Spoliation : comment la race ovine algérienne Deghma s’est retrouvée au Maroc

La race ovine algérienne Deghma a été massivement transférée au Maroc via la contrebande, et le Maroc la revendique désormais comme sienne.
Endémique des steppes de l'ouest algérien (Aïn Séfra, Saïda, Naâma, Mechria, Tlemcen), cette race à viande prisée a été acheminée illégalement dès la fin des années 1980.
La décennie noire a facilité ce trafic nocturne à la frontière ouest, permettant le passage de troupeaux entiers vers le Maroc.
Selon le chercheur Mohamed Doumir, le Maroc compte aujourd'hui des millions de têtes de cette race, contre seulement quelques milliers restantes en Algérie.
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TSA Algérie
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Alors que se multiplient les tentatives d’appropriation par le Maroc de plusieurs éléments du patrimoine culturel algérien, la chaîne de télévision publique Al24 News a levé le voile sur une autre spoliation dont on parle peu : celle d’une race ovine typiquement algérienne mais que les Marocains revendiquent désormais après l’avoir acquise par la contrebande transfrontalière.
Les contrebandiers marocains ont mis à profit la décennie d’instabilité sécuritaire en Algérie dans les années 1990 pour faire traverser la frontière à des troupeaux entiers de moutons de cette race.
Le mouton Deghma, une race endémique de l’Algérie
Il s’agit de la race Deghma, appelée aussi El Hamra, très réputée en Algérie avec celle de Ouled Djellal.
La Deghma est endémique des régions steppiques ouest de l’Algérie (Ain Sefra, Saïda, Naâma, Mechria et jusqu’à Tlemcen). C’est une race à viande très prisée.
La contrebande a commencé à la fin des années 1980 et s’est intensifiée dans la décennie suivante. Le commerce transfrontalier illégal de cette race de moutons s’est fait “en force” pendant cette période, raconte un éleveur de la région.
Un autre assure que la Deghma a été acheminée vers plusieurs pays, dont la Tunisie et même la France, mais c’est vers le Maroc voisin que le gros du cheptel était acheminé.
Les Marocains venaient s’approvisionner au marché de Ain Sefra, principal centre de vente de cette race ovine.
Le mouton Deghma est passé de l’Algérie au Maroc par la contrebande
Aujourd’hui, dans le cadre de leur stratégie de tout contester à l’Algérie, ils revendiquent cette race comme étant la leur.
Car, au Maroc, les éleveurs ont pris le soin de faire multiplier les troupeaux pris d’Algérie.
Au point où, aujourd’hui, il reste très peu de têtes de cette race dans son pays d’origine.
La décennie noire a “ouvert une brèche” à la frontière ouest où la “contrebande nocturne” a permis de faire passer des troupeaux entiers de l’autre côté de la frontière, explique à Al24 News le chercheur en histoire Mohamed Doumir.
“C’était un commerce transfrontalier illégal. Après dix ou vingt ans, on s’est retrouvé avec des millions de têtes de cette race qui se trouvent au Maroc, tandis que dans son pays d’origine, l’Algérie, elle se compte par milliers seulement”, déplore-t-il.