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Contribution du secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique au renforcement de la souveraineté alimentaire : De nouvelles variétés de céréales et de légumineuses créées

Par R. C.16 min de lecture
Contribution du secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique au renforcement de la souveraineté alimentaire : De nouvelles variétés de céréales et de légumineuses créées
Résumé IA

Le secteur de l'enseignement supérieur algérien crée six nouvelles variétés de céréales pour renforcer la souveraineté alimentaire face aux défis climatiques et géopolitiques.

L'École Nationale Supérieure Agronomique a développé trois variétés de blé dur et trois d'orge, inscrites au catalogue officiel en janvier 2026 après un processus rigoureux d'homologation.

Ces variétés se distinguent par leur tolérance à la sécheresse et leur résistance aux maladies, répondant aux nouveaux défis de l'agriculture algérienne.

Les variétés d'orge affichent des rendements supérieurs de 142 à 173 % comparés aux variétés de référence, avec une forte résistance à l'helminthosporiose.

VariétéTypeGrains/épiPoids 1 000 grains (g)Longueur épi (cm)
HabibaOrge42,3150,789,1–9,4
ThiziriOrge44,8337,409,1–9,4
TafatOrge44,4146,999,1–9,4
ItijBlé dur44,2548,597–8
GourayaBlé dur39447–8
IthriBlé dur39447–8
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Par T. Hartani (*)

Le programme du Président de la République fait de l’université un levier stratégique de la transformation de l’économie algérienne. Cette vision ambitieuse vise à faire évoluer l’université d’un simple espace de formation vers un acteur majeur de l’innovation, du développement économique et de la création de richesse, dans le cadre de la transition vers une économie fondée sur la connaissance et le savoir.

Dans cette dynamique, la préservation et la valorisation des ressources génétiques s’imposent aujourd’hui comme des priorités nationales. Elles constituent un enjeu stratégique pour renforcer la souveraineté alimentaire, accroître la résilience des systèmes agricoles et consolider la sécurité nationale face aux effets du changement climatique et aux tensions géopolitiques qui pèsent sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Confrontée à l’irrégularité des précipitations, à la perturbation des cycles culturaux, à la dégradation des écosystèmes et à l’érosion continue de la biodiversité agricole, la communauté scientifique est appelée à développer des solutions innovantes, fondées sur la recherche, afin d’accompagner la modernisation de l’agriculture et de répondre durablement aux défis environnementaux, alimentaires et économiques auxquels le pays est confronté.

Le positionnement de l’École Nationale Supérieure Agronomique comme acteur de la sécurité alimentaire

Dans le cadre de la stratégie nationale visant à renforcer la souveraineté alimentaire et à atteindre l’autosuffisance en céréales, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a installé, en 2023, un groupe de réflexion et de travail composé d’enseignants-chercheurs reconnus pour leur expertise dans le domaine des sciences agronomiques.

Ce groupe a été chargé d’élaborer une vision scientifique et prospective destinée à jeter les bases d’un plan stratégique pour le développement durable de la filière céréalière en Algérie. Mobilisant les compétences nationales autour d’une problématique d’intérêt majeur, cette initiative illustre la volonté des pouvoirs publics de placer la recherche scientifique au service des priorités nationales.

Les travaux de ce groupe ont abouti à l’élaboration d’un rapport stratégique, présenté en septembre 2023 au siège de l’École Nationale Supérieure Agronomique (ENSA) d’El Harrach, à Alger, lors d’une rencontre organisée en présence des médias. Cette présentation a marqué une étape importante dans la contribution de l’ENSA à la réflexion nationale sur les leviers scientifiques et techniques susceptibles d’accompagner la transformation de l’agriculture algérienne et de consolider la sécurité alimentaire du pays.

1. L’orge et le blé : des variétés stratégiques au service de la souveraineté alimentaire

Depuis les années 1990, l’Algérie assure la production et la multiplication de semences de blé grâce aux efforts de l’Institut Technique des Grandes Cultures (ITGC). Si le pays dispose aujourd’hui d’un portefeuille variétal relativement diversifié, les agriculteurs continuent de recourir à un nombre limité de variétés. Cette situation met en évidence la nécessité de développer des cultivars mieux adaptés à la diversité des conditions pédoclimatiques nationales, en particulier dans un contexte marqué par le changement climatique, la raréfaction des ressources en eau et la recrudescence des maladies affectant les céréales.

C’est dans cette perspective que la professeure Leïla Hanifi Mekliche, de l’École Nationale Supérieure Agronomique, a conduit un ambitieux programme de création variétale ayant abouti à la mise au point de trois nouvelles variétés de blé dur et de trois nouvelles variétés d’orge. Fruit de plusieurs années de recherche, ces variétés se distinguent par leur meilleure tolérance à la sécheresse ainsi que par leur résistance aux principales maladies des céréales, répondant ainsi aux nouveaux défis de la production agricole en Algérie.

