France – Algérie : la mise au point retentissante de Benjamin Stora

Sur France Info, l’historien Benjamin Stora a dénoncé qu’on l’interroge sur l’influenceur Amir DZ alors qu’il était invité pour parler des mémoires de la colonisation (50 ans de travail).
Il s’indigne que 20 minutes aient été accordées à Amir DZ au lieu d’une matinée au musée de l’Homme sur les crânes de résistants algériens décapités.
L’émission Complément d’enquête (France 2) a provoqué la convocation du chargé d’affaires et des critiques de Ségolène Royal et Chems‑Eddine Hafiz.
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TSA Algérie
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Rarement on a assisté à une telle mise au point sur la manière dont certains médias français traitent de l’actualité liée à l’Algérie, particulièrement à la relation franco-algérienne.
Sur le plateau de France Info, l’historien Benjamin Stora a exprimé sa vive colère d’être interrogé sur l’activiste Amir DZ alors qu’il est censé être venu éclairer, par son savoir accumulé en cinquante ans, sur la dimension mémorielle de la relation bilatérale.
“Je me dis qu’est-ce que je fais ici. Je vous le dis franchement, moi je m’en vais.” On ne reconnaît presque pas Benjamin Stora, l’intellectuel d’habitude calme et mesuré, qui répond volontiers à toutes les questions.
Cette fois, sur France Info, il est agacé que l’on accorde plus d’importance à l’influenceur algérien Amir DZ qu’aux “grosses affaires” que sont les centaines de milliers de morts de la colonisation, les essais nucléaires, les disparus de la bataille d’Alger… “Ça, c’est des grosses affaires dont il faudrait parler à la télévision française. Je ne suis pas ici pour parler d’un influenceur”, s’est emporté l’historien.
Stora a reproché à l’animateur, qui tentait vainement de l’interrompre, d’avoir évoqué le sujet alors qu’il n’était pas prévu.
“On ne m’a pas téléphoné pour venir parler de ça ce soir, on m’a téléphoné pour me dire : est-ce que vous voulez venir parler des rapports histoire entre la France et l’Algérie, des traumatismes, des mémoires conflictuelles et la façon de se réconcilier avec ce pays”, a-t-il accusé.
Benjamin Stora : “Je ne suis pas ici pour parler d’un influenceur de Dubaï”
Si le spécialiste de l’histoire de l’Algérie s’est autant emporté, c’est parce que ce n’est pas la première fois qu’il assiste à une telle manipulation. Sur sa lancée, il a révélé qu’il a été interviewé dans la fameuse émission Complément d’enquête de France 2 consacrée à la relation France-Algérie, mais ce qu’il dit sur la mémoire n’a pas été retenu.
“La très grosse affaire, c’est que je suis resté une matinée entière au musée de l’Homme pour qu’on puisse montrer précisément les crânes de résistants algériens qui avaient été décapités. Ça c’est une très très grosse affaire, mais Amir DZ a été plus important que les crânes, Amir DZ a fait 20 minutes par rapport aux crânes”, a-t-il dénoncé.
Cette émission, dont le contenu est très déséquilibré en défaveur de l’Algérie et dans laquelle l’activiste en question a tenu des propos insultants à l’égard des responsables algériens, a provoqué une vive tension entre les deux pays, avec notamment la convocation du chargé d’affaires de l’ambassade de France en Algérie.
Benjamin Stora est la troisième personnalité, après Ségolène Royal et Chems-Eddine Hafiz, le recteur de la Mosquée de Paris, à dénoncer la manipulation autour de cette émission.
“Ça fait 50 ans que je travaille sur cette histoire, donc quand on m’invite, ce n’est pas pour venir parler d’un influenceur de Dubaï, il faut quand même être sérieux”, a insisté Benjamin Stora, estimant qu’ “il y a une forme d’humiliation que d’inviter quelqu’un pour parler d’un influenceur alors qu’il travaille depuis des années sur l’histoire de la colonisation français”.