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Aïd el-Adha : s’endetter ou renoncer au mouton, le dilemme des Tunisiens

Par Sonia Lyes6 min de lecture
Aïd el-Adha : s’endetter ou renoncer au mouton, le dilemme des Tunisiens
Résumé IA

La Tunisie fait face à une crise du pouvoir d'achat qui rend l'Aïd el-Adha inaccessible pour de nombreuses familles.

Les prix des moutons oscillent entre 1400 et 3000 dinars tunisiens, alors que le salaire minimum mensuel dépasse à peine 500 DT. Les autorités ont instauré une vente au kilogramme avec tarifs plafonnés, mais le prix moyen reste autour de 2000 DT. De nombreux Tunisiens envisagent désormais de partager un mouton ou de renoncer au sacrifice rituel.

L'inflation atteint 5,5 % en Tunisie, affectant vivement les prix des viandes, légumes et céréales. Le taux de chômage s'élève à 15 % au premier trimestre 2026, atteignant 39,1 % chez les hommes et 34,1 % chez les femmes. Les difficultés économiques frappent particulièrement les régions de l'intérieur du pays.

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C’est l’un des marqueurs de la crise à laquelle est confrontée la Tunisie depuis quelques années : conséquence de l’érosion du pouvoir d’achat et d’une inflation galopante, la fête de l’Aïd el-Adha est accueillie avec beaucoup d’appréhension par de nombreuses familles tunisiennes. Elle est devenue même une source d’angoisse.

Et l’Aïd el-Kebir que le pays s’apprête à célébrer ce mercredi 27 mai n’échappe pas à la règle. À deux jours de la date du sacrifice, de nombreux ménages tunisiens peinent, en effet, à acquérir un mouton à portée de leur bourse.

Raison principale ? Les prix prohibitifs des bêtes proposés sur les marchés. Selon la presse locale, les prix des moutons oscillent entre 1400 dinars tunisiens (entre 410 à 415 euros, soit environ 61.000 à 63 000 dinars algériens (DZD) au taux officiel) et 2500 DT, voire jusqu’à 3000 DT (entre 880 et 890 euros) dans certains endroits alors que le salaire minimum mensuel dépasse légèrement 500 DT.

Dans les points de vente aménagés à Tunis et dans plusieurs grandes villes du pays, les scènes de foule et de bousculade se multiplient, selon les médias locaux.

Malgré cette flambée des prix, de nombreux tunisiens continuent d’affluer dans les marchés dans l’espoir de trouver une bête à un tarif « acceptable ».

Afin de tenter de répondre à la demande des consommateurs, les autorités ont mis en place un système de vente au kilogramme avec des prix plafonnés. Une tarification stricte a ainsi été instaurée pour « garantir la transparence et protéger le pouvoir d’achat du citoyen ».

Le prix du kilogramme est fixé à 27 dinars pour les moutons de moins de 45 kilogrammes, à 25,8 dinars pour les ovins pesant entre 45 et 60 kilogrammes et à 23,8 dinars pour ceux dépassant les 65 kilogrammes, selon ces sources.

Cité dans les médias, un responsable de l’Office de l’élevage et des pâturages, a reconnu la faible participation initiale des éleveurs à ce dispositif.

Il a appelé les producteurs à rejoindre massivement les espaces aménagés afin d’ancrer durablement la vente au kilo sur le marché national. Mais le dispositif ne semble pas répondre efficacement à la forte demande, ni à éliminer la spéculation, encore moins à satisfaire toutes les bourses puisqu’en définitive, le prix moyen finit peut tourner autour de 2000 DT, ce qui est loin d’être à la portée de tout le monde.

Le diktat des spéculateurs 

Les éleveurs justifient cette flambée par l’augmentation continue des coûts de production : hausse du prix de l’alimentation animale, augmentation des frais de transport, charges vétérinaires plus lourdes et effets persistants de la sécheresse qui fragilise le secteur agricole depuis plusieurs années, rapporte la Presse de Tunisie, le plus vieux quotidien de langue française du pays.

Mais pour de nombreux consommateurs, ces explications peinent à convaincre. Beaucoup accusent les intermédiaires et les spéculateurs de profiter de la situation pour se sucrer sur leur dos.

Selon plusieurs témoignages recueillis dans les marchés et repris dans la presse, certains revendeurs réaliseraient des marges importantes entre l’achat auprès des éleveurs et la revente au détail.

Résultat : le mouton de l’Aïd est devenu inaccessible pour une partie croissante de la population tunisienne. « Avant, on achetait un mouton sans trop réfléchir. Aujourd’hui, il faut s’endetter ou renoncer », confie un habitant de Tunis cité par un média local. Et comme lui, de nombreuses familles envisagent désormais de partager un mouton entre plusieurs foyers ou de renoncer totalement au sacrifice rituel.

Un pouvoir d’achat laminé par la crise

Cette flambée des prix des moutons intervient dans un contexte économique et social particulièrement difficile pour la Tunisie. Les Tunisiens font face à une érosion du pouvoir d’achat, conséquence d’une inflation persistante et d’une croissance insuffisante pour améliorer réellement le quotidien des ménages.

Selon les dernières données de l’institut national des statistiques, l’inflation en Tunisie a atteint 5, 5 %. La hausse des prix des viandes, des légumes, des céréales et des produits de base pèse lourdement sur les budgets des familles.

À cela s’ajoutent la hausse des prix de certains services, comme le transport, et le logement. Le chômage reste également à un niveau préoccupant. Selon le même organisme, le taux de chômage a atteint 15 % au premier trimestre de l’année 2026. Ce taux s’est réparti entre 14,4 % en milieu urbain et 16,5 % en milieu rural. Il est estimé à 39,1 % chez les hommes et à 34,1 % chez les femmes. Il touche particulièrement les diplômés de l’enseignement supérieur. Et les difficultés économiques se ressentent avec acuité dans les régions de l’intérieur du pays.

Face à ces difficultés, la Tunisie continue de miser principalement sur le tourisme pour obtenir des rentrées en devises et soutenir une économie fragilisée. Un secteur certes dynamique qui espère profiter cette année de la crise au Moyen-Orient pour attirer de nouveaux touristes, mais qui ne pourra à lui seul compenser les déséquilibres qui affectent l’économie tunisienne.

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