Les analystes s’attendent à un cycle d’inflation jusqu’en 2028 : Les prix alimentaires face aux chocs d’El Nino et du conflit en Iran

Les analystes prévoient un cycle inflationniste jusqu'en 2028 provoqué par un « super El Niño » attendu entre fin 2026 et 2027, combiné aux perturbations de la guerre en Iran sur les chaînes d'approvisionnement alimentaire.
Le phénomène climatique pourrait réchauffer les océans de 2°C au-dessus de la normale et provoquer des vagues de chaleur, inondations et conditions météorologiques extrêmes sans précédent.
La production agricole mondiale pourrait chuter de 14,3%, tandis que les prix alimentaires mondiaux augmenteraient de 16%, particulièrement pour le sucre, le riz et le café.
Les pays à faible revenu seront les plus affectés, notamment l'Asie du Sud-Est, l'Afrique australe et le nord de l'Amérique du Sud, avec des hausses de prix pouvant atteindre 50 à 100% pour certaines cultures.
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Les prix des produits alimentaires sont à leur plus haut niveau depuis trois ans alors que la guerre en Iran continue de peser sur les chaînes d’approvisionnement et sur les prix de l’énergie. L’épisode climatique El Nino ajoutera à son tour son lot d’effets sur les cours des produits alimentaires dans le monde.
Les économistes sont formels, en avertissant qu’un épisode cette année d’un «super El Nino» pourrait provoquer un choc sévère sur les prix alimentaires mondiaux devant durer jusqu’en 2028.
Les scientifiques affirment de leur côté, que le phénomène climatique devant se dérouler entre la fin 2026 et 2027 pourrait se transformer en un évènement historiquement très fort provoquant des vagues de chaleur inédites, des inondations et des conditions météorologiques extrêmes et plus orageuses que d’habitude. Appelé «super El Nino» ou «Godzilla», le phénomène climatique pourrait provoquer un réchauffement de la mer dépassant de 2° C la température normale, et devrait provoquer un nouveau choc inflationniste planétaire. L’Agence d’observation océanique et atmosphérique américaine s’attend à 81% que les risques de l’épisode El Nino soient l’un des plus intenses enregistrés depuis 1950.
Une «climateflation» ferait amputer, selon les analystes, la production agricole mondiale de 14,3% (soit 342 milliards de dollars de pertes), et bondir les prix alimentaires mondiaux de 16% notamment le sucre, le riz et le café. La perspective d’un nouveau choc inflationniste inquiète les banques centrales avec un risque de maintien des taux d’intérêt à des niveaux élevés, rapporte The Guardian en citant des économistes.
«El Nino remet la climatéflation au cœur des préoccupations. Les récentes vagues de chaleur en Europe nous rappellent que le climat de référence est déjà en train de se dérégler. El Nino pourrait accentuer cette pression plus tard cette année, en amplifiant les effets du réchauffement climatique», avertissent les analystes de la banque italienne UniCrédit dans une note de recherche citée par The Guardian. Les analystes de Goldman Sachs affirment aussi que l’intensité du phénomène El Nino pourrait entrainer une hausse de 15,8% des prix mondiaux des produits alimentaires, avec des répercussions à l’échelle planétaire, notamment pour les consommateurs européens, où les prix alimentaires pourraient augmenter de 1,3% dans la zone euro. Ceci en prévoyant que l’impact total se fera sentir progressivement et que les conséquences pourraient ne se manifester pleinement qu’au second semestre 2028.
«Des hausses de prix allant de 10% à 100% et plus»
La Banque centrale européenne estimait, il y a trois ans, qu’un fort épisode climatique ferait grimper les prix alimentaires de 9%. Les phénomènes météorologiques extrêmes affectent différemment la production alimentaire, compte tenu des cycles de plantation, de croissance et de récolte selon les types de cultures. Ceci en impactant également les chaînes logistiques d’acheminement des produits. «El Nino n’affecte pas l’agriculture de manière uniforme. Il modifie les régimes de précipitations et de températures à l’échelle mondiale, créant des zones gagnantes et des zones perdantes… Certaines régions pourraient tirer profit de conditions météorologiques plus clémentes», indiquent des analystes d’UBS.
Et de noter que le phénomène climatique aggraverait les perturbations provoquées par la guerre en Iran en mettant plus de pression sur l’approvisionnement alimentaire,affichant des prix déjà élevés et des pénuries d’engrais et d’énergie. Les analystes soutiennent que «même des perturbations d’approvisionnement modérés pourraient entraîner des fluctuations de prix plus importantes que ne le laissent présager les tendances historiques». Si l’impact d’El Nino sera mondial, les régions qui seront les plus affectées par la sécheresse sont l’Asie du Sud-Est, l’Afrique australe, le nord de l’Amérique du Sud, alors que le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay connaîtront des épisodes d’inondations. En Amérique du Nord, l’impact d’El Nino se fera sentir en période hivernale. Les pays à faible revenus, les plus durement touchés par les effets de la guerre en Iran, seront aussi les plus affectés par les conséquences inflationnistes du phénomène climatique.
«El Nino a déjà commencé à affecter les récoltes, entrainant une saison de mousson plus sèche en Inde, certaines régions ne recevant que 25% de leurs précipitations habituelles et certaines parties du centre de l’Inde seulement 50%, ce qui pourrait affecter l’approvisionnement en blé, en riz et en canne à sucre», soulignent les analystes de la Goldman Sachs. La banque avertit que les «chocs de prix pourraient atteindre 10% à 50% pour les matières premières de base, tandis que les cultures les plus exposées-notamment le riz, l’huile de palme, le sucre et le café- pourraient connaître des hausses de 50% à 100%, voire plus». Nadjia Bouaricha
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