Mémoire France-Algérie : l’extrême droite ouvre un nouveau front

L'extrême droite française ouvre un nouveau front mémoriel en contestant la reconnaissance des crimes coloniaux et en promouvant ses propres narratifs sur les événements de l'indépendance algérienne.
Un député du Rassemblement national a saisi l'Assemblée nationale pour demander le renforcement de la reconnaissance du prétendu « massacre d'Oran » du 5 juillet 1962, bien qu'aucun historien sérieux n'ait qualifié les incidents de ce jour de massacre.
Cette stratégie vise à contrebalancer les initiatives parlementaires qui reconnaissent les crimes de la colonisation, comme l'adoption en mars 2024 d'une résolution sur les massacres du 17 octobre 1961 à Paris.
L'historien Benjamin Stora appelle à « sanctuariser » les gestes mémoriels actuels avant une possible accession du RN au pouvoir, avertissant que le révisionnisme s'accélère.
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TSA Algérie
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Le courant anti-algérien en France ne se contente plus de voter contre les textes qui reconnaissent les crimes de la colonisation. Il veut désormais faire passer ses propres propositions qui, au contraire, accablent les Algériens qui ont pris les armes pour libérer leur pays.
Face aux preuves établies des crimes commis par la France coloniale en Algérie, les nostalgiques de l’Algérie française ont toujours mis en avant la prétendue mission civilisatrice du colonialisme et tenté d’entretenir l’idée que des crimes ont été commis des deux côtés. Leur procédé est d’amplifier les incidents imputables aux Algériens.
France : le “massacre d’Oran” soulevé à l’Assemblée nationale
Après le gros mensonge du “massacre de masse des Harkis” à l’indépendance, un député du Rassemblement national (RN) vient de monter au créneau pour réclamer le “renforcement” de la reconnaissance par l’Etat français de ce qu’il appelle le “massacre d’Oran du 5 juillet 1962”.
Il y a eu en effet des incidents violents à Oran le jour de la proclamation officielle de l’indépendance de l’Algérie, mais aucun historien sérieux n’a parlé de ”massacre” de pieds-noirs comme ont toujours tenté de le faire croire ceux qui veulent masquer leurs propres crimes.
Le député Cyril Tribuiani a adressé une question écrite à la ministre des Armées et des Anciens combattants. Il écrit que “le 5 juillet 1962, jour de la proclamation de l’indépendance de l’Algérie, plusieurs centaines de Français d’Algérie et de personnes considérées comme favorables à la présence française furent victimes de massacres, d’enlèvements et d’exactions à Oran”.
Se disant attaché à “la vérité historique”, il estime que la reconnaissance officielle de “cette tragédie” demeure insuffisante et que “la mémoire de ce drame doit être pleinement reconnue et la vérité historique regardée avec lucidité”.
Il demande par conséquent à la ministre des Armées “quelles mesures le gouvernement entend prendre afin de renforcer la reconnaissance officielle” de ce prétendu “massacre d’Oran”.
Un avant-goût de ce que fera le RN une fois au pouvoir
La stratégie du courant extrémiste semble être de contre-attaquer pour mettre sur la défensive les nombreux parlementaires qui activent, parfois avec succès, pour faire reconnaître les crimes de la colonisation.
En mars 2024, la député écologiste Sabrina Sebaihi a fait adopter une proposition de résolution reconnaissant les massacres du 17 octobre 1961 à Paris. La même parlementaire a engagé une autre initiative pour la reconnaissance des massacres du 8 mai 1945 en Algérie. De même, le président Emmanuel Macron a reconnu ces dernières années la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de plusieurs résistants Algériens, dont Maurice Audin, Ali Boumendjel et Larbi Ben M’hidi.
La sortie du député Cyril Tribuiani donne un avant-goût de ce que fera le RN s’il accède au pouvoir, une éventualité qui n’est plus exclue. Dans un récent entretien à TSA, l’historien Benjamin Stora a estimé qu’il faut “sanctuariser” tous les gestes mémoriels faits jusque-là, avant l’accession au pouvoir du courant extrémiste. En effet, la machine du révisionnisme est déjà en marche.
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