Malgré la double voie de pourparlers pour la paix au Liban : Le cessez-le-feu fragilisé par l’occupation israélienne

Quatre jours après la signature d'un mémorandum d'entente entre Téhéran et Washington, un premier cycle de négociations s'est achevé avec le retour des négociateurs iraniens, sous médiation qatarie et pakistanaise.
Le ministre israélien des Affaires étrangères a affirmé que l'armée ne se retirerait pas de la « zone de sécurité » au Sud-Liban, malgré les demandes américaines de retrait.
Les pourparlers entre Israël et le Liban se tiendront du 23 au 25 juin à Washington, visant à mettre fin à la guerre qui a fait plus d'un millier de morts et déplacé des centaines de milliers de Libanais.
Le Hezbollah a averti qu'un cessez-le-feu accordant à Israël la liberté de circulation constituerait une continuation de l'agression, tandis que le président du Parlement libanais exige le retrait total d'Israël.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Quatre jours après la signature du mémorandum d’entente entre Téhéran et Washington, l’agence de presse iranienne a annoncé hier le retour des négociateurs en Iran, achevant ainsi le 1er cycle de pourparlers entre Téhéran et Washington, sous la médiation qatarie et pakistanaise.
Pour le Premier ministre du Pakistan, «des efforts intensifs avaient permis d’aboutir à cette réunion». Le vice-président des Etats-Unis, J. D. Vance, a déclaré que le président Trump avait chargé la délégation américaine «de trouver une solution diplomatique à un certain nombre de problèmes», alors que le Qatar, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, a indiqué que cette première réunion après la signature du mémorandum «marque le début de la réalisation des objectifs». Il a évoqué «la formation de groupes techniques et d’ingénierie spécialisés, chargés de négocier les termes de l’accord final», mais aussi «la formation de groupes de suivi chargés de la mise en œuvre du mémorandum et du suivi des progrès accomplis en vue de la conclusion de l’accord final».
Son homologue iranien a rappelé que l’ouverture des négociations, conformément au mémorandum d’entente, «reste conditionnée par la mise en œuvre de cinq clauses, dont l’une porte sur la fin de la guerre sur tous les fronts». Confirmant les propos tenus par Donald Trump devant les médias américains, selon lesquels «le protocole d’accord n’était qu’une prolongation du cessez-le-feu et non un accord définitif». Néanmoins Israël refuse tout retrait de ses troupes du Sud-Liban, d’où le chef de l’état-major de son armée-a qualifié le cessez-le-feu de «fragile».
Axios : Les quatre parties sont satisfaites du déroulement des négociations
Le site américain Axios, se basant sur des confidences d’un diplomate américain, a rapporté que les «médiateurs pakistanais et qataris aident les deux parties à surmonter leurs différends et leurs difficultés» et que «les quatre parties sont satisfaites du déroulement des négociations». La source d’Axios a affirmé, en outre, que «ce premier cycle de négociations jette les bases nécessaires pour instaurer la confiance lors de la prochaine phase» et annoncé que «les pourparlers politiques de haut niveau devraient se conclure lundi (hier)» et que les «discussions entre les équipes techniques se poursuivront et il est probable qu’elles resteront en Suisse pour poursuivre leurs travaux». Pour le site américain, les pourparlers se sont poursuivis sans interruption sous différentes formes et les principaux sujets de discussion étaient liés «aux mécanismes de prévention des frictions et de mise en œuvre d’un cessez-le-feu au Liban (…). Nous avons discuté avec l’Iran et les médiateurs de la question du détroit d’Ormuz et des récentes déclarations de Téhéran concernant sa possible fermeture».
«L’armée ne se retirera pas de la zone de sécurité»
A en croire la source d’Axios, la partie américaine a insisté sur le fait que «le détroit d’Ormuz reste pleinement ouvert» et qu’il y a eu «de bons progrès» sur cette question.
Du côté israélien, des médias ont annoncé hier que la demande de Washington concernant le retrait des troupes israéliennes «n’est plus qu’une question de temps», malgré le lourd différend qu’il a causé à la relation entre Donald Trump et Benyamin Netanyahu.
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a quant à lui était très clair. «Israël n’a aucune ambition au Liban (…), mais l’armée ne se retirera pas de la »zone de sécurité »», a-t-il déclaré tard dans la journée de dimanche dernier. Cependant, l’Autorité de radiodiffusion israélienne (média public) a annoncé quelque temps plus tard que l’armée «commencerait à réduire ses effectifs dans le sud du Liban dans les prochains jours, après avoir achevé la plupart de ses missions offensives». Elle a précisé que «les équipes de négociation israéliennes et libanaises se rencontreront cette semaine et identifieront les zones qui ont été débarrassées des éléments du Hezbollah, et en transféreront la responsabilité à l’armée libanaise, comme elle l’a indiqué», ajoutant que «l’administration américaine souhaite qu’Israël redéploie ses forces sur la ligne de missiles antichars, à environ 8 kilomètres de la frontière».
