Sabrina Sebaihi : « Les binationaux ne comprenaient pas le silence » de Macron sur l’Algérie

La ministre française Alice Rufo a visité l'Algérie les 9 et 10 mai pour relancer les relations franco-algériennes après deux ans de crise.
La députée écologiste Sabrina Sebaihi, qui accompagnait la délégation, estime qu'il existe « beaucoup d'espoirs » mais que des « actes » concrets sont nécessaires pour sécuriser la relation avant 2027.
Sebaihi critique le silence antérieur d'Emmanuel Macron face aux critiques contre l'Algérie, silence qui a pesé sur les binationaux et les familles concernées par cette relation.
Elle appelle Macron à concrétiser la réconciliation par la restitution des crânes de résistants algériens et la dépollution des sites d'essais nucléaires français en Algérie.
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L’Algérie et la France ont-elles tourné la page de près de deux ans d’une crise inédite ? Pour Sabrina Sebaihi, députée écologiste d’origine algérienne, il y a « beaucoup d’espoirs » après la visite en Algérie de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, vendredi et samedi 9 mai, mais il faut « des actes » pour « sécuriser » la relation avant 2027.
La ministre française, proche du président Emmanuel Macron, a participé vendredi à la commémoration des massacres du 8 mai 1945.
Samedi, elle a été reçue au plus haut sommet de l’État. D’abord par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune à qui elle a remis une lettre de son homologue français Emmanuel Macron pour relancer la relation bilatérale.
En France, « il y a beaucoup d’amis » de l’Algérie que d’ennemis
Puis par le général d’armée Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’ANP et ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale.
La députée Sabrina Sebaihi a fait partie de la délégation française qui comprenait aussi l’ambassadeur de France en Algérie Stéphane Romatet. Ce dernier a retrouvé son poste après plus d’un an d’absence après avoir été rappelé par Paris le 15 avril 2024 au plus fort de la crise entre les deux pays.
« L’accueil a été très chaleureux. Des deux côtés, il y a une volonté de repartir sur une nouvelle base », affirme à TSA la parlementaire qui a beaucoup œuvré, depuis des mois, pour que les deux pays reprennent langue.
Elle souligne que cette reprise n’épargnerait pas à l’Algérie de nouvelles attaques en France, parce que « malheureusement, elle s’est invitée dans la campagne de la présidentielle française de 2027. »
« Ceux qui s’expriment sur l’Algérie avec des mots injurieux ne connaissent pas la complexité de la relation franco-algérienne et l’histoire de France. Ils ne représentent pas la France où il y a beaucoup plus d’amis que d’opposants à une relation avec l’Algérie. Maintenant, les partisans de la réconciliation doivent parler plus fort », affirme-t-elle. À commencer par le chef de l’Etat français.
Pour Sabrina Sebaihi, Emmanuel Macron a fixé le cadre pour la relation entre les deux pays et a « sifflé la fin de la récréation ». « Le Président Macron a repris la main sur le dossier Algérie. C’est important et c’était attendu », se félicite-t-elle.
Revenant sur le communiqué de l’Elysée publié vendredi annonçant la visite d’Alice Rufo et le retour de Stéphane Romatet, la députée écologiste a retenu une phrase d’Emmanuel Macron sur les massacres du 8 mai 1945.
« C’est la vérité de notre histoire et c’est l’honneur de la France de la regarder en face », a écrit l’Elysée. « Cette phrase marque un tournant sur les massacres du 8 mai 1945 », estime Sabrina Sebaihi qui pense que le président Macron peut encore « faire beaucoup de choses » pour les relations franco-algériennes à une année de la fin de son mandat.
« Il n’est jamais trop tard pour rectifier », encourage-t-elle en réponse à la question de savoir si Emmanuel Macron a encore les clés en main pour réparer une relation fortement abîmée par près de deux ans d’une crise inédite.
« Les binationaux ne comprenaient pas le silence de Macron »
« Il y a beaucoup de personnes concernées par cette relation, il y a un impact familial considérable. Les binationaux ne comprenaient pas pourquoi certains vomissaient matin et soir sur l’Algérie, sans aucune réaction du président Macron. Son silence a pesé. Maintenant que la campagne électorale est lancée, il faut beaucoup de courage pour contrer ce qui va venir », poursuit-elle.
Sabrina Sebaihi anticipe une campagne présidentielle en France dominée par les thèmes liés à l’immigration, au grand remplacement, ce qui risque, selon elle, de « fracturer le pays ».
La parlementaire garde toutefois espoir. « Je reste persuadée qu’il y aura un sursaut républicain en France pour barrer la route à l’extrême droite », confie-t-elle. Mais le risque de voir les « mabouls » ou les partisans de la rupture avec l’Algérie à l’Elysée est réel en raison de la montée en puissance de l’extrême droite et des divisions qui minent la gauche.
« C’est pour cela qu’il faut sécuriser la relation franco-algérienne. Il faut des actes », soutient-elle, en citant la restitution des crânes des résistants algériens qui sont conservés dans les musées en France, la dépollution des sites des essais nucléaires français en Algérie.
« Ce qui est fait ne pourra pas être défait », ajoute-t-elle, en appelant Emmanuel Macron à être le « président de la réconciliation des mémoires ». Pour Sabrina Sebaihi, la mémoire est le « pilier de la réconciliation franco-algérienne.»