Khaldoun Bachari. Directeur du Centre de recherche scientifique et technique en analyses physico-chimiques (CRAPC) : «Les producteurs de la connaissance doivent devenir les premiers bénéficiaires de sa valorisation»

Le Centre de recherche scientifique et technique en analyses physico-chimiques (CRAPC) a lancé sa filiale CRAPC Expertise en Bourse, réservant exclusivement la souscription à la communauté scientifique et universitaire algérienne.
L'opération a été largement sursouscrite, dégageant un excédent de 2,8 millions de dinars, traduisant la confiance des chercheurs dans ce modèle inédit d'économie circulaire de la recherche.
CRAPC Expertise prévoit de créer une unité locale de production de réactifs chimiques et de solvants spécialisés dans un horizon de 3 à 6 ans, réduisant ainsi les importations coûteuses en devises.
La filiale structurera également un pôle de maintenance nationale pour les équipements scientifiques, visant à devenir le premier opérateur national de maintenance rapide et à éviter le recours systématique aux constructeurs étrangers.
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Avec une introduction en Bourse entièrement réservée aux chercheurs, enseignants et acteurs de l’écosystème scientifique, CRAPC Expertise inaugure un modèle inédit en Algérie. Il s’agit d’une entreprise dont le principal actif est la connaissance. L’opération, largement sursouscrite, traduit la confiance de la communauté scientifique dans une nouvelle approche de la valorisation de la recherche. Dans cet entretien, Khaldoun Bachari, le directeur du CRAPC, explique les fondements de cette stratégie, détaille les ambitions industrielles de la filiale, de la production locale de réactifs chimiques à la maintenance des équipements scientifiques et affirme une ligne claire visant à préserver un actionnariat exclusivement académique afin de garantir l’indépendance de la recherche et faire de l’innovation un véritable moteur de création de richesse et de souveraineté scientifique.
Propos recueillis par M-F.Gaidi
Pourquoi avoir choisi de réserver exclusivement la souscription à l’écosystème universitaire et scientifique plutôt que d’ouvrir le capital au grand public ? S’agit-il de créer une forme «d’économie circulaire» de la recherche ?
C’est exactement cela. Ce choix est éminemment stratégique et s’inscrit dans le concept de l’University Empowerment (autonomisation des universités) prôné par notre ministère de tutelle. En réservant cette première phase à la communauté scientifique, nous créons un cercle vertueux où les producteurs de la connaissance deviennent les premiers bénéficiaires économiques de sa valorisation.
C’est une forme d’économie circulaire de la science : les fonds levés auprès de nos pairs financent des innovations industrielles, dont les dividendes reviendront enrichir l’écosystème de la recherche nationale. C’est aussi une manière de garantir que la gouvernance de la filiale reste alignée sur les exigences de l’excellence scientifique.
L’opération a été sursouscrite, dégageant un excédent de plus de 2,8 millions de dinars. Comment interprétez-vous ce signal de confiance massif de la part de vos pairs du secteur de la recherche ?
Cette sursouscription est un signal fort et historique. Elle prouve que la communauté universitaire algérienne croit fermement au potentiel économique de la science et de l’innovation locale. Pendant longtemps, la recherche scientifique été perçue comme un centre de coûts dépendant uniquement des subventions étatiques. Ce signal de confiance massif démontre que nos pairs valident notre transition vers un modèle de centre de recherche créateur de richesse et générateur d’emplois durables. C’est une immense fierté et une grande responsabilité qui nous obligent envers nos actionnaires.
Vous visez à moyen terme la création d’une unité locale de production de produits chimiques pour réduire les importations. Quel est le calendrier de ce projet et quels produits ciblez-vous en priorité ?
La réduction de la facture d’importation est une priorité nationale inscrite dans les orientations du président de la République. CRAPC Expertise dispose déjà d’un savoir-faire pointu dans la commercialisation et la maîtrise des formulations.
- Le calendrier : Nous prévoyons le déploiement de cette unité locale de production à moyen terme, sur un horizon de 3 à 6 ans.
- Les produits cibles : Nous ciblons en priorité les réactifs chimiques de haute pureté pour les laboratoires et les solvants spécialisés, qui sont actuellement importés à 100% à des coûts très élevés en devises.
La maintenance des équipements de laboratoire reste un point noir en Algérie. Votre introduction en Bourse va-t-elle vous donner l’agilité nécessaire pour structurer un pôle de maintenance rapide à l’échelle nationale ?
Absolument, c’est l’un de nos principaux chevaux de bataille. La rigidité des procédures administratives classiques bloquait souvent la réactivité nécessaire pour réparer un équipement de haute technologie. Le statut de société cotée en Bourse confère à CRAPC Expertise l’agilité managériale et financière du secteur privé.
Grâce aux fonds levés, nous structurons notre Pôle Technologies dédié à l’installation, au calibrage et à la réparation rapide d’appareils scientifiques à l’échelle nationale. Notre objectif est de devenir le premier opérateur national de maintenance rapide, évitant ainsi le recours systématique et coûteux à des constructeurs étrangers.
CRAPC Expertise est la 9e entité cotée à Alger, aux côtés de géants bancaires ou de startups. Comment votre filiale compte-t-elle faire valoir sa spécificité de «l’économie de la connaissance» dans ce paysage boursier ?
Notre spécificité réside dans notre actif immatériel. Contrairement aux banques qui valorisent des flux financiers, ou aux industries classiques qui valorisent des infrastructures physiques, CRAPC Expertise valorise la matière grise, le brevet et l’analyse de haute précision. Nous apportons à la Bourse d’Alger une classe d’actifs totalement nouvelle : l’innovation scientifique prête à être industrialisée. Notre rentabilité ne repose pas sur de gros volumes de marchandises basiques, mais sur la forte valeur ajoutée de nos expertises physico-chimiques et de nos solutions sur-mesure pour les industriels. C’est l’essence même de l’économie de la connaissance.
Comment s’organise la relation financière entre le Centre public (CRAPC) et sa filiale cotée (CRAPC Expertise), et comment valorisez-vous le temps des chercheurs et les brevets au bénéfice de la SPA?
La relation est régie par une convention-cadre stricte et transparente, conforme à la législation économique sur les filiales commerciales des établissements publics. Le centre de recherche CRAPC (EPST) apporte son infrastructure, ses laboratoires d’excellence et ses brevets. En contrepartie, la filiale CRAPC Expertise (SPA) commercialise ces services et reverse une part des bénéfices sous forme de dividendes au centre public, ce qui permet de réinvestir dans la recherche fondamentale.
Pour le temps des chercheurs, nous appliquons un système de consulting et d’intéressement légal. Lorsqu’un chercheur du centre apporte son expertise à un projet de la SPA, son temps de travail est valorisé, facturé à la filiale, et une quote-part lui est directement reversée. Cela stimule l’implication des compétences nationales.
Cette introduction réservée à l’écosystème scientifique est-elle une phase pilote avant une ouverture future au grand public et aux industriels privés, ou le capital restera-t-il exclusivement académique ?
Le capital de CRAPC Expertise a vocation à rester exclusivement ancré au sein de l’écosystème académique et scientifique national. Il ne s’agit pas d’une phase pilote en vue d’une privatisation ou d’une ouverture au grand public.
Notre stratégie est de sanctuariser cet outil économique entre les mains de la communauté scientifique qui le fait vivre. Conserver un actionnariat 100% académique nous garantit une totale indépendance dans nos choix de recherche et développement, et assure que la gouvernance de la SPA reste prioritairement alignée sur les objectifs de souveraineté scientifique et d’innovation de notre pays.
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