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Le coup de colère de l’ambassadeur de Cuba à Alger

Par R. C.13 min de lecture
Le coup de colère de l’ambassadeur de Cuba à Alger
Résumé IA

L'ambassadeur de Cuba à Alger réfute les critiques sur la gestion économique de Cuba, affirmant que les réformes annoncées par le président Diaz-Canel s'inscrivent dans un processus de modernisation engagé depuis 2011, et non une réaction improvisée aux pressions externes.

Il souligne que Cuba subit depuis plus de soixante ans un embargo américain renforcé ces dernières années, avec des conséquences extraterritoriales affectant l'accès aux marchés financiers, au commerce international et aux investissements étrangers.

Selon un rapport du projet Cuba en Datos publié le 15 juin 2026, les sanctions américaines ont aggravé les crises énergétique, sanitaire et alimentaire : environ 1400 MW de capacité électrique restent inutilisés, les coupures dépassent 20 heures par jour dans certaines zones, et plus de 100 000 Cubains attendent des interventions chirurgicales.

Le rapport documente également l'impact sur la santé publique, avec une hausse du taux de mortalité infantile passé de 4 pour 1 000 naissances en 2017 à 9,9 en 2025, des pénuries de médicaments affectant 300 des 395 produits fabriqués localement, et des difficultés à maintenir le programme national de vaccination.

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El Watan

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J’ai lu l’article publié le 14 juin 2026, intitulé «Cuba au pied du mur : Diaz-Canel annonce une révolution économique sous la pression américaine». Comme pour toute analyse de la réalité cubaine, il est légitime d’examiner de manière critique les défis auxquels le pays est confronté.

Cependant, j’estime tout aussi important d’apporter d’autres perspectives permettant une compréhension plus objective du contexte dans lequel s’inscrivent les récentes mesures annoncées par le président Miguel Diaz-Canel Bermûdez. Premièrement, les transformations économiques présentées par le président cubain ne constituent ni un phénomène isolé ni une réaction temporaire découlant uniquement des pressions extérieures actuelles. Au contraire, ces mesures s’inscrivent dans un processus de modernisation progressive du modèle économique et social cubain, dont la phase fondatrice a été atteinte en 2011 avec l’adoption, lors du Vle Congrès du Parti communiste de Cuba, des orientations pour la politique économique et sociale du Parti et de la Révolution.

Depuis lors, le pays a mis en œuvre des réformes successives visant à moderniser son système économique, à développer les formes de gestion non étatiques, décentraliser certaines décisions économiques, renforcer le rôle des entreprises d’Etat socialistes, attirer les investissements étrangers et promouvoir une plus grande efficacité productive. Au cours de ces années, des documents stratégiques, tels que la conceptualisation du modèle économique et social cubain de développement socialiste et le Plan national de développement économique et social à l’horizon 2030, ont également été approuvés, destinés à adapter l’économie cubaine aux nouvelles réalités nationales et internationales.

Les mesures récemment annoncées par le président Diaz-Canel visent à stimuler la production nationale, à accroître les exportations, encourager l’innovation, à attirer des financements extérieurs et à créer les conditions d’une reprise économique durable. Il s’agit essentiellement d’une nouvelle étape dans un processus de réforme en cours depuis plus de quinze ans. Toute évaluation objective de la situation économique cubaine doit tenir compte du contexte extrêmement complexe dans lequel s’inscrivent ces transformations.

Depuis plus de soixante ans, Cuba est soumise à un régime de sanctions économiques, commerciales et financières imposées par les Etats-Unis. Loin de s’atténuer, ces restrictions se sont même durcies ces dernières années par l’adoption de centaines de mesures supplémentaires visant à restreindre davantage l’accès du pays aux marchés financiers, au commerce international, aux investissements étrangers et aux apportionments énergétiques. Les conséquences de ces politiques dépassent largement le cadre des relations bilatérales entre Cuba et les Etats-Unis.

