Économie

L’Algérie lance sa deuxième « révolution agraire »

Par Makhlouf Mehenni6 min de lecture
L’Algérie lance sa deuxième « révolution agraire »
Résumé IA

L’Algérie lance sa deuxième « révolution agraire » avec une conférence nationale à Alger réunissant 1.000 experts et la création du Conseil scientifique de la sécurité alimentaire, afin de tracer une feuille de route pour moderniser et numériser le secteur. Le ministre Yacine Oualid rappelle que le potentiel est immense, mais sous-exploité: seulement 8,5 millions d’hectares exploitables sur 2,38 millions de km² (3,6%), irrigation moderne à 15%, rendement céréales de 18 q/ha contre 35 dans des climats similaires et production laitière de 3.000 litres par vache par an, avec des pertes liées au manque de chaînes du froid. Huit ateliers seront dédiés au foncier, à l’administration, aux filières stratégiques, à l’eau, à la numérisation, à la gouvernance, à l’intégration informatique du secteur et à l’assurance agricole, dans l’objectif d’une agriculture moderne et autosuffisante d’ici cinq ans.

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Le constat est sans équivoque. Une grande partie du potentiel agricole de l’Algérie n’est pas exploité et, ce qui l’est, donne des rendements bien en-deçà des standards mondiaux.

Le secteur agricole souffre avant tout d’un déficit de modernisation. Il est temps de lancer une “véritable révolution agraire “, selon le premier responsable du secteur.

Il n’est pas question, comme il y a un demi-siècle, de villages agricoles ou de redistribution des terres, mais de moderniser le secteur et le mettre au diapason des techniques innovantes de l’agriculture.

1.000 experts en conclave à Alger

La question est au centre d’une conférence nationale ouverte ce lundi 27 octobre au Centre international des conférences (CIC) d’Alger, en présence du ministre de l’Agriculture Yacine Oualid et de plusieurs membres du gouvernement.

Experts nationaux et internationaux se pencheront pendant deux jours sur la question pertinente de l’optimisation des performances de l’agriculture par l’introduction des nouvelles technologies et des dernières innovations.

La numérisation du secteur, sur laquelle insisté le président de la République Abdelmadjid Tebboune, est notamment au cœur des préoccupations.

Une nouvelle instance consultative est créée, le Conseil scientifique de la sécurité alimentaire. Ses membres, une vingtaine d’experts, ont été officiellement installés à la même occasion par le ministre Yacine Oualid et son collègue de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Kamel Baddari.

L’agriculture algérienne a un immense potentiel mais souffre d’un déficit de modernisation et il s’agit donc de tracer une feuille de route pour aller “vers une agriculture moderne et autosuffisante”, a indiqué Yacine Oualid dans son intervention.

C’est d’ailleurs ce slogan qui est choisi pour cette conférence qui s’étale sur deux jours, pendant lesquels un millier d’experts se pencheront sur toutes les questions liées à la modernisation du secteur, à travers huit ateliers.

Malgré les belles performances enregistrées, notamment une production en valeur de 35 milliards de dollars, une contribution au PIB à hauteur de 14% et à l’emploi avec 2,6 millions de postes, certains chiffres de l’agriculture à algérienne dévoilés par M. Oualid ont de quoi secouer.

Agriculture algérienne : des performances en-deçà du potentiel disponible 

Déjà, les surfaces exploitées sont insignifiantes devant l’immensité du territoire : 8,5 millions d’hectares sur 2,38 millions de kilomètres carrés, soit 3,6% de la superficie totale.

Pour illustrer le déficit de modernisation, le ministre a cité la part de l’irrigation moderne qui ne dépasse pas 15%. Avec des exploitations fonctionnant à l’ancienne, il ne faut pas s’attendre à des miracles en termes de rendement.

Le rendement moyen à l’hectare de la céréaliculture algérienne ne dépasse pas 18 quintaux, alors qu’il est de 35 quintaux dans les pays aux conditions climatiques identiques.

C’est ce niveau que l’Algérie devra atteindre d’ici à cinq ans à la faveur des réformes engagées et des améliorations envisagées, notamment en termes de modernisation.

La production laitière est de 3.000 litres par an et par vache, soit la moitié de la moyenne mondiale. Et il y a pire : même les quantités produites se perdent en partie à cause de la faiblesse des chaînes de froid.

De nombreux défis cruciaux attendent le secteur agricole et cette conférence d’experts se veut comme une préparation pour “lancer une véritable révolution agraire”, pour une ”agriculture innovante et durable”, a indiqué le ministre de l’Agriculture, nommé en septembre dernier pour apporter sa touche de jeune cadre imprégné des nouvelles technologies. Oualid a dirigé le secteur de l’économie de la connaissance et des start-up entre 2020 et 2024.

Pourquoi une réforme agraire ?

Le ministre a adopté une démarche méthodique, comme le reflète la thématique des huit ateliers de la conférence ouverte ce dimanche, qui se pencheront sur le foncier agricole, le volet administratif, l’amélioration des rendements dans les filières stratégiques pour assurer la sécurité alimentaire, la rationalisation de l’utilisation des ressources en eau, la numérisation de l’agriculture, l’amélioration de la gouvernance du secteur, la mise en place d’un système informatique intégral pour le secteur, l’amélioration de l’assurance agricole…

Les défis climatiques notamment imposent une utilisation optimale des ressources hydriques disponibles qui ne peut se faire sans l’apport des nouvelles technologies de gestion et d’irrigation.

Dans la nouvelle stratégie, il est question de recourir au concours des compétences nationales, des universités, des centres de recherche spécialisés et des entreprises innovantes, notamment les start-ups.

Avec cette conférence, l’Algérie compte révolutionner les pratiques agricoles, 54 ans après sa première révolution agraire en 1971.

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