Engouement pour les sources d’eau naturelles à Constantine : Quand le souci d’économie l’emporte sur la prudence sanitaire

Par Rédaction Web•7 min de lecture
Brifa
Engouement pour les sources d’eau naturelles à Constantine : Quand le souci d’économie l’emporte sur la prudence sanitaire
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À Constantine, l'engouement pour les sources d'eau naturelles gratuites en été cache des risques sanitaires, comme l'ont révélé des analyses bactériologiques à Didouche Mourad.

De nombreux citoyens, fuyant le chlore du robinet et le prix de l'eau minérale, font la queue quotidiennement pour remplir jerricans et bouteilles à ces sources.

Derrière l'argument sanitaire affiché, la motivation est surtout économique, l'eau de source étant parfois vendue au même prix que l'eau minérale en commerce.

Le laboratoire d'hygiène de Constantine a détecté des coliformes dans cinq sources de Didouche Mourad, entraînant une interdiction de consommation jusqu'à de nouvelles analyses.

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Très prisées par les citoyens en été, ces sources ne sont pas épargnées par les risques de contamination comme cela a été révélé récemment dans la commune de Didouche Mourad.

Fuyant le chlore du robinet et l’eau stagnante des réservoirs, mais rechignant tout autant à débourser le prix de l’eau minérale conditionnée, un nombre croissant de citoyens se tournent vers les sources d’eau naturelles. Le long des routes ou au cœur des localités rurales ou forestières, on observe désormais de longues files de personnes patientant, bouteilles ou jerricans à la main, convaincues de puiser là une eau à la fois plus sûre et totalement gratuite. Une croyance populaire tenace, que les récentes analyses bactériologiques menées à Didouche Mourad viennent pourtant sérieusement ébranler. Avec l’arrivée de la saison chaude, cette pratique s’est nettement amplifiée. Il n’est plus rare d’apercevoir de véritables chaînes humaines se former autour des points d’eau, chacun attendant son tour pour remplir bidons et bombonnes. Pour de nombreux habitants, notamment ceux disposant d’un véhicule, ce rituel est devenu quasi quotidien, s’inscrivant dans les habitudes de consommation estivales au même titre que les courses alimentaires. A titre d’exemple, la Cité 5, située à mi-distance entre la cité les Quatre Chemins dépendant de la circonscription administrative d’Ali Mendjeli et la localité de Baârouia, dans la commune d’El Khroub, concentre à elle seule environ trois sources parmi les plus fréquentées de la région. Un constat similaire s’observe à proximité du Club des avocats, situé sur la RN5 menant vers la commune de Aïn S’mara, où le flux de visiteurs demeure particulièrement soutenu. Le rayonnement de ces points d›eau dépasse largement leur voisinage immédiat : des citoyens n›hésitent pas à parcourir plusieurs kilomètres depuis la cité Boussouf, voire depuis Aïn Smara, pour venir s›y approvisionner.

Des considérations financières

Interrogés sur les raisons de leur préférence, la plupart des usagers affirment percevoir l’eau de source comme plus fiable que celle vendue en bouteille dans les circuits industriels. Mais derrière cet argument sanitaire affiché se cache, en réalité, une motivation avant tout économique. Un paradoxe alimente d’ailleurs le sentiment d’injustice chez de nombreux consommateurs : l’eau dite «de source», atteint parfois le même prix que l’eau minérale commercialisée en supérette — une aberration aux yeux des citoyens les plus avertis. Ce coût, loin de rester stable, connaît une flambée saisonnière significative. Ainsi, une bouteille d’un litre, proposée glacée ou fraîche dans les espaces publics, se négocie entre 40 et 50 DA, tandis que le format d’un demi-litre oscille entre 30 et 35 DA. Cette demande croissante a fait émerger un véritable petit commerce parallèle, prisé en particulier par les adolescents, qui y voient une activité saisonnière lucrative : la vente d’eau glacée dans les lieux publics, dont la provenance exacte reste bien souvent totalement inconnue des acheteurs. Selon le témoignage d’un habitué de ces sources, le coût d’une palette entière ne descendrait pas en dessous de 220 DA tandis qu’une bombonne de 5 litres, de 80 DA à une époque récente, coûte aujourd’hui à 100 DA. Un différentiel qui, mis bout à bout, dessine les contours d’une économie florissante. Mais consommateurs de l’eau de sources naturelles, semblent ignorer une réalité fondamentale : le risque zéro n’existe pas en matière de qualité de l’eau.

L’alerte sanitaire à Didouche Mourad

C’est précisément ce risque que vient d’illustrer, de manière concrète, la commune de Didouche Mourad. Les autorités locales ont récemment tiré la sonnette d’alarme concernant l’altération constatée de l’eau de plusieurs sources situées sur le territoire de la ville. Cette mise en garde fait suite aux résultats d’analyses bactériologiques réalisées par le Laboratoire de wilaya d’hygiène de Constantine, au cours du mois de juillet en cours. Les prélèvements, effectués sur cinq sites distincts : «la source Oum El M’roudj, la source Kerboua Abdelhamid à proximité de la mosquée, les deux sources Kerboua Abdelhamid jouxtant le cimetière central, ainsi que la source Zancha», ont tous révélé la présence de bactéries coliformes. Des chercheurs se montrent unanimes sur la gravité potentielle de cette contamination. Certaines souches pathogènes, en particulier certaines variantes d’Escherichia coli, sont susceptibles de provoquer des gastro-entérites accompagnées de diarrhées, parfois sévères, voire hémorragiques. Ces infections peuvent également entraîner des déshydratations importantes, un danger particulièrement redouté chez les jeunes enfants, les personnes âgées et les individus les plus fragiles. Dans certains cas, plus rares mais autrement plus préoccupants, ces bactéries peuvent occasionner des complications graves : insuffisance rénale, convulsions, voire accident vasculaire cérébral. Les études scientifiques consultées identifient clairement les populations les plus exposées aux formes graves de la maladie : les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes, les personnes âgées, ainsi que toute personne dont le système immunitaire se trouve affaibli. Si l’infection évolue favorablement dans la majorité des cas, certains patients peuvent néanmoins conserver des séquelles rénales durables.

Suspension de la consommation

Face aux résultats du laboratoire d’hygiène, les autorités communales ont pris une position sans ambiguïté. Comme le souligne le communiqué officiel émis par le maire de Didouche Mourad : «Le président de l’Assemblée populaire communale informe la population de l’impropriété de ces eaux de source à la consommation humaine, et ce, jusqu’à la résolution du problème et la réalisation de nouvelles analyses bactériologiques». Une mise en garde qui invite, au-delà du seul cas de Didouche Mourad, à une réflexion plus large sur les habitudes de consommation d’eau de source, dont la gratuité apparente ne saurait masquer les risques sanitaires réels qu’elles peuvent receler.                Yousra Salem

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