Loi algérienne criminalisant le colonialisme français : la réaction de Benjamin Stora

La loi algérienne criminalisant le colonialisme français a été adoptée à l’unanimité par l’APN le 24 décembre, cinq jours après sa présentation.
Paris a dénoncé l’initiative comme hostile au dialogue franco-algérien et au travail mémoriel.
Benjamin Stora, contacté par TSA, réitère son opposition à la judiciarisation mais juge légitimes les appels à une reconnaissance mémorielle; il rappelle son rapport de 2021 sur la réconciliation des mémoires, et note que la commission mixte d’historiens ne s’est pas réunie depuis juillet 2024.
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TSA Algérie
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La loi criminalisant le colonialisme français en Algérie a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée populaire nationale (APN) ce mercredi 24 décembre, cinq jours après sa présentation.
Dans un contexte de crise avec Alger, Paris n’a pas tardé à réagir. Par la voix du porte-parole du Quai d’Orsay, elle a déploré une « initiative manifestement hostile, à la fois à la volonté de reprise du dialogue franco-algérien, et à un travail serein sur les enjeux mémoriels ».
Contacté par TSA, l’historien spécialiste de la colonisation Benjamin Stora, a réagi lui aussi en rappelant son opposition à la judiciarisation de l’Histoire, tout en jugeant « légitimes » les revendications algériennes de « reconnaissance mémorielle »
« Difficile pour l’instant de me prononcer (même si j’ai toujours été réservé sur la judiciarisation de l’Histoire, y compris contre les lois mémorielles françaises comme la loi Gayssot). Mais les revendications de reconnaissance mémorielle sont légitimes comme je l’ai écrit dans mon rapport il y a cinq ans », a réagi Benjamin Stora, historien spécialiste de la colonisation française de l’Algérie.
Quel avenir pour le travail mémoriel algéro-français ?
En 2021, à la demande du président français Emmanuel Macron, l’historien natif de Constantine dans l’est algérien a remis un rapport sur la réconciliation des mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie dans lequel il a proposé une trentaine de préconisations pour régler ce litige.
Sur l’impact de l’adoption de cette loi sur le travail de membre entre les deux pays, Benjamin Stora reste prudent.
« Très franchement je ne sais pas ce qui va se passer désormais. Nous sommes passés du travail mémoriel à l’application de travaux législatifs, ce qui n’est pas de ma compétence », a dit le chef de file du côté français de la commission mixte d’historiens chargé du travail mémoriel qui ne s’est pas réunie depuis l’éclatement de la crise entre les deux pays en juillet 2024.