Canada : les étudiants algériens victimes d'un système à deux vitesses

Le Canada durcit sa politique d'immigration étudiante depuis 2024, créant selon des chercheuses de McGill un système discriminatoire qui désavantage certains pays comme l'Inde, le Nigeria et la Guinée.
Les nouvelles restrictions, incluant un plafond national d'inscriptions, manquent de cohérence et répondent davantage à des enjeux politiques qu'à une véritable stratégie, dénoncent les universitaires Yvonne Zhang et Emma Harden-Wolfson.
Pour les étudiants algériens, la concurrence s'intensifie avec le renforcement des contrôles et des exigences financières, bien que le Canada reste une destination prisée pour l'ingénierie, l'informatique et les sciences.
Le gouvernement canadien justifie ces mesures par la crise du logement, mais elles ont provoqué une baisse de 60 % des inscriptions internationales, inquiétant les universités dépendantes de ces revenus.
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Alors que le Canada continue de promouvoir son image de destination privilégiée pour les études supérieures, sa politique migratoire fait l'objet de critiques croissantes. Deux chercheuses de l'Université McGill estiment que les nouvelles règles imposées aux étudiants étrangers créent des inégalités selon la nationalité et affaiblissent l'attractivité du pays.
Longtemps considéré comme l'un des pays les plus accueillants pour les étudiants internationaux, le Canada traverse une période de profondes remises en question. Depuis 2024, Ottawa a engagé un durcissement inédit de sa politique d'immigration étudiante afin de limiter la pression sur le logement, les infrastructures et les services publics.
Mais cette stratégie est aujourd'hui vivement contestée dans le monde universitaire. Dans une analyse publiée par The Conversation, Yvonne Zhang et Emma Harden-Wolfson, chercheuses à la faculté d'éducation de l'Université McGill à Montréal, dénoncent une politique qu'elles jugent incohérente et discriminatoire.
Le Canada a profondément changé sa politique envers les étudiants étrangers
Les deux universitaires rappellent qu'un tournant majeur est intervenu en janvier 2024, lorsque le gouvernement fédéral a instauré un plafond national sur les inscriptions d'étudiants internationaux, une première dans l'histoire récente du pays.
Cette décision s'inscrit dans une série de réformes mises en œuvre par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) depuis 2022. Les chercheuses ont étudié l'ensemble des annonces officielles publiées entre janvier 2022 et juillet 2025.
Leur constat est sans appel : les différentes mesures adoptées manquent de cohérence et répondent davantage à des considérations politiques qu'à une véritable stratégie de gestion des étudiants internationaux. De son coté, le gouvernement canadien justifie ces restrictions par la nécessité de mieux contrôler la croissance rapide du nombre d'étudiants étrangers, accusés d'accentuer la crise du logement dans plusieurs grandes villes comme Toronto, Vancouver ou Montréal.
Certains pays davantage visés par les nouvelles restrictions
L'analyse souligne que plusieurs pays fortement représentés parmi les étudiants internationaux pourraient être davantage visés par les nouvelles restrictions. C'est notamment le cas de l'Inde, premier pays d'origine des étudiants étrangers au Canada, mais aussi du Nigeria et de la République de Guinée.
Depuis plusieurs années, les établissements canadiens accueillent des centaines de milliers d'étudiants internationaux, dont les frais de scolarité représentent une source majeure de revenus pour les universités et collèges. Le durcissement des règles pourrait modifier durablement cette dynamique et pousser une partie des candidats vers d'autres destinations comme l'Australie, le Royaume-Uni ou certains pays européens.
Pour les étudiants algériens, ces évolutions ne sont pas sans conséquence. Le Canada reste l'une des destinations les plus prisées pour poursuivre des études supérieures, notamment grâce à la réputation de ses universités, à la qualité de son enseignement et aux possibilités offertes après l'obtention du diplôme.
Avec le plafonnement des permis d'études et le renforcement des contrôles, les candidats algériens sont désormais confrontés à une concurrence plus importante. Les délais de traitement des demandes, les exigences financières et les critères d'admission sont devenus des éléments déterminants dans l'obtention d'un permis d'études.
Les universités canadiennes continuent d'accueillir des étudiants algériens dans des domaines variés tels que l'ingénierie, l'informatique, les sciences de la santé, le management ou encore l'intelligence artificielle. Toutefois, dans un contexte de réduction du nombre d'étudiants internationaux, les futurs candidats ont intérêt à préparer leur dossier le plus tôt possible, en veillant à répondre aux exigences des établissements et des autorités canadiennes.
Une politique jugée contradictoire
Au-delà de la question des quotas, les deux chercheuses dénoncent une contradiction plus profonde. Pendant des années, le Canada a encouragé les étudiants étrangers à venir contribuer à son économie, à son marché du travail et à son développement démographique.
Aujourd'hui, ces mêmes étudiants sont régulièrement présentés comme un facteur aggravant de la pénurie de logements ou de la saturation de certains services publics. Selon Yvonne Zhang et Emma Harden-Wolfson, cette évolution du discours officiel entretient une perception négative des étudiants internationaux.
Elles estiment que " la manière dont l'IRCC associe la géopolitique et les enjeux nationaux au recrutement étudiant légitime un contrôle de l'immigration discriminatoire fondé sur la race, l'origine ethnique et la nationalité des étudiants."
Une baisse spectaculaire des inscriptions internationales
Les critiques formulées par les universitaires trouvent un écho dans un rapport officiel publié en 2026. Le vérificateur général du Canada, équivalent de la Cour des comptes, estime que les différentes réformes engagées par le gouvernement n'ont pas atteint leurs objectifs.
Selon ce rapport, les nouvelles politiques ont contribué à une baisse de près de 60 % des inscriptions d'étudiants internationaux. Cette diminution inquiète de nombreuses universités canadiennes, dont une partie importante des budgets repose sur les droits de scolarité payés par les étudiants étrangers.