MÉMOIRES DE TRAVAILLEURS

Par par Belkacem Ahcene-Djaballah9 min de lecture
Brifa
Résumé IA

Mohammed Khirat publie un ouvrage de mémoires sur l'évolution de l'Inspection du travail algérienne, couvrant ses trois missions essentielles : contrôle, conseil et médiation.

L'auteur, ancien Inspecteur général du Travail de 1998 à 2010, retrace l'histoire de cette institution depuis 1962 et analyse les défis contemporains du secteur.

L'ouvrage, édité par El Qobia Editions à Alger, compte 212 pages et s'adresse aux travailleurs, syndicalistes et gestionnaires.

Parallèlement, Abdelmadjid Azzi publie ses mémoires de syndicaliste retraité, relatant les événements dominants entre 1978 et 2007, notamment la création de la Fédération nationale des travailleurs retraités en 1992.

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Le Quotidien d'Oran

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Livres

L'Inspection du travail algérienne. Évolution et défis. Mémoires d'un ancien Inspecteur général du Travail, Mohammed Khirat. El Qobia Editions, Alger Bab El Oued, 2025, 212 pages, ? dinars

Tous connaissent l'Inspection générale du travail (note : à ne pas confondre avec l'Inspection générale classique qui existe dans l'organisation administrative des ministères). Les salariés et les employeurs. Les premiers, peut-être un peu plus que les seconds. Car, ils y ont recours en cas de litiges graves avec leurs employeurs et on ne peut pas dire qu'ils sont (ou ont été) rares.

Trois missions essentielles : Une mission d'autorité publique de contrôle de l'application de la loi sur les lieux de travail ; une mission de conseil des partenaires sociaux au sein de l'entreprise et en cas de conflit, une mission de médiation ; enfin une mission d'information des autorités publiques locales et nationale sur la situation dans le monde du travail et le climat des relations professionnelles existantes.

A noter que l'Algérie a adhéré à l'Organisation internationale du travail, l'Oit, source de la législation internationale sur les relations de travail, très tôt,... en octobre 1962, « fidèle en cela aux engagements de la déclaration du 1er Novembre 1954 à fonder une République démocratique et sociale ». Et, l'Igt est, depuis la réforme de 1990 (décret exécutif n°90-209 du 14 juillet), est devenue une administration spécialisée autonome (placée sous la tutelle du ministère du Travail), travaillant de manière mieux organisée et plus coordonnée comparativement aux années postindépendance.

L'Auteur : Né à Tablat (Médéa). Lycée à Médéa puis à Alger. Ingéniorat (d'Etat) en Génie civil en Ukraine (Kharkov). Enseignant à l'Infp, sous-directeur, directeur central puis Inspecteur général au sein de l'Administration de la Formation professionnelle. 1998 : Inspecteur général du travail... jusqu'à 2010... puis -durant près de dix années- Sg du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale.

Table des matières : Préface de Hacène Laskri, ancien ministre du Travail, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle /Avant-propos/Introduction/ Chapitre 1 : Modèles d'inspection, du travail dans le monde/ Chapitre 2 : L'Inspection du travail algérienne de 1962 à 1990/ Chapitre 3 : L'Inspection du travail algérienne après 1990/ Chapitre 4 : Redynamisation de l'Inspection du travail après 1998/Chapitre 5 : Défis pour l'inspection du travail en Algérie/ Conclusion/Remerciements/ Abréviations

Extraits : « Contrôler, informer, conseiller, décider, ce sont là les attributions et les missions de l'Inspection et de l'Inspecteur du travail... Il y a lieu d'ajouter l'obligation de porter et d'éclairer l'autorité compétente et les pouvoirs publics sur l'état d'application des textes en vigueur et sur les déficiences ou insuffisances non couvertes par les dispositions législatives et réglementaires légales du droit du travail... » (p 21), « Les pouvoirs publics ont opté, depuis l'indépendance à ce jour pour une inspection de type généraliste couvrant tous les domaines de contrôle... » (p31), « L'Igt a apporté une contribution significative, et est devenue un carrefour dans le secteur où s'entrecroisent les actions visant à améliorer l'efficacité et la visibilité nécessaire dans l'accomplissement d'une série de grandes et stratégiques missions du secteur » (p 157), « L'activité informelle est nocive et contraire aux règles de concurrence loyale par rapport aux entreprises qui activent légalement portant un préjudice fiscal et parafiscal important à l'Etat » (p 183).

Avis - Un ouvrage que tous les travailleurs, les syndicalistes et les responsables de collectifs productifs devraient lire. Certes assez technique mais utile à tous les gestionnaires... et à tous les « gérés ». Pour savoir aussi les efforts considérables entrepris par notre pays en faveur de l'amélioration des conditions de travail.

