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Célébrations du baccalauréat : Entre soulagement des parents et joie incommensurable des enfants

Par Yousra Salem•8 min de lecture
Brifa
Célébrations du baccalauréat : Entre soulagement des parents et joie incommensurable des enfants
Résumé IA

Les résultats du baccalauréat à Constantine révèlent des dynamiques familiales contrastées, oscillant entre soulagement parental et réalisations personnelles d'élèves.

Pour certains parents, le diplôme agit comme une bouée de sauvetage offrant à leurs enfants une liberté de choix et une sécurité académique, tandis que d'autres le perçoivent comme une fin en soi, indépendamment des aspirations réelles de l'élève.

Chez les lycéens, les motivations varient : certains voient le baccalauréat comme un fardeau familial à surmonter, tandis que d'autres, notamment les jeunes filles, y trouvent un tremplin vers l'indépendance financière et la réalisation de projets personnels.

Les enseignants expliquent ces célébrations exubérantes par la charge psychologique considérable du baccalauréat, où douze années d'études semblent se jouer en quelques jours d'examen, libérant une tension accumulée tout au long de la scolarité.

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Le verdict du baccalauréat, tombé au terme d’une année scolaire éprouvante, ne se limite jamais à une simple addition de notes. Il agit comme un révélateur social, mettant à nu les attentes, les espoirs et parfois les désillusions d’une cellule familiale tout entière.

A Constantine, les témoignages recueillis auprès d’élèves et de parents sur les festivités dessinent un tableau contrasté, où la réussite ou l’échec à cet examen se charge d’une signification qui dépasse largement le cadre scolaire. Bien avant d’atteindre l’enfant, la déception liée à un échec semble d’abord se loger chez le parent qui en porte le poids avant même de songer à le transmettre – ou à le dissimuler. C’est le cas de Choubeila, habitante de la cité Boussouf à Constantine, pour qui l’échec de son fils Louai a représenté un véritable choc. «En dépit d’un investissement soutenu tout au long de l’année et du recours régulier à des cours de soutien pédagogique, l’issue demeure pour nous incompréhensible», confie-t-elle, encore incrédule face à ce résultat. Consciente de la fragilité du moment, elle explique s›efforcer de ne pas laisser transparaître sa propre déception devant un fils déjà en larmes, comme si la retenue maternelle devait, en pareille circonstance, primer sur le chagrin personnel.

Le diplôme comme bouée de sauvetage

A l’opposé de ce tableau, la réussite dessine un tout autre climat émotionnel, celui du soulagement. Lokmane, résidant de la cité Massinissa, dans la commune d’El Khroub (wilaya de Constantine), voit dans l’obtention du baccalauréat par son fils une étape désormais acquise, quoi qu’il advienne par la suite. «L’essentiel réside désormais dans l’obtention de ce titre académique, qui lui confère une liberté de choix absolue pour son avenir. S’il décidait d’interrompre son cursus universitaire, la possibilité d’y retourner ultérieurement lui reste acquise. Ce diplôme une fois sécurisé, la maturité venant, il mesurera pleinement la portée et la nécessité d’un tel accomplissement », affirme-t-il. Ce discours, qui se retrouve presque à l’identique d’un foyer à l’autre, révèle combien le baccalauréat s’est imposé, dans l’imaginaire collectif des familles, comme une bouée de sauvetage. Un imaginaire façonné avant tout par les parents, puis adopté à leur tour par les élèves, qui en viennent à considérer ce diplôme comme l’unique voie vers la réussite. Toute alternative demeurant, à leurs yeux, inconcevable sans qu’elle en soit assortie. Donc célébrer une telle réussite est une manière pour ces élèves d’exprimer une joie et surtout une satisfaction de rendre leurs parents heureux.

