Diaspora algérienne en France : l’appel d’El Mouhoub Mouhoud

Le Franco-Algérien El Mouhoub Mouhoud, ancien président de l’université Paris-Dauphine et nommé en décembre 2024 président de PSL, est revenu sur la diaspora algérienne en France et les tensions croissantes entre les deux pays lors d’un entretien sur RFI. Il rappelle le racisme qu’il a lui-même subi et déplore que le débat public se focalise sur les minorités, alors que de nombreux Algériens issus de l’immigration réussissent par l’école et restent invisibles. Il appelle l’Algérie à s’appuyer davantage sur sa diaspora en mettant en place une politique et des mécanismes pour attirer et mobiliser ses talents expatriés, s’inspirant d’expériences en Inde, Pakistan, Thaïlande ou Amérique latine, tout en soulignant que les politiques existantes manquent encore de stratégie claire et de visibilité.
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TSA Algérie
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L’économiste franco-algérien, El Mouhoub Mouhoud, revient sur la réalité de la diaspora algérienne en France et les défis auxquels elle est confrontée, dans un contexte de montée des tensions entre les deux pays.
El Mouhoub Mouhoud, originaire du village Tifrit Nath Oumalek, entre Bouzeguene et Azazga, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, est l’un des exemples de réussite de la diaspora algérienne en France, avec un parcours hors normes dans le monde académique français.
Ancien président de l’université Paris-Dauphine, il a été nommé en décembre 2024 président de l’Université PSL (Paris Sciences et Lettres), l’une des plus prestigieuses institutions au monde.
Invité sur RFI, Mouhoub Mouhoud s’est exprimé sur de nombreux sujets dont la diaspora algérienne en France et le rôle que pourra jouer cette communauté dans le développement de l’Algérie.
La réalité de la diaspora algérienne en France, vue par El Mouhoub Mouhoud
D’emblée, ce spécialiste du commerce international et des migrations a parlé du racisme que subissent les membres de la diaspora algérienne en France, reconnaissant que lui-même en avait été victime quelque part « à cause de son nom ».
Aujourd’hui, il estime que le débat sur l’immigration en France se focalise beaucoup plus « sur les pôles minoritaires, c’est-à-dire les délinquants des cités d’un côté et les héros du sport, du football en particulier, d’un autre ».
Mais entre ces deux pôles, poursuit-il, il y a aussi la masse des Algériens issus de l’immigration « qui réussissent par l’école, mais qui sont occultés », soulignant que statistiquement parlant, énormément de jeunes femmes et de jeunes hommes issus de l’immigration algérienne réussissent par l’école.
« On est donc dans un contexte schizophrénique : une école française qui intègre de grandes masses (d’Algériens issus de l’immigration) et un débat public qui se focalise sur les minorités », dit-il, reconnaissant qu’il y a certes des problèmes avec ces minorités, mais que ne sont pas nécessairement dus à l’échec de l’école.
« L’Algérie doit s’appuyer davantage sur ses diasporas »
Toujours à propos de la communauté algérienne à l’étranger, El Mouhoub Mouhoud estime que l’Algérie doit s’appuyer davantage sur ses diasporas, concernant notamment ceux qui reviennent dans le pays.
Pour lui, l’Algérie doit avoir une politique pour sa diaspora qualifiée afin de l’utiliser pour son développement. « En Algérie, c’est une réflexion qui commence tout juste, mais les autorités doivent pousser plus la stratégie et la politique du pays pour attirer les talents établis à l’étranger », soutient-il.
Il préconise à cet effet de mettre en place des mécanismes institutionnels, reconnus dans de nombreux pays, avec des expériences réussies de retour de la diaspora, par exemple en Inde, au Pakistan, en Thaïlande, en Amérique latine…
Pour ce faire, « il faut connaitre sa diaspora et savoir le milieu économique et de recherche dans lequel elle se situe, pour ensuite les associer en fonction de leurs désirs », explique-t-il, soulignant qu’il y a actuellement des politiques en Algérie en direction de la diaspora.
D’ailleurs, il affirme que la diaspora algérienne est manne considérable pour le pays, « comme on peut le voir ici en France, de grands talents dans beaucoup de domaines, venus dans les années 90, mais qui ne sont pas visibilisés », en raison de l’absence d’une stratégie claire.