« Complément d’enquête » : France 2 cible les élus franco-algériens et fait le jeu du Maroc

France 2, dans Complément d'enquête diffusé jeudi, a ciblé les élus franco‑algériens en laissant planer le soupçon de « double allégeance ».
Le présentateur Tristan Waleckx a cité une note de la DGSE et interrogé la députée Sabrina Sebaihi, qui dit n'avoir « jamais été contactée ».
Ces attaques, dénoncées comme visant à délégitimer la communauté algérienne et à renforcer l'extrême droite, surviennent à deux mois des municipales et évoquent aussi les accusations contre le Maroc (Pegasus, pression sur le Sahara occidental).
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TSA Algérie
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Le nouveau numéro de Complément d’enquête, intitulé « Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie » diffusé jeudi soir sur France 2 était censé parler de la dégradation des relations franco-algériennes.
On s’attendait à des révélations sur cette crise diplomatique inédite entre les deux pays. Finalement, on ne retiendra peut-être qu’une seule chose de l’émission : France 2 s’en est surtout pris aux élus franco-algériens et plus globalement les Algériens de France.
Le cœur de l’émission a été consacré aux binationaux franco-algériens, notamment les élus, en jetant sur eux le soupçon concernant leur allégeance, en les présentant presque comme les éléments d’une cinquième colonne en France.
Les élus franco-algériens montrés du doigt
D’abord, en utilisant une note de la DGSE (contre-espionnage français) sur une élue française d’origine algérienne qui aurait été contactée par un consulat d’Algérie en France pour lui demander de « faire la promotion de l’algérianité ». À deux mois des municipales françaises de mars prochain, le message semble clair.
« Le message est dire aux Français, attention ne votez pas pour les élus franco-algériens, ils sont suspects », regrette une élue française d’origine algérienne.
Adlène Meddi, écrivain et journaliste algérien, a exprimé son malaise après avoir regardé l’émission.
« Le Tristan Waleckx (présentateur de Complément d’enquête, NDR) revenait tout le temps à la charge, face à cette députée dont le tort est d’être d’origine algérienne, pour vérifier si elle n’avait pas une « double allégeance ». Une logique héritée du début du siècle en France contre les Juifs français, quand la propagande criminelle antisémite les questionnait sur leur « double allégeance » et le fait que ces Juifs, parfaitement intégrés dans la République française, ne fassent pas partie d’une « cinquième colonne ». Le logiciel xénophobe tient bon », a-t-il écrit sur Facebook.
« Je n’ai jamais été contactée »
La députée en question est Sabrina Sebaihi. Elle a été interviewée sur ses liens avec l’Algérie et interrogée si elle a été contactée par les services algériens.
« Je n’ai jamais été contactée par un consulat pour me demander d’agir de quelque façon que ce soit (…) On ne m’a jamais sollicitée », a répondu la députée écologiste et vice-présidente du groupe d’amitié France – Algérie à l’Assemblée nationale française.
En plus des élus, ce sont les cadres d’origine algérienne qui travaillent dans l’administration française qui sont pointés du doigt, avec toujours le même raisonnement : partir d’un cas particulier pour jeter le soupçon de la double allégeance sur les autres.
Faire le jeu du Maroc
En visant les binationaux, France 2 fait le jeu de l’extrême-droite et du Maroc dont les médias proches du Palais royal s’en prennent, depuis quelques semaines, méthodiquement aux élus franco-algériens qui ont des positions différentes de celle de Rabat sur le conflit au Sahara occidental, pour les accuser d’être pro-algériens ou à la solde d’Alger.
Des attaques destinées à affaiblir et à délégitimer la communauté algérienne en France. C’est pourtant le Maroc qui a espionné le président français Emmanuel Macron avec le logiciel israélien Pégagus. C’est aussi Rabat qui a corrompu des députés européens et utilise sa diaspora comme moyen de pression et de chantage pour obtenir des concessions sur le dossier du Sahara occidental.