Société

Et le vert fut !

Par par Sid Lakhdar Boumediene4 min de lecture
Brifa
Résumé IA

L'arrivée de la télévision en couleurs en Algérie en 1973 a permis aux téléspectateurs de découvrir enfin le vert naturel des pelouses de football et bien d'autres merveilles du monde.

Avant cette révolution technologique, seules les actualités cinématographiques en courts extraits montraient le football, et la couleur restait un luxe réservé à une infime minorité de foyers algériens possédant un téléviseur.

L'Algérie avait malheureusement manqué en direct le légendaire but de Pelé à la Coupe du monde 1970, première compétition filmée en couleurs, tandis que la photo historique du « Lever de Terre » par Apollo 8 en 1968 avait pu être capturée en couleurs.

Le gouvernement algérien avait choisi le standard français SECAM pour la diffusion en couleurs, et la marque SABA était devenue synonyme de prestige pour les familles qui pouvaient se permettre ce nouveau luxe technologique.

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Le Quotidien d'Oran

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Une fois ma critique bien posée sur la coupe du monde et des dérives du football en général dans ma chronique précédente, sortons de la polémique et revenons aux histoires tendres.

Quel extraordinaire événement fut l'apparition du vert des pelouses à la télévision en couleurs en 1973 ! Des stades étaient historiquement déjà gazonnés mais la couleur n'apparaissait seulement que dans les actualités au cinéma en courts extraits, notamment ceux des buts. L'herbe allait enfin retrouver sa couleur naturelle depuis l'apparition de la vie sur terre. Bon, pour le miracle, ce n'était dans cette Genèse qu'une petite minorité qui possédait en Algérie cet appareil du temps cosmique.

Subitement la lumière fut, elle entrait dans les stades comme dans les foyers. On allait enfin voir la couleur du pelage de Lassie (en rediffusion) ou de l'océan dans Hawaii 5-0. Tata Hlima avait du mal à cacher son émoi lorsqu'elle avait vu pour la première fois les beaux yeux bleus de Steve McQueen ou de Paul Newman. Tonton Hamza ne s'en privera pas non plus pour le charmant sourire de la belle Pamela.

Mais un grand regret, l'Algérie n'avait pas pu voir en couleur le mythique but de la tête de Pelé à la coupe du monde de 1970 alors que c'était la première coupe du monde filmée en couleurs. Ce n'est que plus tard que les retransmissions ont gravé le jaune et le vert (encore lui) dans les couleurs du maillot du joueur brésilien. Mais l'histoire longue retiendra surtout que l'immense événement d'Apollo 11 de 1969 du « petit pas de l'homme, un grand bond de l'humanité », parole de Neil Amstrong qui posa le premier pas de l'homme sur la lune, avait été filmé en noir et blanc.

Alors que la photo tout aussi célébrissime en 1968, Le « Lever de Terre » par Apollo 8, avait été en couleurs. La première fois que l'humanité regardait son berceau dans son entièreté et sa sublime rondeur, ce fut dans un éclairement de lumière sublime.

La raison était toute simple, alors qu'Apollo 8 pouvait transporter un dispositif photographique en couleurs assez lourd à l'époque, Apollo 11 ne pouvait se permettre un tel fardeau accroché au module lunaire qui aurait compromis la mission par manque de carburant (ce qui avait d'ailleurs failli arriver à cause du temps de la recherche d'un endroit favorable pour l'alunissage).

Dans ce moment de l'hymne à la couleur, l'Algérie s'était alors mise à prononcer de nouveaux noms, là également réservés à ceux qui en avaient les moyens. Ils sont toujours là pour le meilleur ; jamais absents, visibles et audibles car ils le faisaient savoir en invitant toute la famille et les voisins à voir les couleurs du monde dans leur salon.

Ces nouveaux mots dans le dictionnaire algérien étaient SECAM et SABA. Le premier pour le système de diffusion en couleurs choisi par le gouvernement, le second pour la nouvelle marque de téléviseur couleurs.

Au passage, le système PAL, d'origine allemande, avait été écarté au profit du standard français SECAM. Il y a parfois des interrogations dans l'histoire.

De nos jours, l'herbe est verte partout dans les stades du monde, ce qui semble presque étrange aux plus jeunes qu'on ait besoin de le dire. Ils n'ont pas connu les grandes écorchures teintées de sang sur les chevilles lorsque les brutes du quartier voisin mettaient les nôtres à terre avec un tacle de buffle. Les cailloux étaient aussi gros que des grêlons.

Ceux qui ont eu la gentillesse de lire ma première chronique très sévère sur les dérives du football peuvent constater que je peux malgré tout l'apprécier tendrement lorsqu'il est beau de sa modestie et de ses valeurs mémorielles.

Bon, d'après vous, qui verra-t-on en finale ? Mais bien entendu.... nos verts ! Cette couleur qui, décidément, s'est imprégnée jusque dans mon patronyme.

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