Quand l'orateur brouille la décision
Les responsables politiques qui multiplient les déclarations excessives et les promesses faciles risquent de produire l'effet inverse de celui recherché : décourager la participation électorale plutôt que de la stimuler.
Entre l'improvisation, la spontanéité et l'enthousiasme, certains dirigeants brouillent leur message en s'éloignant du réel et en remplaçant l'analyse par le slogan ou l'émotion artificielle.
Les citoyens d'aujourd'hui possèdent une capacité de discernement suffisante pour percevoir rapidement les excès de langage, les contradictions et les fausses démonstrations de proximité.
La confiance électorale ne se décrète pas mais se construit par la mesure, la crédibilité et le respect envers l'intelligence des citoyens, non par la surenchère verbale.
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Le Quotidien d'Oran
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À l'approche de chaque échéance électorale, un même réflexe anime les partis politiques : mobiliser leurs militants, convaincre les indécis et encourager les citoyens à se rendre aux urnes. Cette démarche est non seulement légitime, mais elle relève même d'une responsabilité politique essentielle. Une élection à plus de sens quand les citoyens participent à la construction du choix collectif.
Pourtant, il existe un paradoxe rarement évoqué. À force de vouloir convaincre à tout prix, certains responsables politiques finissent parfois par produire l'effet exactement inverse de celui qu'ils recherchent.
L'intention est louable. Le message de départ peut être pertinent. Mais entre l'idée initiale et sa transmission au public, quelque chose se perd en chemin. Certains dirigeants politiques, emportés par l'improvisation d'un discours, la spontanéité d'un échange avec un citoyen ou l'enthousiasme d'un meeting, multiplient les déclarations sans toujours mesurer leur portée. À vouloir approfondir excessivement une explication ou élargir démesurément un argument, ils finissent par brouiller leur propre message. Le problème n'est pas tant de parler beaucoup que de parler juste.
Lorsqu'un discours s'éloigne du réel pour s'installer dans les promesses faciles, lorsqu'il remplace l'analyse par le slogan ou l'argument par l'émotion artificielle, il cesse progressivement d'être un outil de persuasion. Il devient un facteur de méfiance. Le citoyen d'aujourd'hui, qu'on le veuille ou non, possède une capacité de discernement bien plus développée qu'on ne l'imagine souvent. Il perçoit rapidement les excès de langage, les contradictions et les démonstrations d'humilité qui ressemblent davantage à une stratégie de communication qu'à une véritable proximité avec les préoccupations populaires.
Il m'arrive parfois de me demander si certains leaders politiques disposent réellement de conseillers en communication ou s'ils les écoutent lorsqu'ils en ont. Car certaines déclarations donnent le sentiment d'avoir été prononcées sans recul, sans préparation et parfois même sans connaissance suffisante de la réalité vécue par les citoyens.
La tentation du populisme est particulièrement révélatrice de cette dérive. Beaucoup pensent encore qu'il suffit de parler au nom du peuple pour être entendu par lui. C'est une erreur. Le peuple n'attend pas qu'on lui récite ce qu'il souhaite entendre ; il attend qu'on lui parle avec sincérité, avec lucidité et avec respect. La flatterie politique produit souvent un effet immédiat mais rarement durable. Quant aux promesses excessives, elles génèrent davantage de scepticisme que d'adhésion.
La question de l'abstention mérite d'ailleurs une réflexion plus sérieuse que celle à laquelle nous assistons parfois. Même les démocraties les plus anciennes et les plus solides connaissent régulièrement des taux d'abstention importants. Le phénomène n'est ni nouveau ni spécifique à un pays particulier. Les causes varient selon les contextes historiques, économiques, sociaux ou culturels. Mais partout, la confiance demeure l'élément central de la participation électorale.
Or la confiance ne se décrète pas. Elle se construit. Elle ne naît pas de la surenchère verbale ni de l'exagération des promesses. Elle ne résulte pas davantage d'un discours qui présente les réalités sous un jour artificiellement optimiste. La confiance apparaît lorsque le citoyen sent que celui qui lui parle comprend réellement ses préoccupations, reconnaît les difficultés existantes et propose des perspectives crédibles. Ce qui est regrettable, c'est que certains candidats ou certains de leurs soutiens deviennent eux-mêmes, parfois involontairement, des facteurs d'éloignement électoral. Leurs déclarations excessives, leurs slogans simplistes ou leurs analyses déconnectées du terrain alimentent précisément ce qu'ils prétendent combattre : le désintérêt et l'abstention.
La participation électorale est une question trop importante pour être abandonnée aux recettes faciles de la communication politique. Elle exige de la mesure, de la crédibilité et surtout du respect envers l'intelligence des citoyens.
Car en politique comme ailleurs, convaincre ne consiste pas à parler davantage. Convaincre consiste à être compris, cru et respecté. Et lorsque ces trois conditions disparaissent, les discours les plus enthousiastes deviennent parfois les meilleurs alliés de l'abstention.