Déclarations

Interview DZfoot : Rafik Guitane, «Je rêve de jouer la Coupe du Monde !»

Par Ilyes Kaddouri9 min de lecture
Interview DZfoot : Rafik Guitane, «Je rêve de
jouer la Coupe du Monde !»
Résumé IA

Rafik Guitane se dit en pleine forme, enchaîne les titularisations à Estoril et signe la meilleure saison de sa carrière.

Formé numéro 10 mais utilisé ailier droit, il forme un duo efficace avec Yanis Begraoui (17 buts, 2 passes) et rêve de jouer la Coupe du Monde.

Après deux ruptures des ligaments croisés en 2017 et 2018 il a repris confiance, mais une lésion des ischios de 3 cm l'a empêché de débuter avec l'Algérie après sa convocation en mars 2024.

Il a néanmoins pris part à la Coupe Arabe/A' avec Madjid Bougherra et dit qu'aucune offre officielle de l'OM ou du FC Porto n'a été reçue.

D

Publié par

DZfoot

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

DZfoot : Après quelques mois plus difficiles, tu reviens bien en forme. Comment tu te sens actuellement ?

Rafik Guitane : Je me sens très bien ! J’enchaine les matchs en tant que titulaire et en jouant 90 minutes très souvent, ça fait du bien au mental et physiquement ça me permet d’avoir du rythme.

Comment décrirais-tu ton style de jeu à ceux qui te connaissent mal ?

Je suis un joueur qui est constamment à la recherche du 1 contre 1, j’aime dribbler. Mon objectif sur le terrain est de percuter et aider l’équipe en gagnant des mètres. Je suis souvent à l’avant-dernière ou à la dernière passe. Je suis capable d’évoluer en tant qu’ailier droit et également en tant que numéro 10. Au début de ma carrière, mes entraineurs appréciaient ces qualités et me faisaient rentrer en fin de matchs face aux blocs bas pour débloquer la situation. Une chose sur laquelle j’ai beaucoup travaillé, c’est aider l’équipe quand on a le ballon et que c’est à nous de faire le jeu.

En tout cas, sur le plan statistique, cette saison est la meilleure de ta carrière. Qu’est-ce qui a changé ? Un déclic ? 

Très honnêtement, je pense avoir enfin appris à délaisser les gestes inutiles. Il y a quelques saisons, je ne pouvais pas m’empêcher de dribbler, même dans ma propre partie du terrain. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus focalisé sur le collectif et sur le but adverse, je tire beaucoup plus que les saisons passées, je cherche davantage la bonne passe et le bon décalage pour trouver la faille dans la défense adverse. Il y a aussi le travail en dehors du terrain : je travaille davantage sur mon cardio à l’entrainement et le travail en salle pour bien récupérer et me renforcer.

C'est d'autant plus important car tu es passé par des moments très difficiles...

Comme tu le sais, j’ai vécu deux ligaments croisés en moins de 2 ans, en 2017 et 2018. Je savais que pour revenir au top et y réussir, je devais travailler beaucoup plus que les autres et ça commençait par l’hygiène de vie que j’ai pu délaisser en étant jeune. Mentalement aussi, je suis beaucoup plus costaud : lorsque je me blesse et que je sais que je vais rater 2 à 3 semaines, je relativise en me disant que si j’ai été écarté des terrains pendant presque 2 ans, ce ne sont pas 2 semaines d’indisponibilité qui vont m’abattre. Ça m’a forgé, et je suis devenu quelqu’un de positif.

Au moment de vivre ces graves blessures, as-tu pensé à tout arrêter ?

Je n’ai jamais pensé à arrêter parce que je me bats depuis mes 12 ans pour devenir professionnel, pour en arriver jusque-là. Pour autant, c’est clair que sur le coup, cette épreuve m’a abattu, surtout les deuxièmes croisés. Je connaissais déjà le processus de guérison parce que je venais à peine d’en sortir, et je n’avais pas envie d’être opéré à nouveau, de re suivre une nouvelle rééducation. Ça a aussi beaucoup touché les membres de ma famille, qui étaient très tristes pour moi, donc mentalement c’était très dur.

L'entourage joue un rôle clef dans ce genre d'épreuve ?

Je suis bien entouré, j’ai été soutenu par ma famille et mes amis dans cette dure épreuve. Je me souviens également avoir eu Nabil Fekir au téléphone après mes premiers croisés, il avait connu la même blessure que moi 2 ans auparavant donc il m’a envoyé un peu de force et m’a expliqué le processus pour vite retrouver les terrains.

Tout cela t'a permis de revenir en pleine possession de tes moyens ! Aujourd'hui, tu es en pleine bourre avec Estoril notamment parce que ton duo avec Yanis Begraoui, franco-marocain, fonctionne très bien. Tu percutes et il marque ?