Chez certains, une perception qui dépasse rarement le cadre familial

Du côté des principaux concernés, les avis ne relèvent pas tous d’une logique académique. Certains élèves n’envisagent la portée de ce diplôme qu’à travers un prisme étonnamment étroit. C’est le cas de Soumeya, scolarisée au lycée Zighoud Youcef et habitant Sidi Mabrouk, dans la banlieue de Constantine : «L’obtention du baccalauréat, suivie de celle de la licence, répond avant tout aux aspirations de mes parents», déclare-t-elle simplement. Pour Raïd, l’obtention du baccalauréat répondait «avant tout à la volonté de son père, rien de plus». La réussite, selon lui, se mesure plutôt à l’aune du commerce. Mais tant qu’il n’aura pas décroché ce diplôme, il ne pourra pas prétendre faire ce qu’il souhaite réellement. Au sein de certaines familles interrogées, jusqu’au choix de la filière semble échapper à l’élève lui-même, les parents s’estimant les mieux placés pour discerner ce qui convient à un enfant qu’ils continuent de considérer, à cet âge, comme immature. Peu importe alors la suite du parcours, pourvu que le diplôme soit décroché. Un paradoxe s’installe ainsi : quand certains parents s’accrochent au diplôme comme à une fin en soi, une partie des élèves, dès le plus jeune âge, perçoivent l’après-bac universitaire comme une nouvelle épreuve. Pour eux, l’obtention du baccalauréat devient surtout un moyen de se libérer d’un fardeau familial et d’une pression parfois exacerbée par la présence, au sein d’un même foyer, de plusieurs bacheliers.

Quand le diplôme porte un projet propre

D’autres trajectoires témoignent cependant d’une appropriation plus personnelle de l’examen. Ritaj, qui habite le centre-ville de Constantine, voit dans le baccalauréat l’ultime étape la séparant de son rêve : devenir journaliste. Un choix qui n’a rien d’anodin, dans un secteur où le recrutement sans diplôme universitaire s’est considérablement raréfié, selon ses dires, les titulaires d’une licence ou d’un master en journalisme étant aujourd’hui nettement privilégiés. Pour Djihane, originaire de la vieille ville de Constantine, le baccalauréat représente avant tout la porte d’entrée vers l’université, avec à la clé l’obtention d’une bourse et, par conséquent, une première source de revenu personnel. Une fois la licence en poche, elle compte trouver un poste qui lui permettra d’atteindre l’indépendance financière. Une autonomie que les jeunes filles, plus que les garçons, semblent particulièrement rechercher. Car pour beaucoup d’entre elles, être financièrement indépendante ne relève pas seulement d’un confort matériel : c’est aussi, disent-elles, une force et un moyen de se protéger.

Douze années d’études jouées en quelques jours

Pourtant, du côté de certains enseignants, parents et élèves, cette exubérance ne relève pas d’un simple débordement collectif : elle trouverait, au contraire, une explication pleinement rationnelle dans la charge symbolique et psychologique considérable que le baccalauréat fait peser sur les épaules des lycéens. Pour Zoheir Boukellal, enseignant de génie civil dans un lycée de la wilaya de Constantine, ces célébrations, aussi spectaculaires soient-elles, demeurent relativement compréhensibles dès lors qu’on les rapporte à la charge que l’élève supporte tout au long de l’année scolaire. Sur le plan symbolique, il définit cet examen comme «une porte qui s’ouvre sur la vie adulte d’un adolescent qui fera sans doute ascension sociale grâce aux études supérieures», avant de rappeler qu›il représente également «la fierté de toute une famille qui s’est sacrifiée pour qu’il réussisse». Le baccalauréat ne sanctionne donc pas seulement un parcours individuel : il couronne, à travers l›élève, l›investissement de tout un foyer.

Sur le plan psychologique, l’enseignant est tout aussi catégorique. Il considère l’année de terminale comme la plus éprouvante de tout le cursus scolaire, couronnée d’un stress et d’une pression qui s’ajoutent à ceux, déjà considérables, accumulés au fil de la scolarité. Une pression d’autant plus vive que l’élève a le sentiment que son avenir tout entier se joue en l’espace de quelques jours d’examen, au terme de douze années d’études. «Constat unanime : injustice sociale», résume-t-il, à travers une formule qui dit à elle seule la disproportion ressentie entre l›ampleur de l›enjeu et la brièveté du moment censé le trancher. Ainsi, loin de n’être qu’un débordement passager, la ferveur qui accompagne chaque année l’annonce des résultats du baccalauréat s’apparente à une soupape, celle par laquelle se libère, le temps d’une nuit, une tension accumulée durant toute une année — sinon toute une scolarité.

Dossier réalisé par Yousra Salem

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