Citations : « Une administration bien pourvue en ressources et disposant de moyens est appelée à accomplir ses missions avec succès » (p 107), « Il faut mettre la barre toujours très haute pour assurer une atteinte de résultats acceptable et utile à l'administration dans laquelle on évolue et à son environnement » (p 173), « Les statistiques sont « très bavardes » lorsqu'on les fait parler » (p 173), « Il faut être animé en permanence d'un esprit de créativité, d'imagination et d'innovation et veiller à ne pas craindre le changement » (p 177), « Un secteur, une administration ou une entité économique se doit d'avoir une mémoire » (p 207).

Mémoires d'un syndicaliste.Récit chronologique des événements dominants survenus entre 1978 et 2007. Essai de Abdelmadjid Azzi, Auto-éditions, Alger 2020, 432 pages, 1 000 dinars (Fiche de lecture déjà publiée en juin 2021).

Un retraité qui raconte sa vie professionnelle, syndicale et politique, quoi de plus normal. Mais un retraité qui raconte sa vie de retraité-syndicaliste, c'est assez original. Original par le fait même que l'auteur a été le fondateur et l'acteur principal (en tant que Secrétaire général) de la Fédération nationale des travailleurs retraités, Fntr, première du nom, créée (Congrès constitutif à Tipasa Matarès) le 18 mai 1992, et partie intégrante (cela va de soi) de l'Ugta.

Une initiative, en une période où toutes les idées, longtemps comprimées, qui ne pouvaient qu'être bien accueillies.

Pour les retraités, leur nombre avait explosé: 300 000 pensionnés en 1991, soit un retraité pour 10 travailleurs... et 850 000 en 1995, soit 3 actifs pour un retraité... avec une situation économique n'ayant cessé de se détériorer depuis 1985, et un régime de retraite, comme du reste la sécurité sociale et le système de protection sociale évoluant de façon défavorable... bien que « le système de retraite est manifestement un des meilleurs du monde ».

Dans une première partie, l'auteur part de l'élection du troisième président de la République, Chadli Bendjedid pour finir avec la « fin » de sa carrière professionnelle, en passant par ses activités professionnelles, le procès de la Ligue des droits de l'Homme, le printemps berbère et le plan anti-pénurie

La seconde partie, partant de la crise économique raconte dans le détail le processus de création de la Fntr... avec, au passage, les événements du 5 octobre, l'avènement du Fis, les congrès (8e et 9e) de l'Ugta, les élections législatives et l'arrêt du processus électoral... pour finir avec l'assassinat par les terroristes islamistes du Sg/Ugta, Abdelhak Benhamouda.

La troisième partie, bien plus riche, va de la démission du président de la République au 4e Congrès de la Fntr en passant par le Printemps noir, l'affaire Khalifa et la Charte pour la paix et la réconciliation.

Quant à la quatrième et dernière partie, assez courte, elle se termine par le conflit mouvementé Fntr-ministère du Travail.

Quatre chapitres, 43 chroniques, longues ou courtes, qui nous «entraînent dans une période charnière de l'histoire de l'Algérie indépendante», côté responsable politique, en tant que député, et côté en tant que responsable syndical. Un récit assez chronologique des événements (fin 70-2007) qui à la fin laisse un goût amer tant il est ponctué d'espoirs et de désillusions, des retournements, des renoncements et parfois même des trahisons.

Finalement, selon le préfacier, Daho Djerbal, un témoignage où y font cause commune mémoire et histoire. D'une importance cruciale « tant il apporte de la substance à toutes les analyses des politologues avertis et les historiens du temps présent ».

L'Auteur : Né en septembre 1937 à Akbou (W.de Bejaia). Membre de l'Aln à partir de fin 1956. Prisonnier en août 1959 (Opération Jumelles). Libéré en janvier 1962. Carrière professionnelle aux Chemins de fer... Diverses responsabilités syndicales et politiques dont membre du Cnes, Sg adjoint de l'Ugta, député à l'Apn (1977-1981), Sg (et membre fondateur) de la Fntr (1991-2006)... Déjà auteur de plusieurs ouvrages dont « Parcours d'un combattant de l'Aln, Wilaya III » (2010).

Table des matières : Préface (Daho Djerbal)/ Avant-propos/ Première partie (8 chapitres)/Deuxième partie (15 chapitres)/Troisième partie ; 16 chapitres/Quatrième partie : 4 chapitres/ Annexes/ Sigles et abréviations

Extrait : « Le printemps berbère fut incontestablement un événement majeur qui marquera l'histoire de notre pays dans la mesure où il a ouvert, pour la première fois, la voie à l'exigence publique de la reconnaissance nationale de la langue Amazigh » (p 26).

Avis - Un ouvrage très documenté, fourmillant de détails et de vérités qui permettent de mieux comprendre le passé récent... (mais) un ouvrage militant et engagé... avec -comme il se doit chez tout auteur algérien- beaucoup d' « échappées » politiques.

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