Le conseil de paix prépare la mise à mort de l’Unrwa : Une «ville humanitaire» pour légitimer l’occupation israélienne de Ghaza

La fondation allemande Rosa Luxemburg accuse des groupes de pression influents de mener des campagnes internationales pour éliminer l'Unrwa et mettre fin au droit au retour des Palestiniens.
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a alerté sur l'effondrement financier de l'agence, qui fait face à un déficit de 100 millions de dollars et à des blocages israéliens depuis janvier 2025.
Les États-Unis et l'Allemagne figurent parmi les pays les plus hostiles à l'Unrwa, cherchant à la remplacer par des dispositifs sous contrôle israélien, notamment une « zone humanitaire » gérée par le Conseil de paix du Plan Trump.
Le déploiement de la Force internationale de stabilisation (FIS) prévue pour sécuriser cette zone rencontre d'importantes difficultés, avec seulement quatre pays engagés formellement : l'Albanie, le Kazakhstan, le Kosovo et le Maroc.
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Dans un rapport de plus d’une vingtaine de pages, rendu public jeudi dernier, la fondation allemande Rosa Luxemburg a accusé des groupes de pression très influents sur les débats politiques, notamment en Allemagne, de mener des campagnes internationales de diabolisation de l’Unrwa, l’Agence onusienne chargée des réfugiés palestiniens, dans le but de provoquer sa disparition et de mettre fin au droit au retour des Palestiniens sur leurs terres.
Les révélations de la fondation interviennent une semaine seulement après l’alerte du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, sur l’effondrement de la situation financière de l’agence, tout en mettant en avant un déficit de 100 millions de dollars, jamais atteint auparavant, «au moment où des millions de réfugiés, notamment à Ghaza, se trouvent à un tournant critique qui menace leur sécurité et leur bien-être», a-t-il déclaré devant le comité spécial de l’Assemblée générale sur les contributions volontaires de l’Unrwa.
Selon Guterres, l’Unrwa fait face à des «contraintes considérables sur l’ensemble du territoire palestinien occupé et souffre d’une crise de trésorerie qui menace ses opérations dans toute la région», et ce, malgré «les mesures d’austérité et de réduction des coûts difficiles et accuse un déficit de 100 millions de dollars qui l’empêche de remplir ses obligations actuelles». Guterres a indiqué qu’en plus des blocages israéliens auxquels l’Unrwa fait face depuis janvier 2025, à travers le blocage de ses camions d’aide interdits d’entrer à Ghaza, la fermeture de ses bureaux et écoles en Cisjordanie occupée, «l’Agence subit de fortes pressions politiques et des campagnes de désinformation», a souligné le chef de l’Onu.
Parmi les pays les plus agressifs à l’égard de l’Unrwa figurent les Etats-Unis, les premiers à avoir mis fin au financement de l’Unrwa, mais aussi l’Allemagne, un des alliés indéfectibles d’Israël. Cette hostilité cachait en réalité un plan diabolique de la mise à mort de l’agence onusienne et son remplacement par des dispositifs sous le contrôle israélien.
Une ville humanitaire qui légitime l’occupation israélienne de Ghaza
Le premier dispositif a été la mise en place de la troublante Fondation humanitaire pour Ghaza (GHF), devenu un piège mortel pour les milliers de Ghazaouis, affamés, tués par les mercenaires, auxquels la GHF a fait appel pour sa sécurité, ou par les soldats israéliens, qui n’étaient pas censés être présents autour du périmètre de ce centre de distribution de nourriture. En raison des lourdes critiques des ONG internationales de défense des droits de l’homme et de l’Onu, cette expérience douloureuse a été abandonnée, mais vite reprise avec le Plan Trump de cessez-le-feu à Ghaza, qui prévoit un «Conseil de paix» pensé, fondé et présidé à vie par le président américain. Un Conseil qui s’est lancé dans un projet «pilote» de logements provisoires, dans une zone dite humanitaire, située sur la partie orientale de l’enclave, délimitée par la «ligne jaune» sous le contrôle de l’armée israélienne.
Selon les médias israéliens, «les Etats-Unis estiment pouvoir établir une zone humanitaire dans la région de Rafah, que le Hamas accepte ou non de se désarmer», en précisant toutefois qu’ils «ont besoin de la coopération d’Israël et du panel technocratique palestinien chargé de remplacer le Hamas». Pour les journalistes hébreux qui ont pu arracher les confidences de responsables du Conseil, «l’idée est qu’Israël retire ses troupes de la zone désignée et les remplace par des soldats d’une FIS (Force internationale de stabilisation), qui n’a pas encore été déployée et qui sécuriserait les frontières de la zone humanitaire».
En fait, la FIS n’arrive toujours pas à être installée. Selon le Wall Street Journal, elle rencontre «d’importantes difficultés» pour démarrer ses opérations, «malgré le Plan Trump» visant à déployer une force d’environ 20 000 Casques bleus dans l’enclave. Selon «un responsable militaire américain et des sources bien informées», cette Force «peine actuellement à déployer un premier groupe de seulement 10 à 20 soldats (…), les éléments marocains devaient être déployés au sein de cette force en juin dernier, mais ce déploiement a été retardé et ces forces devraient désormais arriver dans les prochains mois».
