Économie

Profitant de prix bas, l’Algérie importe 600.000 tonnes de blé

Par Djamel Belaid8 min de lecture
Profitant de prix bas, l’Algérie importe 600.000 tonnes de blé
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L’Algérie a importé via l’OAIC 600 000 tonnes de blé meunier, principalement d’Argentine, à environ 254 $/t (prix le plus bas 253 $), avec expéditions prévues 1‑15 et 16‑31 mars.

L’achat profite de la baisse des prix liée à d’abondantes récoltes en Argentine et Australie et sert à remplir des silos dont la capacité a été portée à 9 millions de tonnes.

Le président Abdelmadjid Tebboune, le 19 janvier 2026, a décidé de créer des coopératives de location de matériel et un Conseil national de mécanisation pour viser 3 millions d’hectares emblavés.

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L’Algérie a importé, via l’OAIC, 600.000 tonnes de blé meunier. L’Argentine serait le principal fournisseur selon des informations recueillies auprès de négociants par l’agence Reuters. Cet achat intervient alors qu’est mise en œuvre une nouvelle feuille de route pour le développement du secteur agricole.

L’Algérie profite d’une baisse des prix du blé

L’appel d’offres de l’OAIC aurait été conclu à environ « 254 $ le coût de la tonne métrique et ⁠le fret inclus » avec des lots dont « le prix le plus bas était de 253 $ la tonne ».

Selon la même source les estimations initiales du volume d’achat sont principalement d’environ 600.000 tonnes, bien que « certaines estimations soient allées jusqu’à 720.000 tonnes ».

Les éléments indiquant une provenance argentine sont liés au fait que ce pays « propose actuellement des prix très bas de sa nouvelle récolte qui est importante ».

En effet, dans l’hémisphère sud en Argentine et Australie la récolte de blé se termine. Elle est particulièrement abondante ce qui fait dire à des opérateurs rencontrés par Reuters que « les prix sont si bas que même le blé de la mer Noire était hors course ».

Les cargaisons de blé devraient être expédiées selon deux périodes : 1er-15 mars et 16-31 mars. Les expéditions provenant d’⁠Amérique du Sud ou d’Australie bénéficient de délais supplémentaires du fait des distances.

Reuters fait remarquer que selon les évaluations des opérateurs « d’autres estimations de prix et de volumes sont toujours ⁠possibles ».

L’OAIC aurait donc profité d’une baisse des prix sur le marché international pour remplir ses silos de blé.

Dès fin novembre 2025, l’hebdomadaire France Agricole titrait : « Les bonnes récoltes de l’hémisphère Sud pèsent sur les prix des céréales » et soulignait que « la tenue de négociations sur le conflit russo-ukrainien et, surtout, les belles moissons de blé attendues en Australie et en Argentine pèsent sur les prix mondiaux des céréales ».

Pour sa part l’analyste Arthur Portier chez Argus Media France reconnaissait que « le blé argentin va entrer en compétition avec le grain français, notamment auprès d’acheteurs comme le Maroc ».

Production locale de matériel agricole

Cet achat intervient donc dans un contexte particulier. Durant l’année écoulée l’OAIC a bénéficié d’un programme pour le renforcement de ses capacités de stockage allant jusqu’à 9 millions de tonnes. Par ailleurs, lors du Conseil des ministres, tenu le 11 janvier 2026, le président Abdelmadjid Tebboune a rappelé la nécessité d’emblaver jusqu’à 3 millions d’hectares de céréales.

C’est dans ce cadre que le chef de l’État a présidé une réunion de travail lundi 19 janvier au cours de laquelle il a été décidé de créer des coopératives spécialisées dans la location de tous types de matériel agricole au profit des agriculteurs.

Cette décision vise notamment à faciliter l’extension des surfaces cultivées. Il a également été décidé la création d’un Conseil national de la mécanisation agricole. Cette structure devrait regrouper les différents représentants d’entreprises et d’institutions algériennes concernées par la fabrication et la production de matériel agricole.