Dès le début de l’année 2020, les semences de ces nouvelles obtentions ont été déposées auprès de la Commission nationale d’homologation, relevant du Centre National de Contrôle et de Certification des Semences et Plants (CNCC). Elles ont ensuite été soumises à un processus rigoureux d’évaluation, comprenant des essais multilocaux réalisés pendant deux campagnes agricoles consécutives, conformément aux procédures nationales d’homologation.

À l’issue de ce processus scientifique et réglementaire, les procédures de certification engagées entre 2022 et 2025 ont abouti à la publication de l’arrêté ministériel du 25 janvier 2026, autorisant leur inscription au Catalogue officiel des variétés. Cette reconnaissance ouvre désormais la voie à la multiplication à grande échelle, à la diffusion et à la commercialisation de ces nouvelles semences au profit des agriculteurs.

L’inscription officielle de six nouvelles variétés nationales de céréales, dont trois de blé dur et trois d’orge, constitue une avancée majeure pour la recherche agronomique algérienne. Elle illustre la capacité de l’École Nationale Supérieure Agronomique à produire une innovation scientifique à fort impact économique et confirme son rôle d’acteur stratégique dans la consolidation de la souveraineté alimentaire et le développement d’une agriculture plus résiliente face aux changements climatiques.

Les trois nouvelles variétés d’orge ont été obtenues grâce à un programme de création variétale reposant sur l’hybridation, suivi de la conversion de la monoploïdie à la diploïdie dès la première génération (F1) selon la méthode Bulbosum, puis de la sélection des lignées les plus performantes. Cette approche biotechnologique a permis de développer des génotypes combinant un fort potentiel de rendement, une bonne stabilité agronomique et une meilleure adaptation aux conditions de production en Algérie.

Les performances agronomiques enregistrées sont particulièrement prometteuses. La variété Habiba produit en moyenne 42,31 grains par épi avec un poids de 1 000 grains de 50,78 g. La variété Thiziri atteint 44,83 grains par épi pour un poids de 1 000 grains de 37,40 g, tandis que la variété Tafat présente 44,41 grains par épi avec un poids de 1 000 grains de 46,99 g. La longueur des épis, comprise entre 9,1 et 9,4 cm, témoigne également de leurs bonnes performances morphologiques.

Au-delà de leur potentiel de production, ces nouvelles variétés se distinguent par leur forte résistance à l’helminthosporiose, l’une des principales maladies affectant les cultures d’orge. Les essais officiels ont par ailleurs mis en évidence un gain de rendement significatif par rapport à la variété de référence Rihan, avec des performances comprises entre 142 et 173 % dans les essais de rendement (R) et entre 145 et 163 % dans les essais de stabilité (EST).

En parallèle, le programme de création variétale a abouti au développement de trois nouvelles variétés de blé dur, sélectionnées pour leur potentiel de rendement et leur adaptation aux conditions agroclimatiques nationales. Les évaluations réalisées dans le cadre des essais officiels mettent en évidence des performances agronomiques particulièrement encourageantes.

La variété Itij se distingue par une moyenne de 44,25 grains par épiet un poids de 1 000 grains de 48,59 g, traduisant un excellent potentiel de production. La variété Gouraya présente 39 grains par épi pour un poids de 1 000 grains de 44 g, tandis que la variété Ithri affiche également 39 grains par épi avec un poids de 1 000 grains de 44 g. La longueur des épis de ces nouvelles variétés est comprise entre 7 et 8 cm, témoignant de caractéristiques morphologiques conformes aux objectifs de sélection.

Ces résultats sont l’aboutissement de plusieurs années de recherche menées par l’équipe de la professeure Leïla Mekliche, au sein de l’École Nationale Supérieure Agronomique. Les performances agronomiques présentées reposent sur des évaluations réalisées pendant cinq années consécutives, garantissant la fiabilité scientifique et la stabilité des caractères sélectionnés.

2- Légumineuses fourragères et alimentaires : une nécessité pour atteindre la souveraineté alimentaire

Dans la continuité de cette dynamique, la professeure Laouar Mériem, spécialiste en génétique et amélioration des plantes fourragères, poursuit depuis 2021 un programme de recherche consacré à la création de nouvelles variétés de légumineuses fourragères adaptées aux conditions agroclimatiques de l’Algérie. Ses travaux portent notamment sur la luzerne, le trèfle et la vesce, des espèces stratégiques qui présentent un double intérêt : elles constituent une source essentielle de protéines pour l’alimentation animale tout en contribuant naturellement à la fertilité des sols grâce à leur capacité à fixer l’azote atmosphérique. Elles participent ainsi à l’amélioration de la productivité des systèmes d’élevage tout en réduisant le recours aux engrais azotés.

Entre 2022 et 2025, la professeure Tellah Siham a conduit un programme de recherche consacré à la valorisation des ressources génétiques locales des légumineuses alimentaires, notamment le pois chiche, la lentille, la fève, le niébé et l’arachide. Ces espèces revêtent un enjeu stratégique pour la sécurité alimentaire nationale, alors que leur production demeure insuffisante pour répondre à la demande et que l’Algérie reste fortement dépendante des importations. Les travaux de recherche ont permis d’identifier et de caractériser plusieurs accessions présentant une tolérance au stress hydrique ainsi qu’à la salinité.

