akhlāq).
À ce titre, ils s’inscrivent dans les objectifs supérieurs de la législation islamique (Maqâsid al-scharîʿa), lesquels visent la préservation des relations humaines, la paix sociale et le bien commun.
Conclusion
Du point de vue de l’éthique islamique (akhlâq), souhaiter « Joyeux Noël » ou adresser des vœux de fin d’année peut ainsi être compris comme une mise en œuvre élevée des valeurs de bonté, de sagesse et d’harmonie sociale.
Cette approche ne constitue pas un abandon des règles, mais une application fidèle de leur esprit et de leurs finalités (Maqâsid al-scharî__ʿ__a), conformément à une méthodologie juridique reconnue et assumée par de nombreux savants contemporains.
* Azzédine Gaci est recteur de la mosquée de Villeurbanne (Rhône)