Étudiants étrangers en France : entre précarité et renoncement, une rentrée sous tension

À la rentrée 2026, les étudiants étrangers en France font face à des réformes majeures : limitation des exonérations de frais d'inscription et durcissement des conditions d'accès aux APL.
Les universités ne pourront exonérer que 30 % des étudiants non européens des droits d'inscription différenciés, un plafond qui baissera progressivement à 20 %. Sans exonération, un étudiant devra payer près de 2900 euros par an en licence et 4000 euros en master, contre quelques centaines d'euros pour les étudiants français et européens.
Depuis le 1er juillet 2026, seuls les étudiants étrangers titulaires d'un visa long séjour ou d'un titre de séjour "poursuite d'études" et percevant une bourse peuvent accéder aux APL. Cette suppression pousse de nombreux étudiants à travailler davantage ou à s'endetter, certains envisageant d'abandonner leurs études faute de moyens financiers.
Le flou administratif aggrave la situation : les critères d'exonération varient selon les universités et les modalités évoluent constamment, laissant les étudiants et même les établissements dans l'incertitude face à cette rentrée sous tension.
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À la rentrée 2026, plusieurs réformes vont alourdir le budget des étudiants étrangers en France. Limitation des exonérations des frais d'inscription, durcissement des conditions d'accès aux APL : des milliers d'étudiants s'interrogent sur leur capacité à poursuivre leurs études.
Un décret restreint les possibilités pour les universités d'exonérer les étudiants non européens des droits d'inscription différenciés instaurés en 2019. À compter de la rentrée 2026, les établissements ne pourront exonérer que 30 % de ces étudiants. Ce plafond passera ensuite à 25 %, puis à 20 %. Un étudiant non européen qui ne bénéficie pas d'une exonération devra s'acquitter de près de 2900 euros par an en licence et 4000 euros en master, contre quelques centaines d'euros pour les étudiants français et européens.
Franck, un étudiant togolais à Lille, espère faire sa rentrée en ingénierie pédagogique en septembre 2026. Admis, il attend son attestation d'admission pour déposer une demande d'exonération. "Je suis un peu inquiet. Si je n'obtiens pas l'exonération, je ne sais pas comment je vais faire pour m'inscrire", confie-t-il au journal Le Parisien. "Si je dois payer 4000 euros, ça pourrait me pousser à arrêter mes études", déplore-t-il.
Des conditions d'accès aux APL durcies
Depuis le 1er juillet 2026, les règles d'accès aux APL ont changé pour les étudiants extracommunautaires. Désormais, seuls les étudiants étrangers titulaires d'un visa long séjour ou d'un titre de séjour "poursuite d'études" peuvent bénéficier de cette aide, à condition de percevoir une bourse sur critères sociaux. Les étudiants salariés, apprentis, en contrat de professionnalisation, les réfugiés et les apatrides restent éligibles sous certaines conditions.
🚨🇫🇷 FLASH | À partir du 1er juillet, les étudiants extra-européens non boursiers ne seront plus éligibles aux APL. pic.twitter.com/x9VxxM13AP
— Novia News (@NoviaNewsGroup) June 28, 2026
Manon Moret, secrétaire générale de l'UNEF, déclare : "Les APL étaient l'une des seules aides sociales auxquelles ces étudiants pouvaient accéder. Leur suppression, c'est un coup de massue." Franck craint de ne plus toucher ses 30 euros d'APL mensuelles, soit 300 euros par an en moins. Richemond, étudiant ivoirien à l'université de Valenciennes, touche 90 euros d'APL pour un loyer de 280 euros. "Donc ça reste gérable, mais j'ai reçu beaucoup d'étudiants dans l'association qui paient 450 euros de loyer avec un petit job étudiant. Si on leur retire encore une aide, il ne leur reste plus rien à la fin du mois", témoigne-t-il.
Des étudiants contraints de travailler davantage ou de s'endetter
Richemond, 23 ans, étudiant en économie, a choisi la France pour ses études "parce que les démarches administratives sont plus simples et qu'il n'y a pas la barrière de la langue". Il explique que la plupart des étudiants de son pays étaient habituellement exonérés. Ses trois années d'études en licence ont coûté environ 2800 euros chacune. "Je ne m'y attendais pas. Payer cette somme est impossible pour une famille moyenne en Côte d'Ivoire", dit-il. S'il avait su, il serait resté dans son pays.
"J'ai travaillé 35 heures par semaine en parallèle de mes cours pendant tout le premier semestre", raconte-t-il. "C'est quasiment impossible. On est obligé de mettre certaines matières de côté. Une fois les frais de scolarité réglés, on essaie de se concentrer sur le second semestre." Son entrée en master pourrait lui coûter près de 4000 euros. Il ne sait pas comment il va pouvoir payer. "En travaillant encore plus ? Puis éventuellement faire un prêt étudiant ou demander de l'aide à ma famille", envisage-t-il. Membre de l'association Entraide Étudiant Étranger, il s'inquiète pour ses pairs : "Je pense que beaucoup de jeunes vont renoncer à leur projet d'études."
Hamidi, étudiant dans une faculté du Nord, a vu sa demande d'exonération refusée à la rentrée 2025 car ses revenus déclarés dépassaient d'environ 200 euros le plafond fixé. Son université a considéré qu'il avait les ressources suffisantes pour payer son année, soit environ 4000 euros. "Je n'en ai pas les moyens. Même avec toute l'envie du monde, je n'ai pas la capacité financière", confie-t-il. Malgré l'étalement des paiements, il lui reste encore 1300 euros à payer à l'université. Il doit faire des choix entre payer la fac ou son propriétaire. "Ça fait deux mois que je n'ai pas payé mon loyer", ajoute-t-il, cumulant 1200 euros de dette supplémentaire.
Un sentiment d'incompréhension et de confusion
Au-delà des conséquences financières, les étudiants décrivent une confusion. "On m'a dit que ceux qui travaillent allaient conserver les APL, mais je ne sais pas vraiment comment ça va se passer", explique Franck. Les critères d'exonération des frais d'inscription diffèrent selon les situations. Certaines universités les maintiennent, d'autres non, et les modalités évoluent d'un établissement à l'autre.
"On est face à un flou total : même les universités ne savent pas comment cette rentrée va se passer.", affirme encore Manon Moret de l'UNEF. Le syndicat reçoit quotidiennement des appels d'étudiants qui ne savent pas s'ils pourront poursuivre leurs études, faute de pouvoir financer leurs logements ou leurs frais d'inscription. "Ça devient quasiment invivable. Si ce n'est pas la famille qui aide, je ne vois pas comment on peut survivre", souffle Richemond. Il décrit également un sentiment de mal-être, d'impuissance et d'exclusion, avec les difficultés administratives, les renouvellements des titres de séjour, la charge mentale d'être loin de sa famille.