L’ensemble de ces recherches poursuit un objectif commun : développer des variétés plus résilientes face au stress hydrique et aux conditions climatiques arides, tout en préservant et en valorisant le patrimoine génétique local. Elles illustrent bien la contribution de la recherche agronomique à la diversification des productions agricoles, à l’amélioration de l’autonomie protéique du pays et à la transition vers des systèmes de production plus durables. Toutefois, contrairement aux céréales, les légumineuses et les cultures maraîchères ne disposent pas encore d’un cadre juridique spécifique permettant l’homologation, la certification et la protection des nouvelles obtentions végétales. Cette absence constitue aujourd’hui un frein à la valorisation des innovations issues de la recherche et à leur diffusion auprès des producteurs.

Dans cette perspective, l’adaptation et la modernisation du cadre réglementaire apparaissent comme une priorité stratégique. Elles permettront non seulement de protéger les droits des obtenteurs, mais également d’encourager l’innovation variétale, d’accélérer le transfert des résultats de la recherche vers le secteur agricole et de renforcer la contribution de l’université au développement économique et à la souveraineté alimentaire du pays.

  1. Vers la création et la multiplication des autres semences 

Afin d’accompagner cette dynamique d’innovation variétale, l’École Nationale Supérieure Agronomique conduit, en collaboration avec les structures compétentes du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, une réflexion stratégique sur l’évolution du cadre réglementaire régissant les semences et les plants. L’objectif est de mettre en place un environnement juridique moderne, transparent et incitatif, capable de soutenir le développement de la production nationale de semences et d’accompagner l’émergence de nouvelles variétés algériennes répondant aux besoins de l’agriculture nationale.

La démarche proposée s’articule autour de deux étapes complémentaires. La première consiste à rendre pleinement opérationnelles les dispositions de la loi n° 05-03 du 6 février 2005 relative aux semences, aux plants et à la protection de l’obtention végétale, en levant les contraintes administratives et organisationnelles qui limitent aujourd’hui son application. La seconde vise à engager une réflexion de fond sur l’adaptation de ce cadre législatif afin de l’aligner sur les standards internationaux et de le rendre plus attractif pour les chercheurs, les sélectionneurs et les obtenteurs de nouvelles variétés.

Dans cette perspective, un ouvrage de référence a récemment été publié afin de clarifier les différentes étapes administratives, techniques et juridiques nécessaires à la mise en œuvre d’un système national performant d’homologation, de certification et de protection des obtentions végétales. Cette contribution constitue un outil d’aide à la décision destiné à faciliter l’évolution du dispositif réglementaire et à renforcer la valorisation des résultats de la recherche scientifique.

La réflexion engagée accorde également une place importante à la reconnaissance et à la valorisation des variétés paysannes, véritables composantes du patrimoine agricole national. L’enjeu est de définir des mécanismes réglementaires permettant d’assurer leur préservation, leur utilisation durable et leur intégration progressive au sein du système semencier national, tout en respectant les spécificités agronomiques, environnementales, culturelles et socio-économiques de l’Algérie.

À travers cette initiative, l’École Nationale Supérieure Agronomique confirme son rôle d’établissement de référence, non seulement dans la production de connaissances et d’innovations scientifiques, mais également dans l’élaboration de propositions concrètes destinées à accompagner les politiques publiques en faveur de la souveraineté alimentaire, de la modernisation de l’agriculture et du développement d’une économie fondée sur la connaissance.

En conclusion, les résultats obtenus par les chercheurs de l’École Nationale Supérieure Agronomique dans le domaine de l’amélioration génétique des plantes illustrent la capacité de la recherche universitaire à produire des innovations concrètes au service du développement national. La création de nouvelles variétés végétales, leur homologation et leur transfert progressif vers le secteur agricole témoignent de la transformation des résultats de la recherche en produits à forte valeur ajoutée, créateurs de richesse et de compétitivité pour l’économie nationale.

Au-delà de leur impact scientifique, ces réalisations contribuent directement au renforcement de la souveraineté alimentaire, à l’amélioration de la résilience des systèmes agricoles et à la préservation du patrimoine génétique national. Elles favorisent également l’émergence d’une nouvelle génération de chercheurs et d’obtenteurs spécialisés dans la création variétale, un domaine stratégique pour l’avenir de l’agriculture algérienne. À travers ces avancées, l’École Nationale Supérieure Agronomique confirme son positionnement en tant qu’établissement d’excellence, pleinement engagé dans la mise en œuvre de la vision nationale faisant de l’université un moteur de l’innovation, de la création de richesse et du développement économique. En rapprochant la recherche scientifique des besoins du terrain, elle affirme son rôle d’acteur majeur de la sécurité alimentaire et de partenaire stratégique des politiques publiques au service d’une agriculture moderne, durable et souveraine.

(*) Hartani Tarik

Membre du conseil national de la sécurité alimentaire

Coordinateur du comité de réflexion pour le développement des céréales

Directeur de l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique

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