Ces sanctions ont également un caractère extraterritorial, puisqu’elles sont appliquées à des pays tiers et comportent une forte dimension d’intimidation. Les limitations d’accès au financement international, aux opérations bancaires, aux contrats de services logistiques, à l’acquisition d’intrants de production ou à l’importation de carburant engendrent des coûts considérables qui affectent directement la capacité de croissance et de redressement de l’économie cubaine. Plusieurs rapports récemment publiés illustrent l’ampleur de ces difficultés. D’après les données publiées le 15 juin 2026 par le projet journalistique Cuba en Datos (Cuba en Données), les dernières mesures exécutives américaines ont aggravé les difficultés déjà présentes dans des secteurs stratégiques de l’économie cubaine. Dans le secteur de l’énergie, le rapport indique qu’environ 1400 MW de capacité de production d’électricité installés restent inutilisés en raison des difficultés d’approvisionnement en combustible.

De ce fait, de vastes régions du pays subissent des coupures de courant prolongées qui, selon la publication, dépassent en moyenne 20 heures par jour dans certaines zones, affectant l’accès à l’eau potable, la production de médicaments, la conservation des aliments, les communications, le transport, l’éducation et de nombreux services essentiels. Les répercussions se font également sentir sur le système de santé. Selon les données publiées, plus de 100 000 Cubains sont sur Iiste d’attente pour des interventions chirurgicales programmées ou reconstructrices, dont 5152 patients atteints de cancer et environ 12 000 enfants. 2888 patients sous hémodialyse rencontrent des difficultés liées à une pénurie de fournitures et d’équipements spécialisés. Sur les 395 médicaments produits régulièrement à Cuba, 300 connaissent des problèmes d’approvisionnement en matières premières et en produits pharmaceutiques. Les répercussions sur les programmes de protection de l’enfance et de santé publique sont particulièrement préoccupantes. Le rapport met en garde contre les difficultés de maintien du Programme national de vaccination, qui comprend 16 vaccins et protège des millions d’enfants cubains.

Il cite également des études établissant un lien entre le durcissement des sanctions et la détérioration de certains indicateurs de santé, notamment une hausse du taux de mortalité infantile, passé de 4 pour 1 000 naissances vivantes en 2017 à 9,9 en 2025.

Une baisse du taux de survie des enfants atteints de cancer par rapport aux années précédentes est également constatée. Ces difficultés affectent aussi la sécurité alimentaire. Plus de 100 000 enfants ne recevraient pas Ieur litre de lait subventionné quotidien en raison de problèmes de transport et d’approvisionnement. A cela s’ajoutent les restrictions sur les importations de blé, qui ont entraîné une réduction de moitié des livraisons de farine par rapport aux besoins territoriaux. Les problèmes logistiques constituent un autre élément révélateur.

Selon le rapport, 170 conteneurs de produits essentiels, d’une valeur de 6,3 millions de dollars, n’ont pas pu être distribués en raison de difficultés liées au carburant et au transport. Parallèlement, la distribution de quelque 11 000 tonnes de denrées alimentaires stockées par le Programme alimentaire mondial est plus lente que prévu, pour les mêmes raisons. Le décret présidentiel américain du 1er mai a exercé une forte pression sur le commerce mondial, contraignant de nombreuses entreprises étrangères à se retirer ou à suspendre Ieurs activités Dans le secteur minier, la société canadienne Sherritt International a interrompu ses activités d’extraction et de production d’énergie, tandis que Empresa Minera la Victoria S.A., une compagnie mixte entre l’australienne Antillas Gold Ltd. et la cubaine SOF Geominera S.A., a été sanctionnée par le Trésor américain pour avoir prétendument généré des revenus pour l’État cubain — une sanction déjà infligée à Moa Nickel S.A., une compagnie mixte entre Sherritt et le Nickel Business Group. Parallèlement, le groupe Transfigura a ordonné la suspension des expéditions de zinc provenant du projet Castellanos, dans la province de Pinar del Rio, et destiné aux fonderies chinoises. Le transport maritime international a également subi un net recul après l’arrêt des opérations des compagnies maritimes CMA CGM (France) et Hapag-Lloyd (Allemagne) avec Cuba. De ce fait, des composants essentiels à la réparation de la centrale thermoélectrique Antonio Guiteras, principale centrale thermique de Cuba, restent immobilisés en France, tandis que vingt conteneurs chargés de rhum cubain destiné à l’exportation sont bloqués dans les ports locaux. Le secteur du tourisme et la connectivité internationale connaissent un net déclin, conséquence de la pénurie de carburant d’aviation et de la baisse conséquente du nombre de visiteurs.

