L’Algérie et le transfert de technologie allemande

L'Algérie et l'Allemagne ont signé plus de vingt accords lors d'un forum économique à Berlin, couvrant l'énergie, la pharmacie, le ferroviaire, les batteries et l'agroalimentaire.
Ces partenariats visent à diversifier l'économie algérienne au-delà des hydrocarbures par le transfert de technologie et de savoir-faire industriel allemand.
La mise en œuvre de ces accords dépendra de la réactivation de la Commission économique mixte et de la création d'un Conseil d'affaires bilatéral pour transformer les engagements en usines et emplois.
Le corridor SoutH2 d'hydrogène vert positionne l'Algérie comme partenaire énergétique prioritaire de l'Europe, lui permettant de financer sa transition énergétique grâce aux revenus du gaz naturel.
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El Watan
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Au-delà de la déclaration conjointe issue de la visite d’Etat du président Tebboune à Berlin et de ses formules convenues sur «la tendance à la hausse» des échanges, le Forum économique qui s’est tenu dans la capitale berlinoise livre un baromètre plus parlant de la relation algéro-allemande : plus d’une vingtaine d’accords et mémorandums signés en une seule journée, couvrant l’énergie, la pharmacie, le ferroviaire, les batteries et l’agroalimentaire.
Cette densité mérite qu’on s’y arrête. Sonatrach et VNG rouvrent les négociations gazières, mais dans le même temps, Saidal s’associe à Boehringer Ingelheim pour produire localement quatre molécules stratégiques contre le diabète et l’insuffisance rénale. Siemens Mobility signe cinq protocoles avec la SNTF et le Métro d’Alger. Hoppecke et Technocast s’engagent sur une ligne d’assemblage de batteries de stockage. ASOR/Ascend crée une coentreprise avec Volkslift pour produire des ascenseurs sous licence allemande. Cette diversité sectorielle dessine un mouvement de fond : l’économie algérienne cherche à sortir de la dépendance aux hydrocarbures en captant, secteur par secteur, du transfert de technologie et du savoir-faire industriel.
Le pari n’est pas nouveau dans le discours, mais rarement il aura été documenté par un tel volume d’engagements contractuels. Deux questions comptent désormais le plus. La première est celle du transfert de technologies, dont l’Algérie a un besoin criant pour diversifier son tissu productif au-delà des hydrocarbures : la multiplication des accords industriels et pharmaceutiques n’a de valeur que si elle s’accompagne d’un réel ancrage du savoir-faire local, et non d’un simple assemblage sous licence.
La seconde est celle de la mise en œuvre. La réactivation de la Commission économique mixte et la création d’un Conseil d’affaires bilatéral, adossé à la Chambre algéro-allemande de commerce, au CREA et à la CACI, constituent l’un des éléments les plus cruciaux de ce dispositif : cette architecture institutionnelle est le véritable levier pour transformer ces accords en usines, en lignes de production et en emplois.
Le second pilier de cette relance est énergétique, et il porte un nom : SoutH2. En consacrant ce corridor comme mégaprojet «Global Gateway» et route européenne de l’hydrogène, l’Union européenne inscrit l’Algérie dans son architecture d’investissement extérieur prioritaire. La stratégie algérienne ne consiste pas à abandonner le gaz pour l’hydrogène vert, mais à utiliser le premier pour financer le second, une transition par capitalisation plutôt que par rupture, prudente et pragmatique. Il est souhaitable que les instruments européens évoqués (prêts concessionnels, garanties de la Banque européenne d’investissement) soient à la hauteur des besoins d’investissement réels, pour que l’Algérie n’assume pas l’essentiel du financement sur ses propres ressources.
Enfin, cette intensification des relations bilatérales ne peut se lire hors de son contexte géopolitique. Depuis 2022, Berlin cherche activement à diversifier son approvisionnement énergétique loin de la Russie, dans un paysage où l’Europe, la Chine, les monarchies du Golfe et Moscou se disputent l’accès aux ressources et aux marchés africains. Avec le statut de «route énergétique» prioritaire, l’Algérie vend certes du gaz, mais elle capitalise surtout sur cette recomposition pour s’assurer un rôle de partenaire incontournable, à l’image de la diversification que le continent africain opère plus largement dans l’ordre multipolaire.
L’Algérie a donc beaucoup à gagner de cette intensification du partenariat bilatéral qui tient à la solidité de la réputation industrielle allemande et à sa capacité à transformer, dans la durée, cet agenda institutionnel en résultats tangibles.
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