Série Fatma : Djaffar Gacem nous replonge dans l’Algérie du XIXe siècle

La série Fatma, de Djaffar Gacem, diffusée sur Samira TV depuis le ramadan 2026, replonge dans la Casbah d'Alger au XIXe siècle et séduit par ses décors, costumes et jeu d'acteurs.
La production compte 23 épisodes; la préparation et le tournage ont duré environ 15 mois et le casting près de trois mois, avec un travail linguistique mené par Mohamed Cherchel (arabe) et Salah Chihani (français).
Une Casbah a été construite et on a tourné à Sidi Fredj, au musée Bardo, au palais du Bey et à l'Opéra de Constantine; l'IA et la 3D ont aidé à reconstituer des décors, et une suite dépendra de l'accueil du public.
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Diffusée sur Samira TV, depuis le début du mois de ramadan 2026, la série Fatma, réalisée par Djaffar Gacem séduit les téléspectateurs algériens.
Captivante par ses décors, ses costumes et son jeu d’acteurs, l’histoire se déroule au milieu du XIX e siècle dans la Casbah d’Alger, à l’époque de la colonisation française.
Ce drame historique se distingue des autres productions diffusées actuellement sur les chaînes de télévision. Choix des acteurs, lieux de tournage, écriture des dialogues, Djaffar Gacem nous dit tout sur sa dernière production.
La série Fatma accueille de nouveaux visages. Comment le casting s’est-il déroulé ? Fallait-il dénicher de nouveaux talents ?
Le casting de Fatma a duré un peu plus de deux mois, presque trois au total. J’ai tenu à ce qu’il soit exigeant, notamment parce que je souhaitais faire découvrir de nouveaux visages.
Ce n’est pas la première fois que je procède ainsi : dans mes productions, j’essaie toujours de donner leur chance à de nouveaux comédiens, afin qu’ils puissent faire leurs preuves.
C’est aussi une manière de renouveler et de rafraîchir mes propositions artistiques, en travaillant avec des talents issus d’horizons et de formations différentes.
Dans une série comme Fatma, c’était d’autant plus important. Le projet en lui-même est un défi : par son époque, par le ton que nous avons choisi d’y apporter, par l’univers qu’il met en scène. Aller jusqu’au bout de cette démarche impliquait aussi d’intégrer de nouveaux acteurs.
Un coaching a-t-il été nécessaire pour donner un accent algérois aux acteurs, sachant que ces derniers sont originaires de de diverses régions d’Algérie ?
Le coaching fait toujours partie intégrante de la direction d’acteurs, que ce soit sur le plan du langage, de l’intonation ou de la vision artistique.
Mais cela était d’autant plus nécessaire dans la série Fatma, car, comme vous le soulignez, beaucoup de comédiens viennent de villes situées en dehors d’Alger.
C’est justement ce qui rendait l’expérience intéressante. Nous voulions donner à cette série une dimension plus large et sortir d’une représentation uniquement algéroise.
La Casbah, historiquement, a toujours été habitée par des populations d’origines diverses, et l’histoire que nous racontons se voulait avant tout algérienne. Elle n’appartient pas à une seule région, mais à tout un pays.
Chacun a donc apporté sa contribution, et nous avons beaucoup répété certaines scènes pour trouver la justesse dans l’accent et dans l’interprétation. L’objectif était de restituer une atmosphère crédible et une couleur algéroise, tout en permettant à des comédiens venus d’horizons différents d’incarner pleinement leurs rôles.
La série repose sur des faits historiques. Comment avez-vous travaillé ?
Fatma est une fiction inspirée de l’histoire d’Alger. Un important travail de recherche a donc été mené en amont afin de consolider le socle historique du récit.
Plusieurs événements intégrés dans la série s’inspirent directement de faits qui se sont réellement produits. Cela dit, Fatma n’est pas un documentaire : nous n’avons pas cherché à restituer l’époque où les événements de manière strictement fidèle, mais plutôt à nous en inspirer pour construire une narration dramatique.
La documentation a donc occupé une place essentielle dans le processus d’écriture. Nous avons été accompagnés par une équipe dédiée aux recherches historiques, et chacun, à notre niveau, a également contribué en apportant ses propres sources et investigations.
Concernant les dialogues, Mohamed Cherchel, qui a dialogué la partie arabe de la série avec Salah Chihani pour la partie française, ont mené un véritable travail sur le langage de l’époque.
Nous avons consulté des ouvrages anciens et des dictionnaires spécialisés afin de retrouver des expressions et des tournures qui puissent évoquer ce contexte historique.
