Attaques contre l’Algérie en France : deux ministres ne cèdent pas

En France, malgré des attaques contre l’Algérie qui s’intensifient, deux ministres du gouvernement Lecornu II tiennent bon: Jean-Noël Barrot a défendu l’accord franco‑algérien de 1968 face à un rapport macroniste qui estimait son coût à environ 2 milliards d’euros par an, chiffre qu’il juge approximatif et non fiable. Il a rappelé que l’accord comporte des avantages pour les Algériens mais aussi des parts moins favorables, et que son abrogation ne garantirait pas une baisse de l’immigration; un réexamen est envisagé pour l’adapter au contexte actuel, conformément à l’accord de 2022 entre Macron et Tebboune. Du côté de l’Intérieur, Laurent Nuñez affirme qu’un “bougé” dans la relation avec l’Algérie est nécessaire mais que la remise en cause de l’accord n’est pas à l’ordre du jour, une position qui déclenche des critiques de l’extrême droite, dépeignant une capitulation envers Alger.
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Les attaques contre l’Algérie reprennent et gagnent en intensité en France, mais deux membres importants du gouvernement Lecornu II tiennent bon.
Nouveau signe d’apaisement envoyé de Paris à Alger. Le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a pris la défense de l’accord franco-algérien de 1968, fustigé par un rapport parlementaire rendu public le 15 octobre.
Établi par deux députés macronistes, Charles Rodwell et Mathieu Lefèvre, désormais ministre délégué à la Transition écologique, le rapport avait notamment conclu que ledit accord coûtait à l’État français 2 milliards d’euros par an.
Auditionné mardi 21 octobre par la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale sur la situation internationale et le projet de budget 2026, Jean-Noël Barrot a souligné que le chiffre de 2 milliards d’euros est approximatif, de l’aveu même des auteurs du rapport.
Barrot démolit le rapport des macronistes sur l’accord de 1968
Ces derniers ont en effet fait état d’un « coût budgétaire impossible à fiabiliser rigoureusement en l’état des données transmises, mais qui peut être estimé à 2 milliards d’euros par an ».
« Les rapporteurs et l’administrateur, qui a travaillé avec eux, admettent eux-mêmes que le coût est impossible à fiabiliser », fait remarquer le ministre français des Affaires étrangères.
Barrot a aussi rebondi sur les supposés avantages accordés aux ressortissants algériens en vertu des dispositions de l’accord de 1968 par rapport à celles du droit commun.
Le chef de la diplomatie française a reconnu que certains éléments sont effectivement « avantageux » pour les ressortissants algériens, mais d’autres « le sont moins ». L’abrogation de l’accord ne réduira pas nécessairement l’immigration algérienne en France, a défendu Barrot.
« S’il (l’accord) n’était pas là, s’il était remplacé par un autre accord, vous n’auriez sans doute pas de baisse du nombre de ressortissants algériens en France, vous auriez une modification du profil », a-t-il indiqué, expliquant qu’il y aura « sans doute un peu moins d’immigration familiale et un peu plus d’immigration économique et étudiante parce que, par rapport au droit commun, certaines dispositions de l’accord de 1968 sur l’immigration économique et étudiante sont moins favorables (pour les Algériens). »
France : l’extrême-droite attaque Laurent Nuñez sur l’Algérie
C’est la raison pour laquelle, a ajouté le chef de la diplomatie française, le président Macron et son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune ont convenu en 2022 d’engager « un travail conduisant à la révision de l’accord de 1968 pour l’adapter aux réalités du temps ».
« Un certain nombre de forces politiques ont demandé depuis un certain temps que l’accord soit revu ou abrogé, mais les Algériens peuvent être en droit, eux aussi, de demander que soient examinées des évolutions possibles », a conclu Jean-Noël Barrot.
Celui-ci est le deuxième poids lourd du gouvernement français à évoquer l’accord de 1968 depuis la publication du rapport parlementaire la semaine passée. Dimanche, le nouveau ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’est nettement démarqué de son prédécesseur Bruno Retailleau, grand pourfendeur de l’accord de 1968.
Ce qui compte pour l’extrême-droite
« Il y a cet accord, il fonctionne, il n’est pas complètement parfait, je vous le concède, mais pour l’instant, (la remise en cause de l’accord, ndlr) ce n’est pas à l’ordre du jour », a déclaré Nuñez.
Le ministre de l’Intérieur a répété ce mercredi sur Europe 1 qu’il faut qu’il y ait un « bougé » dans la relation avec l’Algérie. « Nous n’avons plus de relations sécuritaires, et c’est un problème », a-t-il réitéré. « J’en reste là », a répondu Nuñez à une question sur les « leviers de pression en amont », sur l’Algérie.
Immédiatement après, le ministre a essuyé la première salve de critiques émanant des va-t-en-guerre de l’extrême-droite. Le chef du Rassemblement national, Jordan Bardella, a accusé Laurent Nuñez de « capituler » devant l’Algérie, en s’interrogeant : « Quelle différence si un socialiste avait été nommé place Beauvau ? ».
« Le ministre de l’Intérieur refuse le lien entre immigration et délinquance. Refuse de parler d’assimilation. Refuse de parler de submersion migratoire. La soumission au socialisme est totale », a écrit pour sa part Éric Ciotti sur X.
Pour l’extrême-droite, ce qui compte, ce ne sont pas les résultats dans le domaine de la lutte contre l’immigration clandestine, mais le maintien d’une posture hostile et provocatrice à l’égard de l’Algérie.