Espagne : mégaprocès pour corruption en lien avec l’Algérie sous Bouteflika

Un procureur espagnol a requis de lourdes peines dans un procès impliquant de nombreux responsables soupçonnés d’avoir versé des pots-de-vin pour obtenir des marchés en Algérie sous le régime d’Abdelaziz Bouteflika; deux anciens députés du Parti populaire espagnol, dont l’un a exercé les fonctions d’ambassadeur, figurent parmi les prévenus.
L’enquête, ouverte il y a plus de dix ans, visait des projets espagnols en Algérie tels que le tramway de Ouargla (2014) et une station de dessalement à Tlemcen (2009); le parquet réclame 18 ans de prison pour les deux ex-députés pour corruption et versement de pots-de-vin, ainsi que 720 000 euros d’amendes et 2,64 millions d’euros de confiscation via des sociétés liées.
Au total, 21 autres prévenus — commissions et dirigeants de cinq entreprises, y compris Elecnor et ses partenaires — sont poursuivis pour blanchiment et autres délits, avec cinq sociétés impliquées (Elecnor, Rover Alcisa, Assignia Infraestructuras et AS Auditoría & Consulting Navarra); des pots-de-vin « via des sociétés basées à Dubaï » seraient impliqués, et des commissions rogatoires ont été envoyées vers la Suisse, l’Irlande, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Royaume-Uni, la Belgique, la Chine, Hong Kong, les Émirats arabes unis, le Maroc, l’Algérie et la France.
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De lourdes peines de prison sont requises par un procureur espagnol dans un procès impliquant de nombreux responsables soupçonnés d’avoir payé des pots-de-vin afin d’obtenir des projets pendant le règne du président Abdelaziz Bouteflika en Algérie.
Parmi les accusés figurent deux anciens députés du Parti populaire espagnol, dont un a exercé les fonctions d’ambassadeur.
L’enquête a été ouverte il y a plus de dix ans et concerne l’obtention par des entreprises espagnoles de grands projets en Algérie, dont le tramway de Ouargla en 2014 et une station de dessalement d’eau de mer à Tlemcen en 2009.
Selon des médias espagnols, dont Cadenas Sera et Público, le procureur Santiago Pedraz de l’Audience nationale a décidé d’ouvrir un procès après dix ans d’enquête sur cette affaire qui était sur le point d’être atteinte par la prescription.
Le procès concerne l’ancien député Pedro Gómez de la Serna et l’ancien député et ambassadeur (en Inde) Gustavo de Arístegui ainsi que 21 autres prévenus, parmi lesquels des commissionnaires, des administrateurs de cinq entreprises et des managers suisses et néerlandais accusés de blanchiment d’argent.
Le procureur requiert 18 ans de prison contre les deux anciens députés pour versement de pots-de-vin en Algérie. Le cabinet d’avocats Voltar Lassen, qu’ils ont fondé, a obtenu des contrats publics pour le groupe basque Elecnor à travers la corruption de fonctionnaires algériens. L’affaire a éclaté en 2015.
Espagne : des sociétés et d’anciens responsables poursuivis pour corruption en Algérie
Outre la peine de 18 ans de prison, le parquet a aussi requis contre De la Serna et De Arístegui des amendes totalisant 720.000 euros et la confiscation de 2,64 millions d’euros de deux sociétés créées par les deux hommes et par l’intermédiaire desquelles ils auraient perçu des commissions auprès des entreprises clientes du cabinet.
Les deux accusés sont poursuivis pour corruption d’entreprise, corruption passive, falsification de documents, organisation criminelle et association illicite. Une peine plus lourde, 21 ans de prison, est requise contre deux dirigeants d’Elecnor et plusieurs autres accusés.
Cinq entreprises sont, en outre, poursuivies dans cette affaire pénale. Elecnor et sa filiale Internacional de Desarrollo Energético SA, Rover Alcisa, Assignia Infraestructuras et AS Auditoría & Consulting Navarra SL. De fortes amendes sont requises, dont 36,7 millions d’euros contre le groupe basque Elecnor.
Celui-ci avait été créé, avec deux des entreprises poursuivies, une société momentanée dénommée ETM, qui a obtenu en 2013 le marché de réalisation du tramway de Ouargla pour 230 millions d’euros, « après versement de 850.000 euros au maître d’œuvre », précise Público.
Les pots-de-vin, ajoute la même source, auraient été reçus par l’intermédiaire de sociétés basées à Dubaï.
L’autre marché obtenu en Algérie par le même procédé est la construction de l’usine de dessalement de Souk Tleta (Tlemcen). Le marché a été attribué en 2009 pour de 250 millions d’euros, moyennant l’achat de villas à l’étranger pour plusieurs cadres algériens de l’époque.
Dans le cadre de l’enquête, des commissions rogatoires ont été adressées à la Suisse, à l’Irlande, aux Pays-Bas, au Luxembourg, au Royaume-Uni, à la Belgique, à la Chine, à Hong Kong, aux Émirats arabes unis, au Maroc, à l’Algérie et à la France.