Sans présager de l’action que prendra cette nouvelle organisation professionnelle, la création d’un cluster machinisme agricole à l’image du Cluster algérien industriel électrique d’Algérie (CIEL) pourrait permettre de relever les défis qui se posent à ce secteur.

Selon Younes Bahri, spécialiste en management des organisations et en gestion opérationnelle des entreprises qui s’exprimait en février 2025 au niveau du média en ligne AlgériaInvest, les clusters sont la solution à « une dépendance excessive aux investissements publics, une faible intégration des PME dans les chaînes de valeur mondiales, des zones industrielles fragmentées et un investissement limité dans la recherche et le développement ».

Progression de la mécanisation agricole

Malgré tout, la mécanisation agricole progresse en Algérie. En 2015, l’ONUDI (programme des nations unies pour le développement industriel) faisait état de la disponibilité d’un tracteur pour 75 hectares (ha) contre un tracteur en Algérie pour 145 ha en Tunisie et seulement un tracteur pour 2 020 ha au Maroc. Concernant les moissonneuses-batteuses l’Algérie en comptait une pour 494 ha contre une pour 1 185 ha au Maroc.

En 2015, l’Algérie comptait 8 500 moissonneurs-batteuses et plus de 18 000 engins aratoires d’où un taux de mécanisation estimé à 67% des besoins des exploitations agricoles.

En 2021, la production de matériel agricole a augmenté avec une fabrication annuelle moyenne 5 000 tracteurs et 1 000 moissonneuses selon Attouchi Salah, le directeur général de l’Entreprise nationale de production de matériels agricoles trading (PMAT) qui s’exprimait en décembre de cette même année sur les ondes de la Radio algérienne.

Le secteur privé participe activement à la production de tracteurs à travers des opérations de montage et de taux d’intégration qui progressent. C’est le cas de Sonalika-Famag une entreprise algéro-indienne de Sidi Bel Abbés ou de Tirsam qui assure le montage d’engins sous licence à Batna.

En 2024, son gérant, Samir Maala annonçait une production de « 3 000 tracteurs agricoles d’une puissance variant entre 26 et 36 chevaux » et misait également sur les tracteurs de forte puissance.

Divergences sur le type d’outils aratoires

Comment dans ces conditions expliquer que l’objectif annuel d’emblavement de 3 millions d’hectares ne soit pas atteint ?

Selon le professeur Michel Sebillotte, le problème réside dans le type d’outils aratoires. En 1977, suite deux années d’analyses des pratiques dans le Sersou (Tiaret), ce spécialiste notait dans un rapport de mission à propos de la nature des outils et de la force de traction : « Les outils aratoires nécessités par la jachère ne conviennent pas toujours aux travaux qu’impliquent son abandon. »

Il précisait en particulier : « Ainsi, les outils à disques, traditionnels en Algérie, ne conviennent plus. Pour exécuter en temps utile les travaux nécessités par ces nouveaux systèmes de culture, il faut presque multiplier par deux la force de traction. » En effet, pour labourer 2 hectares, 8 heures de temps sont nécessaires.

En mai 2010, à l’occasion de Rencontres Méditerranéennes sur le semis direct, les participants ont recommandé l’abandon progressif du labour pour son remplacement progressif par « le travail minimum du sol ».

Il semble que le débat concernant différentes stratégies pour l’implantation des céréales soit toujours en cours en Algérie. L’importation de matériel moderne de semis pourrait contribuer à ce débat. Un ingénieur syrien ayant bénéficié de l’expérience d’experts australiens faisait remarquer sur les réseaux sociaux, qu’un bon semoir améliore de 30% le taux de semences germées.

Au-delà des capacités et types de matériel à utiliser, il reste à trouver la meilleure adéquation entre élevage ovin et céréaliculture. Le premier ne devant pas se faire au détriment du second.

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