Des compagnies aériennes, telles que Turkish Airlines, lberia, Air Canada, Air France et World2Fly ont suspendu Ieurs vols vers l’archipel. En conséquence, la société canadienne Blue Diamond a cessé la gestion de plus de soixante établissements hôteliers sur l’île, une mesure imitée par les chaînes espagnoles Melià et Iberostar, qui ont abandonné la gestion de quinze et douze hôtels respectivement. L’isolement financier s’est intensifié le 6 juin, lorsque la banque étrangère chargée du traitement des transactions Visa et Mastercard a rompu ses liens avec l’entité cubaine Fincimex.

La politique de Washington en est arrivée à criminaliser et à persécuter les circuits d’aide humanitaire et de solidarité citoyenne. Aux États-Unis, une campagne médiatique et judiciaire a été lancée contre des groupes et des militants tels que The People’s Forum, CodePink, ANSWER, Tricontinental, la chaîne d’information BreakThrough News et l’influenceur Hasan Piker. De même, le département du Trésor a imposé des sanctions financières directes à l’Institut cubain d’amitié avec les peuples (ICAP), une organisation non gouvernementale chargée de canaliser les dons internationaux, et à son agence de voyages AMISTUR, interdisant toute interaction officielle avec eux. Les plateformes de paiement numérique comme Stripe ont définitivement fermé le compte institutionnel de Cuban Americans for Cuba Inc., une ONG américaine qui milite pour la levée des restrictions, invoquant des dispositions réglementaires interdisant toute exposition aux juridictions sous sanctions comme Cuba. Ces chiffres ne visent pas à nier l’existence de problèmes internes ni la nécessité de poursuivre l’amélioration de la gestion économique nationale. Ils apportent toutefois des éléments supplémentaires pour comprendre le contexte de la mise en œuvre des nouvelles mesures annoncées par le président Diaz-Canel.

Analyser la situation économique cubaine exige de prendre en compte simultanément les défis structurels internes et l’impact d’un environnement extérieur particulièrement restrictif, qui conditionne fortement les perspectives de redressement et de croissance du pays. Les autorités cubaines ont elles-mêmes reconnu des limitations structurelles, des erreurs de gestion, des lacunes institutionnelles et une augmentation de la production qui requièrent des solutions urgentes et durables.

Accroître la production nationale, améliorer l’efficacité des entreprises, assurer la stabilité macroéconomique et renforcer les mécanismes de contrôle demeurent des impératifs pour le développement du pays Une approche équilibrée nécessite d’analyser simultanément ces deux éléments : les difficultés internes et l’impact des contraintes externes. Présenter les récentes mesures économiques comme une simple réaction désespérée d’un pays «dos au mur» risque de simplifier à l’extrême une réalité bien plus complexe.

Cuba traverse sans aucun doute l’une des périodes économiques les plus difficiles de ces dernières décennies, mais elle poursuit également un processus de transformation et de modernisation amorcé il y a des années, dont les possibilités et les résultats doivent être évalués à la lumière des conditions exceptionnelles dans lesquelles il se déroule. Les mesures annoncées par le président Diaz-Canel ne peuvent être comprises uniquement au regard de la situation actuelle ni exclusivement sous l’angle des pressions extérieures. Elles s’inscrivent dans la continuité d’un processus de réforme entamé il y a plus de dix ans, mis en œuvre dans un contexte de défis internes considérables et d’un environnement international particulièrement défavorable. Toute analyse objective de la réalité cubaine se doit de prendre en compte ces deux dimensions. Le débat sur l’avenir économique de Cuba est nécessaire et enrichissant. C’est précisément pour cette raison qu’il est important que ce débat intègre toutes les variables pertinentes et permette aux lecteurs d’accéder à une vision plus large, plus contextualisée et plus nuancée des événements.

Ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible de comprendre pleinement les défis, les opportunités et les décisions qui façonnent aujourd’hui le destin de la nation cubaine. Je pose maintenant une question à El Watan : quel pays au monde aurait pu résister à un tel blocus et à un déferlement massif de sanctions économiques, financières, commerciales, médiatiques et psychologiques, sans parler des menaces d’agression militaire de la première puissance mondiale, sans s’effondrer ? Si vous connaissez un tel pays, je vous prie de me le faire savoir.
Respectueusement

Mr Héctor Igarza Cabrera
Ambassadeur de cuba à Alger

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