L’objectif n’était toutefois pas de reconstituer la langue de manière strictement fidèle, mais de créer une impression d’époque tout en restant accessible au public.
Certains mots ou formulations sont donc volontairement plus contemporains, afin que les dialogues restent clairs et compréhensibles. Il y a néanmoins derrière cela un véritable travail de recherche et une volonté constante de préserver cette couleur historique.
Où le tournage de Fatma a-t-il eu lieu ?
En ce qui concerne les décors, nous avons bien sûr tourné dans des lieux réels, mais nous avons aussi entrepris un travail de construction très ambitieux. Pour les besoins de la série, nous avons fait construire une Casbah, un véritable quartier qui a servi de décor principal pour les scènes de rue. C’est une première à cette échelle dans une production en Algérie.
Nous avons également réhabilité le quartier du Corso, à Sidi Fredj, où nous avons tourné les scènes d’intérieur, notamment dans les douirettes, les maisons occupées par les personnages principaux.
Par ailleurs, nous avons tenu à valoriser le patrimoine national en tournant dans plusieurs lieux emblématiques, comme le musée Bardo, la villa Boulkine, le palais du Bey à Constantine ou encore l’Opéra de Constantine, pour ne citer que quelques exemples.
Le décor occupe donc une place centrale dans le projet. C’est l’un des aspects les plus ambitieux de la série Fatma, car il participe pleinement à l’immersion dans cet univers et à la restitution de l’atmosphère de l’époque.
Combien de temps a duré la création de cette œuvre entre costumes, décors, casting ?
Sans même parler du processus d’écriture, qui a pris beaucoup de temps entre le passage de l’histoire au scénario, les différentes versions et les nombreux allers-retours, toute la phase de création et de production a été particulièrement longue.
La préparation de la série, qui comprend notamment la création des costumes, les décors, le casting et la mise en place de la réalisation, s’est ensuite enchaînée avec le tournage. À cela s’ajoute aujourd’hui encore la phase de post-production.
Si l’on considère uniquement la préparation et le tournage, ce travail s’est étalé sur environ quinze mois, ce qui donne une idée de l’ampleur et de l’exigence d’un projet comme Fatma.
Avez-vous eu recours à l’intelligence artificielle pour le tournage de certaines scènes ?
Pour les besoins de reconstitution de certains décors aujourd’hui disparus, mais aussi pour certaines scènes de transition, nous avons eu recours aux effets visuels. L’objectif était de préserver cette impression d’immersion dans le XIXᵉ siècle.
Nous avons ainsi utilisé différentes technologies, notamment l’intelligence artificielle, les effets spéciaux et la 3D, afin de recréer certains environnements ou d’enrichir les décors existants. Ces outils nous ont permis d’élargir l’univers visuel de la série tout en restant fidèles à l’atmosphère historique que nous voulions restituer.
La série comporte 23 épisodes. Fatma connaitra-t-elle une suite ?
Une suite est toujours envisageable, mais il est encore un peu tôt pour se prononcer. Nous préférons d’abord prendre le temps d’observer la réception de la série Fatma par le public et voir quelles perspectives pourront se dessiner par la suite.
Cela dit, lorsqu’on écrit une histoire, on ne ferme jamais totalement la porte. Il y a toujours des pistes à explorer et des prolongements possibles. Pour l’instant, je préfère donc rester prudent et attendre de voir comment la série vivra auprès des spectateurs.
Qui chante les noubas, en doublure, dans Fatma ?
Les noubas sont interprétées par Lila Borsali pour le rôle de Zahra, et Ismahane Menacer pour Fatma.
Comment votre choix s’est-il porté sur Ritadj Abdellah qui campe le rôle principal dans Fatma ?
La comédienne qui interprète Fatma, avait déjà fait une première apparition l’an dernier dans le feuilleton El Firaq. Je l’ai trouvée intéressante et j’ai souhaité la rencontrer dans le cadre du casting.
Elle a donc passé plusieurs essais avant que je ne décide de lui confier le rôle. Ce n’était pas une décision évidente, car elle est encore jeune et il s’agit d’un premier rôle pour elle, ce qui représente un véritable défi. Mais au fil des essais, elle a su se montrer convaincante et démontrer qu’elle avait la sensibilité et la présence nécessaires pour porter ce personnage.
Pensez-vous qu’après leur révélation dans Fatma, de nouvelles portes s’ouvriront pour ces jeunes comédiens ?
C’est évidemment tout ce que je leur souhaite. Les expériences multiples sont essentielles dans ce métier : elles permettent d’enrichir son jeu, de gagner en maturité artistique et de continuer à se former au contact de nouveaux univers.