Titre de séjour : après 45 ans en France, elle se retrouve sans papiers

Après 45 ans en France, Mabrouka Chater attend depuis un an le renouvellement de son titre de séjour et se retrouve sans papiers, sans sécurité sociale ni allocations logement.
Environ 200 personnes ont manifesté le 10 juin devant la préfecture de Marseille pour dénoncer les délais interminables et les dossiers sans réponse dans le traitement des titres de séjour.
Le ministère de l'Intérieur reconnaît un stock de 930 000 dossiers en cours de traitement dans les préfectures françaises, causant des ruptures de droits sociaux et des impossibilités d'accès au logement ou à l'emploi.
Les associations pointent du doigt la plateforme numérique ANEF, jugée complexe et dysfonctionnelle, que le Conseil d'État a ordonné de corriger en mai 2026 suite à un recours des associations.
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À Marseille, le renouvellement des titres de séjour vire au parcours d’obstacles pour de nombreux étrangers. Mercredi 10 juin 2026, environ 200 personnes ont manifesté devant la préfecture des Bouches-du-Rhône pour dénoncer des délais jugés interminables et des dossiers laissés sans réponse.
Parmi les situations dénoncées, celle de Mabrouka Chater illustre la violence administrative ressentie par de nombreuses familles. Cette sexagénaire vit en France depuis 45 ans. Pourtant, elle attend depuis près d’un an le renouvellement de son titre de séjour.
Sa fille, Ouided, l’une de ses trois filles françaises, décrit une situation alarmante. Selon son témoignage, sa mère se retrouve pour la première fois en situation irrégulière, sans sécurité sociale, sans allocation logement, alors qu’elle est malade et doit se soigner. « On nous dit juste qu’il faut patienter », déplore-t-elle.
Titre de séjour : des retards qui bloquent toute une vie
À Marseille, les manifestants ont empilé des cartons devant la préfecture pour représenter les dossiers en attente. Sur des feuilles blanches, plusieurs messages résumaient les conséquences concrètes de ces retards : perte d’une année universitaire, refus de location, impossibilité de travailler ou rupture de droits sociaux.
Le problème dépasse largement le cas marseillais. Selon les chiffres cités par Maritima, le ministère de l’Intérieur reconnaît un stock de 930 000 dossiers en cours de traitement dans les préfectures françaises. En avril, un plan national a été annoncé pour réduire ces délais et éviter les ruptures de droits.
Pour les étrangers concernés, l’absence d’un titre valide ou d’une attestation de prolongation peut avoir des effets immédiats : contrat suspendu, logement refusé, voyage impossible, couverture sociale interrompue. Beaucoup se retrouvent ainsi fragilisés alors même qu’ils ont déposé leur demande dans les délais.
L’ANEF pointée du doigt par les associations
La mobilisation était organisée à l’appel du collectif Bouge ta Pref. Des rassemblements similaires étaient prévus en Île-de-France, à Grenoble, Nantes, Rennes et Saint-Étienne, selon La Cimade.
Au cœur des critiques : l’ANEF, la plateforme numérique utilisée pour les demandes de titres de séjour. Début mai 2026, le Conseil d’État a ordonné à l’État de corriger plusieurs dysfonctionnements de cette plateforme, après un recours porté par des associations. La juridiction a notamment rappelé que les usagers doivent pouvoir accomplir leurs démarches et faire valoir leurs droits.
À Marseille, Nicole Malfait, militante de La Cimade, a dénoncé des plateformes complexes, des procédures incompréhensibles, des rendez-vous impossibles à obtenir et des services injoignables. Selon elle, ce qui devait simplifier les démarches est devenu un véritable « mur numérique ».
Des jeunes étrangers également touchés
Les difficultés concernent aussi les jeunes suivis par des structures sociales. Stacy Soulié, de l’Association pour la réadaptation sociale, explique que sur 70 jeunes accompagnés, la moitié rencontrent des problèmes liés aux titres de séjour. Elle évoque des conséquences émotionnelles et mentales lourdes, avec des jeunes en grande détresse.
À travers cette manifestation, les associations demandent une réponse plus rapide des préfectures, mais aussi des garanties pour éviter qu’une simple attente administrative ne fasse basculer des personnes installées en France dans la précarité. Pour Mabrouka Chater comme pour des milliers d’autres étrangers, le renouvellement d’un titre de séjour n’est pas une formalité : c’est la condition pour continuer à vivre normalement.