Le journal a précisé que «les soldats marocains n’entreront pas directement dans la bande de Ghaza, mais suivront un entraînement près de la frontière, en Israël, avant de mener des opérations limitées à l’intérieur de la bande, des forces supplémentaires les rejoignant ultérieurement». Il a expliqué que le plan initial prévoyait le déploiement d’une force multinationale d’environ 20 000 hommes, «mais que les défis politiques et sécuritaires ainsi que les troubles régionaux persistants ont retardé sa mise en œuvre et considérablement réduit les ambitions initiales».
Selon Daniel Shapiro, ancien secrétaire adjoint à la Défense pour les affaires du Moyen-Orient, cité par le journal, «la guerre en Iran a non seulement retardé les décisions sur cette question, mais je pense qu’elle a affaibli la volonté de certains des pays participants». Le journal a révélé que l’Indonésie, «considérée comme l’un des principaux candidats à la contribution de milliers de soldats à la mission, a suspendu ses négociations de participation en mars dernier, invoquant l’instabilité régionale, la guerre au Liban ayant entraîné la mort de quatre soldats de la paix indonésiens».
Malgré ces obstacles, le Wall Street Journal a cité un responsable militaire américain qui a affirmé que «quatre pays, l’Albanie, le Kazakhstan, le Kosovo et le Maroc, sont actuellement en voie de signer des engagements formels envers la force de sécurité internationale». Le responsable a ajouté que «les forces prévoient un déploiement progressif au cours des prochains mois, initialement basé dans un centre logistique établi près du point de passage de Kerem Abu Salem, avant d’étendre ultérieurement leur présence dans le secteur».
Éliminer l’Unrwa pour enlever aux palestiniens leur droit au retour
D’après le journal, le premier contingent marocain, composé d’officiers et de personnel de sécurité, sera stationné sur le site logistique situé près de la frontière de Ghaza, où il sécurisera initialement les installations et recevra du matériel, avant de mener ultérieurement des missions de reconnaissance limitées sur le terrain dans le secteur, notamment l’exploration des routes et l’évaluation des conditions de sécurité.
En outre, des jours après de la démission collective du Hamas de l’administration de Ghaza, le comité de technocrates palestiniens, chargé de le remplacer et de collaborer avec l’armée israélienne pour contrôler les dizaines de milliers de Palestiniens venant de la «zone rouge» sous le contrôle du Hamas et entrant dans la «zone verte» occupée par les forces israéliennes, n’a toujours pas obtenu d’Israël de visa d’entrée. «Là, des dizaines de milliers de personnes auraient accès à des logements temporaires, à une aide humanitaire et à une sécurité à des niveaux qui font cruellement défaut dans le reste du territoire. Le Conseil de paix espère que cette zone humanitaire pilote servira de modèle pour séparer les civils du Hamas, affaiblissant ainsi l’emprise de ce dernier sur la société», affirment les mêmes sources.
L’idée d’exclure l’Unrwa et de la remplacer par des mécanismes sous le contrôle israélien, qui de plus n’ont aucune expérience dans le domaine humanitaire, était en réalité un objectif à atteindre aussi bien par Israël, qui a pour ambition d’annexer Ghaza, mais aussi pour l’administration Trump, qui voit en Ghaza un immense projet immobilier stratégique. Chargé de superviser l’enclave après la guerre, le Conseil prévoyait, il y a un mois, non pas la reconstruction de l’enclave, mais plutôt l’établissement de «zones humanitaires» et espérait «d’abord persuader le Hamas de déposer les armes afin de permettre», est-il souligné publiquement, «à la reconstruction de se poursuivre à une échelle beaucoup plus grande». Les mêmes sources ont expliqué aux médias israéliens que le Conseil ne souhaitait pas conditionner l’aide à Ghaza à ces négociations, il espérait aller de l’avant avec la mise en place de la première zone pilote humanitaire. L’idée, a expliqué un responsable du Conseil, sous le couvert de l’anonymat, «a été discutée lors d’une réunion à Chypre la semaine dernière».
Toutefois, ce plan nécessite la validation du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, lequel refuse tout retrait de ses troupes tant que le Hamas n’est pas désarmé. Bien plus, Netanyahu refuse aussi de signer les accords sur le statut des Forces de stabilisation avec les pays contributeurs, «nécessaires pour établir les garde-fous juridiques du personnel militaire étranger stationné à l’étranger». «Israël a tout simplement empêché le déploiement de la force internationale», a déclaré, à des journaux hébreux, un responsable arabe, sous le couvert de l’anonymat.
Selon l’accord de paix américain, le panel de technocrates palestiniens et le Comité national pour l’administration de Ghaza (NCAG) devront être prêts à entrer dans l’enclave après que toutes ces conditions soient réunies. Certains responsables du Conseil ont révélé aux mêmes médias que les «Palestiniens seront autorisés à entrer et sortir de la zone humanitaire et qu’ils ne seront pas sous occupation israélienne». Or, «des sources proches du dossier» ont indiqué, aux mêmes journaux, que les membres du NCAG ne soutiennent pas ce plan, estimant que «la zone humanitaire serait de fait toujours contrôlée par l’armée israélienne qui sera présente à sa périphérie».
Salima Tlemçani
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