Report de la signature officielle du mémorandum d’entente entre l’Iran et les États-Unis : L’acharnement israélien contre le Liban menace de torpiller l’accord

La signature officielle du mémorandum d'entente entre les États-Unis et l'Iran, prévue vendredi 19 juin en Suisse, a été reportée sine die en raison de la poursuite des attaques israéliennes au Liban.
Donald Trump et Massoud Pezeshkian ont déjà paraphé l'accord électroniquement mercredi, Trump signant lui-même le protocole à Versailles lors d'un dîner avec Emmanuel Macron.
Téhéran a suspendu le voyage de sa délégation de négociation en Suisse, considérant que les opérations militaires israéliennes au sud du Liban constituent une violation du premier point de l'accord et une condition d'arrêt des pourparlers.
Le vice-président américain J. D. Vance a critiqué Israël, affirmant que Netanyahu aurait commis une erreur stratégique en attaquant son seul allié puissant restant au monde.
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Hier, vendredi 19 juin était censé être le grand jour : celui de la signature officielle du mémorandum d’entente entre les Etats-Unis et l’Iran au cours d’une cérémonie solennelle en Suisse, en présence des deux délégations dépêchées par Washington et Téhéran.
Et voilà que, contre toute attente, la Maison-Blanche a annoncé jeudi, dans un communiqué, que le vice-président J. D. Vance, chef des négociateurs côté américain, ne pouvait pas se rendre en Suisse. «Le vice-président ne part pas ce soir. La logistique de ces négociations n’a jamais été simple ni prévisible. Les plans concernant les prochaines discussions techniques n’ont pas été finalisés, et la délégation américaine est prête à partir dès que possible», a indiqué la Maison-Blanche. De son côté, le ministère suisse des Affaires étrangères a fait savoir hier à travers un communiqué laconique : «Les discussions prévues entre les Etats-Unis, l’Iran, le Qatar et le Pakistan ont été reportées. La Suisse reste disposée à faciliter ces discussions. Les travaux préparatoires correspondants se poursuivent au Bürgenstock (site de montagne où devait se tenir la cérémonie de signature, ndlr). Aucune autre information ne peut être communiquée pour l’instant.»
Trump paraphe l’accord à Versailles
L’annulation de la cérémonie, ou son «report sine die» – puisqu’aucune date n’a été annoncée pour la signature de l’accord – a fatalement fait craindre un recul sur les engagements exprimés depuis que Donald Trump a annoncé avec enthousiasme dimanche que les deux parties étaient enfin parvenues à s’entendre. On comprend bien que c’est par euphémisme que la Maison-Blanche parle de couacs «logistiques». Cela est d’autant plus incompréhensible que les dirigeants américains et iraniens ont déjà paraphé l’accord à distance, par voie digitale. «Ce protocole a été signé électroniquement et à distance mercredi par les présidents iranien, Massoud Pezeshkian, et américain, Donald Trump. Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a déclaré jeudi, dans un message écrit, l’avoir approuvé malgré des réserves», affirme l’AFP. Mercredi, le président américain, qui se trouvait en France où il a pris part à la réunion du G7 qui s’est tenue à Evian, a signé lui-même l’accord-cadre à Versailles. «Au cours d’un dîner avec Emmanuel Macron au château de Versailles dans la soirée du mercredi 17 juin, Donald Trump a ratifié un protocole d’accord de paix avec l’Iran.
Le texte, qui inclut le front libanais, doit désormais déboucher sur une période de négociations de 60 jours sur la question des sanctions états-uniennes, du déblocage du détroit d’Ormuz et du nucléaire iranien», rapporte le journal L’Humanité. Sur Truth Social, Trump a posté une photo prise avec Emmanuel Macron et exhibant le document qu’il venait de signer. Le lendemain, il s’est fendu d’un message dans lequel il a réitéré son attachement au mémorandum d’entente passé avec son ennemi juré : «Les Etats-Unis sont attachés à la paix, et nous encourageons tous les acteurs de la région du Moyen-Orient à rester fidèles à leur engagement afin que nos négociations puissent se dérouler dans les meilleures conditions. Les marchés se réjouissent de la situation actuelle : les cours du pétrole sont en forte baisse et les actions en forte hausse. Nous espérons un cessez-le-feu total sur tous les fronts, y compris au Liban, avec le Hezbollah et en Israël», a plaidé le leader US.
La délégation iranienne annule le voyage
Ce message contient à bien y regarder la clé de l’énigme du report de la cérémonie helvétique : Trump martèle que le cessez-le-feu doit être observé «sur tous les fronts, y compris au Liban». Sauf qu’Israël ne l’entend pas de cette oreille et continue à mener ses opérations criminelles au Sud-Liban. Un acharnement qui risque ni plus ni moins que de faire torpiller l’accord.
Cette perspective est on ne peut plus plausible, sachant que Téhéran n’a eu de cesse de répéter qu’il n’y a pas d’accord qui tienne si Israël poursuit ses massacres au Liban. Dans la nuit de jeudi à hier, de nouveaux raids massifs ont été menés par l’armée sioniste au sud du pays. Ces raids ont fait 47 morts, dont deux enfants, et 97 blessés, selon un bilan provisoire communiqué par le ministère libanais de la Santé. Un autre carnage qui ne peut que menacer de mettre à mal l’accord américano-iranien. La chaîne de télévision libanaise Al Mayadeen, proche du Hezbollah, nous apprend sur son site officiel qu’une «source bien informée» lui a assuré jeudi que «la délégation iranienne chargée des négociations avait suspendu son départ pour la Suisse en raison de la poursuite des attaques israéliennes contre le sud du Liban». «La source a précisé que la délégation iranienne s’apprêtait effectivement à entamer le premier cycle de négociations, prévu pour une durée de 60 jours, avant que la décision de suspendre le voyage ne soit prise».
Cette même source a en outre «souligné que Téhéran avait informé la partie américaine et les médiateurs que la question du Liban constituait pour elle un enjeu central dans la conduite des négociations, ainsi que dans leur poursuite ou leur interruption, et a averti que la poursuite des opérations et des attaques israéliennes à plus de 10 kilomètres à l’intérieur du territoire libanais constituait une violation flagrante du premier point du protocole d’accord».
Vance accable à son tour Israël
Le site américain Axios a confirmé que la décision de reporter le voyage du vice-président américain, J. D. Vance, en Suisse serait directement liée au «cessez-le-feu fragile» au Liban. Axios cite un responsable américain qui a déclaré que «les violations israéliennes du cessez-le-feu au Liban pourraient être la raison pour laquelle les pourparlers n’ont pas eu lieu à la date prévue ce vendredi».
Force est de le constater : depuis quelque temps, Trump se montre de plus en plus agacé par la stratégie ultra-belliqueuse de Benyamin Netanyahu et l’escalade meurtrière au Liban. Début juin, il l’a tancé au téléphone en lui lançant : «Tu es complètement fou. Tu serais en prison sans moi. Je te sauve la mise. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça !»
Avant-hier, J. D. Vance en a remis une couche devant la presse à Washington, en faisant remarquer : «Donald Trump est le seul chef d’Etat au monde qui fait preuve de sympathie envers Israël actuellement, et si j’étais au gouvernement israélien, je n’aurais pas attaqué le seul allié puissant qui lui reste au monde.»
Mustapha Benfodil
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