Société

Mariages en Algérie : le business juteux des voitures nuptiales de luxe

Par Kenza Adil6 min de lecture
Mariages en Algérie : le business juteux des voitures nuptiales de luxe
Résumé IA

La location de voitures de luxe pour les cortèges nuptiaux est devenue une tendance lucrative en Algérie, avec des tarifs atteignant 350 000 DA pour quelques heures.

Cette pratique ostentatoire reflète une mutation sociale où les jeunes couples cherchent à impressionner en dépit des conséquences financières durables.

Mustapha Zebdi, président de l'APOCE, dénonce ce phénomène comme étrangère aux traditions algériennes et source d'endettement pour les couples.

Le coût global des mariages s'est envolé avec ces excès, contribuant au recul de l'âge du mariage en Algérie, où les futurs époux doivent économiser plusieurs années.

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TSA Algérie

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Limousine, Range Rover, Porsche, Mercedes…. Une nouvelle tendance s’installe dans la société algérienne : louer une voiture de luxe pour accompagner le cortège nuptial des jeunes mariés.

Il faut en mettre plein la vue au voisinage, les impressionner, susciter l’admiration chez eux, quitte à casser sa tirelire et à commencer sa vie conjugale avec une montagne de dettes.

Les loueurs de ces voitures haut de gamme sont aux anges ! Ils se frottent les mains, heureux de ce business lucratif.

Une petite fortune pour louer une voiture de luxe pour quatre ou cinq heures, ils sont sûrs de s’en mettre plein les poches et de s’assurer une retraite dorée.

Ce nouveau phénomène est décrypté pour TSA par Mustapha Zebdi, président de l’Association algérienne de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement (APOCE).

Mariages en Algérie : des voitures de luxe louées au prix d’or pour les cortèges  

Finie l’époque où un véhicule ordinaire, au capot agrémenté d’une gerbe de roses et aux portières ornées de rubans, après un bref toilettage chez le fleuriste, emportait la mariée vers la demeure de son futur époux. Le cortège, composé de cinq ou six voitures, marquait son passage par quelques coups de klaxons et de percussions de ‘derbouka’. Rien d’ostentatoire, mais un charme discret qui faisait sourire les citoyens au passage du mini cortège.

Aujourd’hui, ces traditions ont été reléguées au placard. Autre temps, autres mœurs. Dans les grandes villes algériennes, la mode du m’as-tu vu et du bling- bling dans les mariages a pris le dessus sur la simplicité. Une forme de surenchère sociale qui témoigne des profondes mutations de notre société.

Des cortèges interminables accompagnent la limousine nuptiale. On fanfaronne, on bloque la circulation, on allume des feux d’artifice, et on fait des vidéos qu’on poste en live, sur Tik Tok, Instagram ou Facebook. Il faut faire un grand tapage, en mettre plein la vue, susciter l’envie, même s’il faut commencer sa vie conjugale avec des dettes.

Rivalités sociales

Ces excès laissent pantois, les citoyens lambda. Un sentiment que partage Mustapha Zebdi.

« Même certaines familles appartenant à la classe moyenne s’y mettent. Gaspillage, recherche de prestige, luxe ostentatoire et surtout rivalités sociales sont devenues monnaie courante dans les mariages algériens. Certains pensent que le fait de louer une voiture de luxe, dont le prix de location peut atteindre les 350.000 DA pour à peine quelques heures, est une manière d’honorer l’épouse et sa famille. Ce genre de coutumes est complètement étranger à nos traditions. Même dans les pays européens et les sociétés les plus développées, ces pratiques sont exceptionnelles », assène-t-il.

Une société en pleine mutation

À la recherche d’originalité, certains jeunes mariés jettent leur dévolu sur le cortège nuptial en motos. Des dizaines de Deux- roues entourent la voiture nuptiale, semant vacarme et désordre sur les routes.

« Aujourd’hui, on assiste à une profonde mutation de notre société. La mode des cortèges nuptiaux avec des voitures de luxe, des motos de grosses cylindrées et même des véhicules vintage (anciens) est devenue la norme. Une sorte de mode ostentatoire qui commande une surenchère », déplore Mustapha Zebdi.

Il faut imiter la voisine, la cousine, la collègue pour ne pas perdre la face. Surfer sur la tendance, avoir son quart d’heure de gloire quitte à casser sa tirelire, vider son bas de laine, emprunter de l’argent puis serrer la ceinture jusqu’à l’étouffement pour rembourser ses dettes.  Une situation ubuesque selon le président de l’Apoce.

« Ces pratiques poussent souvent de jeunes couples à s’endetter et à passer de longues années à éponger leurs dettes. À la note de frais du cortège nuptial à bord d’une voiture de luxe s’ajoutent d’autres dépenses onéreuses : location de la salle des fêtes, gâteaux, orchestre, repas… De nos jours, le mariage coûte les yeux de la tête. D’ailleurs, l’âge du mariage a fortement reculé en Algérie. Il faut souvent travailler et économiser durant plusieurs années afin de financer une cérémonie de mariage », constate-t-il.

Et lorsque les lampions de la fête s’éteignent, la réalité s’impose avec sa cruelle vérité : des factures à régler et le quotidien à gérer. « Commencer par un cortège bling- bling n’est pas gage d’une vie conjugale heureuse », prévient Mustapha Zebdi

La quête du paraître s’exprime de plus en plus à travers l’exhibition de voitures de prestige dans les cortèges nuptiaux. Le m’as-tu vu prend le dessus sur le sens de l’événement. Un spectacle bruyant au prix d’or, révélateur d’une nouvelle tendance dans la société algérienne.

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