Le Hamas se retire de la gestion et garde ses armes

Le Hamas annonce son retrait de la gestion administrative de Gaza, remettant le pouvoir à un comité de technocrates, tout en conservant le contrôle de ses forces de sécurité.
Le mouvement a dissous son Comité d'urgence et démis collectivement ses cadres administratifs pour transférer la gouvernance au Comité national pour l'administration de Gaza, selon des arrangements convenus au Caire avec le Qatar, la Turquie et le Conseil de la paix américain.
Le porte-parole du Hamas, Hazem Qassem, a réaffirmé que le mouvement ne participerait à aucun accord sur la gestion post-cessez-le-feu et a accusé Israël de plus de 5000 violations de l'accord de trêve.
Le chef du Comité national, Ali Shaath, a déclaré que son organe était prêt à assumer ses responsabilités dès que les ressources nécessaires seraient disponibles, bien qu'Israël refuse actuellement d'autoriser ses membres à franchir les postes frontaliers.
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Visiblement, les discrètes réunions du Caire, ayant regroupé des représentants du Hamas, du Conseil de la paix à Ghaza, fondé et présidé par Donald Trump, du Qatar et de la Turquie commencent à porter leurs fruits.
Le Hamas a annoncé, hier, la démission collective de ses cadres et fonctionnaires qui administrent, l’enclave à travers le Comité d’urgence, ainsi que la dissolution officielle de ce dernier, en vue du «transfert des tâches administratives et de la gouvernance» de l’enclave au Comité national pour l’administration de Ghaza (Nacag).
Dans un communiqué de presse du «gouvernement de Ghaza», ce dernier a expliqué que «le chef du Comité d’urgence et chef par intérim du suivi gouvernemental, Muhammad Jawad Al Farra, a remis sa démission officielle de son poste», en précisant que cette démarche «vise à démontrer le sérieux de la situation, à faciliter le processus de transition administrative» ainsi que «la mise en œuvre des accords nationaux».
Ce communiqué a été suivi par une conférence de presse animée par le porte-parole du bureau des médias, diffusée en direct sur les réseaux sociaux et de nombreuses chaînes de télévision, durant laquelle, il a affirmé que «toutes les dispositions administratives et juridiques relatives au processus de transfert ont été finalisées et présentées de manière transparente aux factions et forces palestiniennes, au Comité suprême des notables et aux institutions de la société civile, en présence d’un observateur représentant les Nations unies».
Le responsable a souligné que «les employés restants dans les institutions gouvernementales ne sont que du personnel technique et professionnel. Ils resteront en poste afin d’éviter tout vide administratif susceptible de nuire à la prestation de services aux citoyens». Il a précisé en outre qu’il s’agit d’«employés de l’Etat, prêts à travailler sous l’égide et la direction du nouveau Comité national, conformément à la feuille de route convenue dans la capitale égyptienne, Le Caire». Le bureau des médias a, par ailleurs, exhorté «toutes les parties concernées à accélérer l’entrée du Comité national à Ghaza afin qu’il puisse exercer immédiatement ses fonctions» et «d’atténuer ainsi les souffrances humanitaires croissantes résultant des répercussions de la guerre d’extermination, du retard dans la reconstruction, du maintien du blocus humanitaire et de la fermeture des points de passage».
Dans une déclaration au site de la chaîne qatarie Al Jazeera, le directeur de ce bureau, Ismail Al Thawabta, a indiqué que «toutes les conditions étaient désormais pleinement et officiellement réunies pour l’entrée du Comité de technocrates à Ghaza» et précisé que «tous les employés du ministère de l’Intérieur et des forces de police continueraient leur travail comme d’habitude pour assurer le rétablissement de l’ordre et de la sécurité et afin de prévenir tout vide sécuritaire pendant la phase de transition».
Plus de 5000 violations israéliennes de l’accord de cessez-le-feu
Lui emboîtant le pas, le porte-parole du Hamas, Hazem Qassem, a réaffirmé l’«engagement» du mouvement de résistance à ne participer «à aucun accord relatif à la gestion de l’après-cessez-le-feu», déclarant que «la balle est désormais entièrement dans le camp de l’administration américaine et des médiateurs de la conférence de Charm El Cheikh pour contraindre Tel-Aviv à mettre fin à l’agression et à autoriser l’entrée du comité administratif».
A en croire Qassem, le mouvement a «finalisé toutes les dispositions juridiques, logistiques et professionnelles nécessaires pour remettre les dossiers de gouvernance, y compris le dossier de sécurité, au Comité national convenu, considérant que cette étape élimine tous les prétextes israéliens et place la communauté internationale, les médiateurs et les pays garants devant leurs responsabilités politiques pour contraindre l’occupation à autoriser le comité à intervenir dans le secteur». Il a, par ailleurs, affirmé que les qualificatifs utilisés – «trompeuse» et «manœuvre» ou encore «démission artificielle» utilisés par l’Autorité de radiodiffusion (agence publique) – pour présenter la démission collective traduisent «une tentative flagrante de se soustraire aux responsabilités» et «de dissimuler plus de 5000 violations israéliennes de l’accord de l’accord de cessez-le-feu». Qassem s’est attaqué à «la passivité de la communauté internationale», à «l’impuissance» du Conseil de la paix et de son envoyé, Mladenov, «face à l’identification de la partie qui viole réellement les accords». Selon lui, Israël a commis plus de 5000 violations du cessez-le-feu, en toute impunité.
Réagissant à cette annonce, le Rassemblement national des tribus, notables et familles palestiniennes, a plaidé, dans une déclaration diffusée hier, pour «l’unité de la position palestinienne» et pour «le renforcement du consensus national en cours entre les différentes forces, factions et clans». Il a exhorté «les médiateurs, le Conseil de la paix et l’envoyé de l’Onu, Nikolaï Mladenov» à «assumer» leurs «responsabilités humanitaires et morales» et «à exercer une forte pression sur l’occupation israélienne pour ouvrir les points de passage et faciliter l’entrée de l’aide humanitaire».
Il a souligné «la nécessité d’accélérer» l’entrée du Comité national afin qu’il «puisse commencer immédiatement ses tâches administratives pour sauver la situation humanitaire qui se détériore et atténuer les souffrances». Dès l’annonce de la démission du gouvernement du Hamas, le chef du Comité national pour l’administration de Ghaza, Ali Shaath, un ingénieur civil palestinien et ancien vice-ministre de la Planification et de la Coopération internationale du gouvernement de Ramallah, a affirmé que l’organe qu’il dirige «est prêt à assumer ses responsabilités nationales dès que les ressources nécessaires à son travail seraient disponibles».
Déclaration étonnante, du fait que la plus grande entrave à l’entrée des membres du Comité à Ghaza est le refus d’Israël de les autoriser à franchir les postes frontaliers, notamment Rafah, qui relie l’enclave à l’Egypte, où ils ont pris Le Caire comme pied-à-terre provisoire du Comité. Dans son message diffusé sur les réseaux sociaux, Shaath affirmé que le «succès des travaux du comité dépendait de l’existence d’une seule autorité, d’une seule loi et d’une seule arme soumise à cette autorité».
Par ailleurs, le Conseil de la paix à Ghaza s’est montré méfiant, déclarant avoir «pris note» de l’annonce de la dissolution du Comité d’urgence, tout en précisant que «l’évaluation de l’évolution de la situation se fonde sur des actes et non sur des promesses». Salima Tlemçani
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