Dans l’Himalaya : Un village fabrique désormais ses propres glaciers pour survivre à la sécheresse

Dans l'Himalaya, le village de Sakti au Ladakh fait face à la disparition des glaciers naturels qui alimentaient l'agriculture, menaçant la survie de ses habitants.
Le système initial de «stupas de glace» consistant à pulvériser de l'eau en continu s'est révélé inefficace et dangereux, les canalisations gelant et l'eau douce faisant fondre la glace les jours plus chauds.
Un nouveau réservoir de glace automatisé projette désormais par intermittence un jet de brume qui recouvre la glace existante, offrant une source d'eau fiable au printemps et incitant les jeunes à rester au village.
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Au Ladakh, la disparition des glaciers alimentés par le réchauffement climatique menace l’agriculture locale. Pour préserver leurs récoltes, les habitants misent sur une technologie capable de créer d’immenses réserves de glace artificielle.
Situé à une altitude de près de 4000 mètres, le village himalayen de Sakti ne reçoit pratiquement aucune précipitation. Autant dire qu’il n’y fait pas bon être agriculteur, résume la BBC. Cultivant malgré tout du blé, des pois et des pommes de terre depuis plusieurs décennies, le local Gelak Gutme confirme: « C’est un désert au climat extrême.» Les conditions de vie s’y sont même dégradées, le réchauffement climatique ayant entraîné la disparition des petits glaciers de basse altitude qui permettaient d’irriguer les cultures.
« Pendant des générations, de petits glaciers situés juste au-dessus des vallées ont agi comme des châteaux d’eau gelés, retenant l’eau tout l’hiver et la libérant juste au moment où les cultures printanières commençaient, détaille Lobzang Fardod, membre d’un comité local de gestion de l’eau au Ladakh, territoire indien auquel appartient Sakti. Maintenant que ces glaciers inférieurs ont complètement disparu dans un désert de roches arides, il ne reste plus rien en haut qui puisse fondre.»
L’été en montagne étant court, les agriculteurs doivent semer leurs cultures avant le mois de mai, sans quoi elles ne seront pas prêtes avant le retour de l’hiver. Il est donc crucial qu’ils disposent d’une source d’eau fiable au début du printemps, d’où l’idée, survenue au début des années 2010, de tenter de créer des réserves de glace. Le système consistait à acheminer l’eau depuis les hauteurs des montagnes pendant l’hiver et à la pulvériser dans l’air, où elle gelait et formait au fil du temps de grandes tours de glace, appelées stupas de glace.
Un fonctionnement d’abord cauchemardesque
Hélas, la gestion du dispositif, dont l’idée est séduisante, est décrite comme un véritable «cauchemar» par Lobzang Fardod. Sous des conditions hivernales rigoureuses, l’eau contenue dans les canalisations risquait de geler, de fissurer les tuyaux et donc de ruiner l’ensemble du système. Pour éviter cela, des équipes de quatre ou cinq agriculteurs campaient en altitude, près de la source d’eau, pour y verser régulièrement de l’eau bouillante.
Outre le risque de fissures dans les canalisations, ce système de stupas de glace n’était pas très efficace, explique Murtaza Ali, ingénieur en chef de la Division de l’irrigation et du contrôle des inondations du Conseil autonome de développement des collines du Ladakh. Comme l’eau coulait constamment, les jours plus chauds, l’eau douce faisait fondre la glace déjà formée. Mais ce constat très mitigé a débouché sur la mise au point d’une stratégie plus élaborée, sur fond de progrès techniques. Un nouveau système, le réservoir de glace automatisé (RGA), a été développé pour contrôler précisément la production de glace; il implique également d’acheminer l’eau depuis les hauteurs des montagnes. L’eau arrive sous pression au fond de la vallée et jaillit d’une buse verticale, à la manière d’une «gigantesque fontaine», décrit le Dr Suryanarayanan Balasubramanian, fondateur d’Acres of Ice, la société chargée du développement du projet. Le dispositif est muni d’un système de contrôle et d’intervention permettant d’éviter que l’eau ne gèle à l’intérieur de la canalisation, mais aussi d’un système de production de glace plus efficace que le précédent. Au lieu de pulvériser de l’eau en continu, le RGA projette par intermittence un jet de brume qui recouvre la glace existante. Selon tous les observateurs, la mise en place de ce nouveau procédé semble avoir un impact positif sur la vie du village. «Nous vivons dans un climat rigoureux qui rend notre vie difficile, et le manque d’eau aggravait encore les problèmes. Beaucoup de jeunes du village voulaient aller travailler en ville. Cela aurait été une catastrophe», se réjouit Gelak Gutme.
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