Yanis Begraoui et moi on s’entend très bien sur le terrain mais également en dehors. C’est vraiment quelqu’un de bien, donc notre connexion s’est faite facilement. On a tous les deux grandi en France, on est tous les deux Maghrébins, on a les mêmes codes. On s’entraide beaucoup, on communique énormément et c’est l’une de nos forces. Si quelque chose ne va pas dans mon jeu, il n’hésite pas à me le dire sur le terrain et je fais pareil avec lui. C’est notre numéro 9 (NDLR: 17 buts et 2 passes décisives cette saison pour Begraoui) donc je fais tout pour le mettre dans les bonnes conditions, j’ai beaucoup de facilité à le trouver sur le terrain. Je sais qu’il est en pleine bourre donc je le cherche toujours dans la surface pour qu’il termine les actions. On a tous les deux été formés en France, on joue le même football, on peut se trouver les yeux fermés.

Bien que formé en France, tu as fait le choix de porter les couleurs de l'Algérie. Tu as pour la première fois rejoint les Verts en mars 2024. Comment ça s'est passé ?

Tout est allé très vite ! J’avais déclaré dans une interview publique quelques semaines auparavant que j’avais pour objectif de représenter l’Algérie puis la fédération m’a rapidement contacté. C’était vraiment un énorme bonheur et je me suis empressé de répondre positivement. Puis quand le sélectionneur Petkovic m’a sélectionné, j’étais dans un rêve. Mon intégration au groupe s’est très bien déroulée, j’avais la chance de connaitre certains joueurs. J’étais au Havre avec Himad Abdelli, je connaissais Yassine Benzia parce qu'il vient de ma région (il est originaire de Rouen et moi je viens d’Évreux et on connait pas mal de monde en commun).

Pourtant, tu n'as pas pu jouer...

Malheureusement, je n'ai pas joué le premier match face à la Bolivie et puis avant le match face à l’Afrique du Sud, je me suis blessé aux ischios donc je n’étais pas apte. J’ai passé une IRM avant le match et il s’est avéré que j’avais une lésion de 3 centimètres. Ce que je peux dire en tout cas, c'est que j'ai réalisé l’un de mes rêves en prenant part à ce rassemblement et que je continue de travailler en club pour retrouver la sélection.

Rafik Guitane en sélection

Il te faudra finalement patienter jusqu'à la Coupe Arabe et les A', cette fois dirigés par Madjid Bougherra, pour entendre l'hymne national sur le terrain !

C’était une super expérience même si je n’ai pas énormément joué. C’était une compétition avec beaucoup de niveau. On était parti avec l’ambition de la gagner, on voulait se donner les moyens de rendre à nouveau le peuple fier et je pense qu'on avait l’équipe pour la gagner. J’ai joué aux côtés de Brahimi et Slimani, ce sont des joueurs que je regardais étant plus jeune et rien que ça c’est un beau souvenir ! J’ai maintenant fait une bonne partie de ma carrière au Portugal donc je sais ce que Brahimi représente ici. Il est une référence grâce à tout ce qu’il a fait à Porto. J’ai reçu des messages de ma famille qui étaient fière de moi, mes petits cousins me disaient « wow tu joues avec Slimani et Brahimi

Pour les A, ça paraît plutôt bouché à ton poste, toi qui joue ailier droit. 

C’est vrai que Riyad Mahrez a été très bon à la CAN et qu’il y a d’autres profils très talentueux comme Ilan Kebbal ou encore Anis Hadj-Moussa mais la concurrence ne me fait pas peur, je crois en mes capacités. Il faut également savoir qu'à l'origine je suis un numéro 10 de formation, ça ne fait que 3 ans que je joue à droite. C’est pour ça que sur le terrain, je suis souvent amené à décrocher vers l’intérieur, à essayer de combiner dans l’axe. Ma nature fait que je ne suis pas un ailier qui colle la ligne donc j’ai cette polyvalence qui fait que je peux aussi jouer dans le cœur du jeu, ce qui peut me donner une plus grande chance en sélection.

Ça pourrait peut-être passer par un transfert vers un club plus prestigieux ? 

J’ai entendu les rumeurs d’intérêt de l’OM et du FC Porto qui appréciaient mon profil cet hiver mais il n’y a pas eu de propositions concrètes, mon club n’a rien reçu d’officiel. Ça fait toujours plaisir d’être associé à ces grands clubs, c’est que je suis sur le bon chemin et que ma saison est bonne, c’est motivant. Quoiqu’il arrive, je continue de travailler et je ne me soucie pas trop des rumeurs.

Pour terminer, quels sont tes objectifs dans le football ?

L’un de mes plus grands objectifs, c’est de jouer la Coupe du Monde avec mon pays, c’est même un rêve ! J’aimerais également jouer en Espagne un jour, je pense que ma qualité de jeu correspond vraiment à ce championnat et que je peux prendre beaucoup de plaisir là-bas. Il y a beaucoup de joueurs techniques en Espagne donc si je rejoins la Liga, je devrais me montrer beaucoup plus pour me faire remarquer, mais je suis prêt à travailler.

Interview réalisée par Ilyes Kaddouri
DZfoot

Voir sur le site source