Économie

Loi européenne sur le méthane : «La réglementation pourrait limiter l’approvisionnement en pétrole», avertit l’AIE

Par Zhor Hadjam5 min de lecture
Loi européenne sur le méthane : «La réglementation pourrait limiter l’approvisionnement en pétrole», avertit l’AIE
Résumé IA

L'Agence internationale de l'énergie avertit que la réglementation européenne sur les émissions de méthane pourrait réduire de plus de 50 % les importations légales de pétrole brut dans l'UE à partir de 2027.

L'AIE craint que cette mesure n'entraîne une hausse des coûts énergétiques et un recours à des pétroles de qualité inférieure, affaiblissant ainsi la sécurité énergétique européenne.

Douze États membres de l'UE, dont la Hongrie, la Pologne et la Roumanie, ont demandé un report de trois ans de la mise en œuvre, craignant des ruptures d'approvisionnement énergétique.

L'Algérie, les États-Unis, le Qatar et le Nigeria ont également contesté le calendrier de 2027, le jugeant irréaliste pour les producteurs de pétrole et de gaz.

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L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a averti que les règles européennes sur les émissions de méthane pourraient limiter les approvisionnements en pétrole disponibles pour les pays concernés, alors que l’UE se prépare à discuter des appels d’une douzaine de pays à reporter ces mesures.

«Limiter l’approvisionnement en pétrole brut des raffineurs de l’UE pourrait entraîner une hausse des coûts des intrants ou un recours à des pétroles bruts de qualité inférieure», a déclaré l’Agence, ajoutant que cela pourrait à terme affaiblir la sécurité énergétique de l’UE». L’AIE a en outre exhorté l’UE, selon Reuters «à clarifier les modalités d›application de ces règles, avertissant que l›incertitude pourrait restreindre davantage l›accès aux approvisionnements pétroliers». Les ambassadeurs de l’UE devaient discuter hier, de la loi sur le méthane à Bruxelles, suite aux objections formulées par plus de la moitié des États membres du bloc. Ces pays ont demandé un report des mesures projetées par l’UE, en raison des risques liées à la réduction des approvisionnements énergétiques. L’UE a adopté une législation visant à limiter ses émissions. A compter de janvier 2027, les importations de pétrole et de gaz devront se conformer à des exigences de surveillance des émissions équivalentes à celles de l’UE ou à la norme OGMP 2.0, soutenue par l’ONU. «Nous estimons que le volume de pétrole brut que les raffineurs de l’UE peuvent importer légalement va diminuer de plus de 50 %», a indiqué l’AIE dans son rapport mensuel sur le pétrole du mois de juin.

Réduire les obstacles aux importations

Cela s’explique selon l’AIE, par le fait que certaines qualités de pétrole brut sont difficilement substituables, tandis que certains producteurs peuvent préférer vendre sur des marchés plus rentables hors d’Europe. Le pétrole brut lourd utilisé dans la production d’asphalte, par exemple, provient en grande partie de pays comme le Mexique et le Venezuela, qui ne respectent pas la norme européenne en matière d’émissions de méthane souligne la même source. Aucun pays de l’UE n’a mis en place d’organisme de vérification chargé de faire appliquer la législation, ce qui signifie que les entreprises n’ont actuellement aucun moyen de certifier leur conformité. Malgré les protestations la Commission européenne a résisté jusqu’à présent aux appels de report de la mise en œuvre de la loi, se contentant d’élaborer des plans visant à supprimer les sanctions pour les entreprises qui enfreignent les règles sur le méthane.

La demande de report de la réglementation européenne sur le méthane, a été exprimée, il y a quelques semaines par les pays exportateurs. Dans une lettre conjointe l’Algérie, les Etats-Unis, le Qatar et le Nigeria ont estimé irréaliste l’application de la mesure dés 2027. Au sein de l’UE, plusieurs Etats membres revendiquent ex aussi un report ciblé du règlement afin de préserver la sécurité énergétique de l’Union. L’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, l’Italie, la Lituanie, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Suède, avec le soutien de l’Allemagne, ont officiellement demandé un report de trois ans de certaines obligations prévues par le Règlement (UE) 2024/1787 sur les émissions de méthane dans le secteur de l’énergie (EUMR), à l’occasion du Conseil «Transports, Télécommunications et Energie» tenu le 26 juin 2026. Selon eux, une période transitoire contribuerait « au maintien de flux énergétiques fiables entre les Etats membres, renforcerait la résilience du système énergétique européen et garantirait un environnement plus stable et plus prévisible pour les acteurs du marché, tout en maintenant les engagements de long terme de l’Union européenne en matière de réduction des émissions de méthane».

Afin d’assurer une mise en œuvre équilibrée du règlement, les douze Etats membres ont demandé à la Commission européenne d’ examiner en urgence toutes les options susceptibles de réduire les obstacles aux importations de gaz naturel et de pétrole brut. Ils ont revendiqué notamment l’introduction d’amendements ciblés reportant de trois ans l’application des obligations prévues au chapitre V, article 28 du règlement, le temps de finaliser les méthodologies de vérification, les capacités de certification, les actes délégués ainsi que les technologies nécessaires à leur mise en œuvre.
Zhor Hadjam

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