Le média public a, cependant, souligné, en citant «une source bien informée», que «l’armée ne se retirera pas de la ligne antichar, mais pourrait se retirer des zones qu’elle a récemment conquises dans le cadre des négociations». L’Autorité de radiodiffusion a déclaré que «selon des estimations en Israël, le Hezbollah stocke des missiles balistiques de fabrication iranienne dans des tunnels de la région de Tel Ali Taher, expliquant que les forces d’occupation n’ont pas encore pénétré dans le complexe de tunnels de Tel Ali Taher et attendent une décision des autorités politiques concernant la suite des opérations».
Donc rien n’indique que les opérations militaires israéliennes ne reprennent pas. L’Etat hébreu a toujours tenu à ce que la question iranienne ne soit pas liée à celle du Liban, faisant de ce point un abcès de fixation, voire de tension entre Israël et les Etats-Unis.
Selon d’autres médias hébreux, les services de sécurité israéliens avaient «recommandé aux dirigeants politiques d’augmenter le niveau des délégations envoyées aux pourparlers de Washington et d’accélérer les contacts avec le gouvernement libanais afin d’isoler le Hezbollah». Selon les mêmes sources, «les services de sécurité craignent que les Etats-Unis ne préparent un accord plus large dans le cadre des négociations avec l’Iran, qui pourrait inclure Ghaza», ajoutant que «l’approche des services de sécurité israéliens consiste à prendre des mesures politiques parallèlement aux actions militaires». Visiblement, la partie israélienne semble très préoccupée des pourparlers devant se tenir, dès aujourd’hui et jusqu’à jeudi à Washington, entre Israël et le Liban, sous l’égide des Etats-Unis. Le Hezbollah, mouvement de résistance libanais, a averti qu’un cessez-le-feu «accordant à Israël la liberté de circulation constituerait une continuation de l’agression et que le parti ne l’accepterait pas». De son côté, le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a rejeté le principe de «zones pilotes» qu’Israël veut mettre en place au Sud-Liban, et exigé le «retrait total» d’Israël des territoires libanais. Les pourparlers d’aujourd’hui entrent dans le cadre de la 5e session et interviennent dans un contexte de cessez-le feu très fragile et du refus catégorique d’Israël de se retirer du Sud-Liban.
L’administration US veut une«déclaration d’intention politique conjointe »
Annoncé vendredi dernier par le département d’Etat américain, ils ont été programmés après quatre autres tenus au mois d’avril dernier à Washington, visant à mettre fin à la guerre que mène Israël contre le Liban et qui a fait plus d’un millier de morts, des milliers de blessés et des centaines de milliers de Libanais déplacés. Ils arrivent aussi après les négociations entre Téhéran et les Etats-Unis en Suisse, qui ont abouti à la signature d’un mémorandum d’entente entre les deux parties, qui place le Liban parmi les priorités absolues. Dans son communiqué, le département d’Etat américain a affirmé que les négociations auront lieu du 23 au 25 juin en cours, à Washington, entre des responsables libanais et israéliens, sous l’égide et la supervision d’un médiateur américain et avec l’intervention directe du ministre des Affaires étrangères, Marco Rubio, resté très discret ces derniers temps.
Le Liban sera représenté par une délégation de sécurité, une autre politique et l’ambassadrice du Liban à Washington, Nada Mouawad, qui aura à signer au nom de son pays.
Tout comme le Liban, Israël sera présent à travers deux délégations, une sécuritaire et l’autre politique, ainsi que son ambassadeur aux USA, qui apposera sa signature au nom d’Israël, sous le contrôle direct du Premier ministre, Benyamin Netanyahu, du ministre de la Défense, Israel Katz.
Les négociations porteront sur deux axes distincts, à savoir politique et sécuritaire. Le principal point est celui de l’établissement du cessez-le-feu qui est la condition de base qui précède la mise en œuvre de toute mesure sur le terrain ou de tout accord ultérieur. Le deuxième point concerne les «zones pilotes» mises sous le contrôle de l’armée libanaise, après les avoir débarrassées des combattants du Hezbollah, afin qu’elle assure leur démilitarisation définitive. Pour le Liban, de telles zones ne peuvent être acceptées qu’une fois le retrait total d’Israël des territoires libanais. Selon des médias libanais, aucun accord n’a été conclu pour la mise en place d’une partie intermédiaire chargée de la supervision sur le terrain, puisque le Liban tient au mécanisme de surveillance de la Finul (Forces d’interposition des Nations unies pour le Liban), tandis qu’Israël a rejeté cette proposition et exigé «la mise en place d’un comité de sécurité conjoint pour une coordination directe». Proposition récusée par le Liban, en insistant sur une coordination avec la participation d’un tiers.
L’autre point est celui des frontières géographiques occupées par Israël. Ce dernier campe sur sa décision de maintenir la «ligne jaune» comme zone tampon de sécurité, alors que le Liban exige un retrait total et complet. De son côté, Israël veut que le Liban empêche le Hezbollah d’accéder aux «zones pilotes».
Pour ce qui est des aspects politiques des négociations, ils concernent les relations futures entre Beyrouth et Tel-Aviv. L’administration Trump veut l’annonce d’une déclaration d’intention politique conjointe stipulant l’instauration d’un cessez-le-feu comme première et essentielle condition, le respect de la souveraineté et des frontières de chaque pays, et l’engagement de ne pas mettre en danger la sécurité de l’autre partie ni de menacer son territoire.
Salima Tlemçani
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler