Dans les pas des pionniers

L'Espagne a réalisé un doublé Euro-Coupe du monde rarissime en Europe, rejoignant l'Allemagne (1972-1974) et la France (1998-2000) dans cet exploit.
La Roja a écrasé le Mondial nord-américain par un jeu de possession étouffant, n'encaissant qu'un seul but en huit rencontres, face à la Belgique en quart de finale.
Portée par de jeunes talents comme Lamine Yamal, Nico Williams et Pedri, l'équipe de Luis de la Fuente dispose d'un avenir prometteur malgré les blessures de cadres comme Rodri.
L'exemple de 2010 invite toutefois à la prudence, l'Espagne ayant disparu des phases à élimination directe des Coupes du monde entre 2014 et 2022, et la cadence infernale du football moderne menaçant ses joueurs clés.
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Le Quotidien d'Oran
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Comme leurs glorieux aînés menés par Andres Iniesta, qui avaient remporté la première Coupe du monde de l'histoire de la Roja après avoir été champions d'Europe en 2008, les joueurs de Luis de la Fuente ont accompli un doublé rarissime, seulement réussi en Europe par l'Allemagne (1972-1974) et la France (1998-2000).
De quoi rêver d'étendre cette suprématie encore un peu plus loin, à l'image de cette génération dorée qui avait prolongé sa domination étincelante en s'emparant de l'Euro-2012 pour un triplé inédit.
"Je vois certaines similitudes avec le groupe qui a été champion en 2010", disait lui même De la Fuente avant le Mondial, où son équipe a appliqué quelques-unes des recettes de la Coupe du monde sud-africaine.
Car cette équipe ne se contente pas de décrocher des titres: comme leurs prédécesseurs, les Espagnols se distinguent par un jeu aux allures de rouleau compresseur, qui ne laisse aucune miette à ses adversaires.
Une défense de fer
Lors du coup de force contre la France en demi-finale (2-0), les Espagnols ont réalisé une démonstration de maîtrise collective, portée par un milieu de terrain rayonnant, capable de confisquer la balle aux adversaires lors de longues phases de possession avant de frapper sur un éclair.
Avec ce plan de jeu, l'Espagne n'a laissé presque rien à se mettre sous la dent aux Bleus et à leur trio de feu Kylian Mbappé-Ousmane Dembélé-Michael Olise, avec quasiment aucune occasion de tir franche et une statistique famélique de 0,3 expected goals (un calcul des probabilité de buts) à la fin de la rencontre.
"La marge de progression, je vous le répète souvent, est infinie et (les joueurs) le démontrent à chaque fois", se réjouissait De la Fuente après le match qualifiant son équipe de "meilleure du monde".
En finale contre l'Argentine, la possession a une fois de plus été espagnole à plus de 65% et la ligne statistique du nombre de passes (852 contre 464) en dit long aussi.
En huit rencontres de Coupe du monde, la Roja n'a encaissé qu'un seul but, face à la Belgique en quart de finale (2-1), une performance encore supérieure à celle de la génération 2010 (deux buts encaissés en sept matches).
Les parallèles tentants entre les deux générations ont leurs limites: pas encore portée par un duo aussi impérial que celui composé de Xavi et Iniesta, l'Espagne d'aujourd'hui se projette sans doute plus vers l'avant, pour profiter de la vitesse de ses flèches Lamine Yamal et Nico Williams.
Mais tous deux freinés par des blessures, le prodige barcelonais comme l'ailier de Bilbao ont moins pesé lors de cette Coupe du monde que lors de l'Euro, où Lamine Yamal notamment s'était montré décisif en demi (1 but) comme en finale (1 passe décisive).
Vers un triplé ?
Une raison de plus d'envisager sereinement les années à venir, dans une équipe où Pau Cubarsi, Lamine Yamal (19 ans) ou Pedri (23 ans) ont sans doute encore un futur doré devant eux ?
L'exemple de 2010 incite à la prudence. Après son triplé Euro-Coupe du monde-Euro, les Espagnols n'ont plus gagné un match à élimination directe en Coupe du monde jusqu'en 2026 (sortis en poule en 2014, en 8e en 2018 et 2022).
Le jeu tant admiré de la Roja, fait de multiplication de passes, repose parfois sur un fil, et a pu tourner à la caricature lors de ces années de disette, avec un jeu latéral incapable de créer des déséquilibres.
L'équipe de Luis de la Fuente a elle même fait face à ce défi dès son entrée dans le Mondial nord-américain, avec un nul (0-0) contre le modeste Cap-Vert.
La finale a également mis en lumière le manque d'efficacité de ses talents offensifs: 20 tirs, douze cadrés, un seul but (même si les filets argentins ont tremblé deux fois de plus pour deux buts annulés par l'arbitre pour hors jeu ou faute préalable).
La Roja devra aussi veiller à l'état de forme de certains cadres, comme Fabian Ruiz (30 ans), Mikel Oyarzabal (29 ans, 5 buts lors de cette Coupe du monde) ou encore Rodri (30 ans), Ballon d'Or en 2024 et désigné meilleur joueur du Mondial-2026 mais qui a enchaîné les blessures, dans le contexte des cadences infernales du foot qui mâchent les corps et les esprits.
Rendez-vous en 2028, au Royaume-Uni et en Irlande, pays hôtes du championnat d'Europe, pour voir si les héritiers de 2010 peuvent prétendre les rejoindre sur la même marche, avant de rêver dans quatre ans d'un Mondial à domicile.