«El Hassêde»… ce feu qui consume d'abord celui qui le porte

Par Mustapha Aggoun•5 min de lecture
Brifa
«El Hassêde»… ce feu qui consume d'abord celui qui le porte
Résumé IA

«El Hassêde», ce sentiment intraduisible en français qui mêle l'envie, la jalousie et la douleur face au bonheur d'autrui, consume celui qui le porte bien plus que celui qui en est l'objet.

Ce sentiment naît souvent lorsque celui qui réussit nous ressemble : un collègue, un cousin ou un ancien camarade deviennent soudain des miroirs de nos renoncements et de nos rêves abandonnés.

Les réseaux sociaux ont amplifié ce phénomène en exposant chaque réussite aux yeux de tous, invitant à une comparaison permanente où l'on oublie que les autres ne montrent jamais leurs blessures ni leurs combats invisibles.

Celui qui laisse «El Hassêde» s'installer dans son cœur devient prisonnier d'une existence douloureuse, incapable de construire son propre bonheur ou de supporter celui des autres, alors qu'un compliment sincère ne coûte rien et reconnaître le talent d'autrui n'enlève rien à notre propre valeur.

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Le Quotidien d'Oran

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Il existe dans notre langue un mot qu'aucune traduction française ne par vient réellement à contenir : «El Hassêde» . On le traduit par « l'envie » ou parfois par « la jalousie », mais ces mots sont loin d'en restituer toute la portée. «El Hassêde» n'est pas seulement le désir de posséder ce que l'autre possède. C'est cette douleur étrange que l'on ressent devant le bonheur d'autrui, cette souffrance silencieuse qui pousse certains à souhaiter, au fond d'eux-mêmes, que cette lumière s'éteigne Qui d'entre nous n'a jamais croisé «El Hassêde» sans même lui donner un nom ? Il suffit parfois d'un diplôme obtenu après des années d'efforts, d'un concours réussi, d'une promotion, d'un commerce qui prospère, d'une maison bâtie pierre après pierre ou simplement d'un enfant qui fait la fierté de ses parents pour que certains regards changent. Ceux qui vous félicitaient hier deviennent soudain plus silencieux.

Les sourires perdent leur chaleur. Les compliments ressemblent à des interrogatoires. On ne cherche plus à comprendre votre parcours, mais à trouver l'explication qui permettra de diminuer votre mérite. On évoque la chance, les relations, les circonstances, tout sauf les sacrifices que personne n'a vus.

Alors une question mérite d'être posée. «El Hassêde» est-il inscrit dans la nature de certaines personnes ou bien est-ce la réussite des autres qui le fait naître ?

Sans doute les deux. Il existe des personnes qui vivent dans une comparaison permanente. Des personnes qui ne regardent jamais ce qu'ils possèdent ; leurs yeux sont rivés sur ce que possèdent les autres. Leur bonheur dépend moins de leur propre situation que de celle de leur voisin. Mais il existe aussi un '' Hassêd plus discret, plus humain, qui sommeille parfois au fond de chacun de nous. Il apparaît souvent lorsque celui qui réussit nous ressemble. Un collègue, un cousin, un voisin, un ancien camarade de classe. Tant qu'il marchait à nos côtés, il nous rassurait.

Le jour où il nous dépasse, il devient malgré lui le miroir de nos renoncements. Il nous rappelle les rêves que nous avons abandonnés, les occasions que nous avons laissées passer, les efforts que nous n'avons pas consentis. Parce qu'il est parfois plus facile d'accuser l'autre que de se remettre soi-même en question, «El Hassêde» trouve alors sa place. Le plus douloureux est que cette blessure naît rarement chez les inconnus. Elle s'installe souvent là où l'on attendait le plus de bienveillance : entre collègues, entre voisins, entre amis d'enfance, parfois même au sein d'une même famille. Comme si la proximité nourrissait la comparaison. Les étrangers applaudissent parfois avec sincérité, tandis que certains proches deviennent prisonniers d'un silence pesant. Ils ne souffrent pas de leur propre échec ; ils souffrent de votre réussite. Les réseaux sociaux ont donné à «El Hassêde» un terrain qu'aucune époque n'avait connu. Chaque réussite est désormais exposée aux yeux de tous.

Chaque photo, chaque voyage, chaque diplôme, chaque acquisition devient une invitation permanente à la comparaison.

Nous regardons les moments heureux des autres en oubliant qu'ils ne montrent presque jamais leurs blessures, leurs doutes, leurs nuits blanches ni leurs combats invisibles. Alors certains finissent par croire que le bonheur leur est refusé pendant qu'il est distribué généreusement aux autres.

Pourtant, il existe une autre manière de regarder ceux qui réussissent. On peut admirer sans envier. On peut s'inspirer sans se comparer. On peut applaudir sincèrement celui qui avance plus vite que nous, parce que sa réussite ne retire rien à la nôtre. La lumière d'une bougie n'éteint jamais celle d'une autre ; elle éclaire simplement davantage la pièce. Celui qui laisse «El Hassêde » s'installer dans son cœur finit par vivre une existence douloureuse. Il ne construit pas son propre bonheur et il ne supporte pas celui des autres. Il devient le prisonnier d'une comparaison sans fin, condamné à souffrir chaque fois qu'un autre sourit.

C'est peut-être l'un des visages les plus subtils du «hassêde» . Il ne cherche pas forcément à nuire ; il refuse simplement d'encourager. Pourtant, les cœurs généreux savent qu'un compliment sincère ne coûte rien. Reconnaître le travail ou le talent d'autrui n'enlève rien à notre propre valeur. Au contraire, c'est souvent le signe d'une âme apaisée, capable de se réjouir du bien qui arrive aux autres sans se sentir elle-même diminuée.

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